‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 243 sur 339 · SAINT LANDRY, ÉVÊQUE DE MEAUX · texte numérisé non relu

SAINT LANDRY, ÉVÊQUE DE MEAUX

Rien de plus aimable sur la terre, dit saint Bernard, qu’un jeune homme vertueux : la paix de son âme, l'innocence de son regard, la modestie de sa conduite attirent invinciblement à lui le cœur de tous ceux qui le voient, alors même qu'ils ne se sentent pas le courage de limiter. Tel se présenta, dès ses premières années, Landry, le fils de saint Mauger, surnommé Vincent, et de sainte Vaudru. Il était l’ainé de la famille, et son père ne négligea rien pour lui donner une excellente éducation. De bonne heure on le confia à des hommes sages et craignant Dieu, qui lui inspirèrent avec le goût de la science, l'amour et la pratique du bien. Les talents naturels que Dieu avait mis en lui, joints à un heureux caractère, lui firent faire en peu de temps de rapides progrès. Aussi son père fondait sur lui de grandes espérances, et il se flattait que son fils pourrait bientôt acquérir, par ses verlus et ses brillantes qualités, une éclatante réputation à la cour et dans tout le royaume. On comprend quelles devaient être aussi la consolation et la joie de sainte Vaudru, en voyant son fils aîné correspondre si fidèlement aux grâces du ciel et promettre de devenir tout à la fois un grand Saint et un illustre seigneur. Mais Dieu avait sur ce vertueux jeune homme des desseins particuliers, et il semble, d’après l'examen attentif des résolutions que prirent bientôt tous les membres de cette belle famille, que c'était à lui qu'était réservée l'initiative d’un dévouement généreux.

En effet, au moment où il semblait que la carrière du monde allait s’ouvrir pour lui, il sentit naître dans son âme le désir d’embrasser l’état ecclésiastique et de se consacrer au service des autels : quelque temps il en garda le secret, se bornant à prier le Seigneur de lui manifester clairement sa volonté. Dieu répondit aux vœux ardents de cette âme simple et droite, où sa grâce ne trouvait aucun obstacle à ses opérations ; il augmenta de plus en plus en elle ce pieux attrait vers le sacerdoce.

Un jour donc Landry communiqua ses sentiments à son père et sollicita la permission de suivre la voix intérieure de la grâce qui l’appelait. Mauger fut étonné et affligé en entendant ces paroles de son fils qu'il aimait tendrement; et avec l'accent de la bonté et de l’autorité paternelle, il lui répondit : « Mon fils, cessez d'entretenir un pareil projet, suivez plutôt mes conseils, je saurai pourvoir à vos intérêts, mieux que vous ne le feriez vous-même. Vous devez, mon fils, me succéder un jour. Songez donc dès à présent à contracter un noble mariage, digne de votre naissance. Je sais bien que l’état des clercs est plus saint, qu'il leur donne une plus grande confiance d'acquérir le royaume du ciel ; mais, mon fils, il y a aussi beaucoup de laïques qui pratiquent fidèlement les vertus chrétiennes, et qui parviendront certainement par leur foi au royaume de Dieu, ou qui y sont déjà parvenus. Je me réjouis beaucoup de voir que vous voulez servir Dieu; mais il faut que vous le fassiez en marchant sur les traces de vos ancêtres, et que vous me remplaciez un jour dans la charge qui appartient à notre famille ».

Un tel discours était bien capable d’ébranler une vocation naissante, surtout dans le cœur d’un jeune homme si dévoué aux auteurs de ses jours, et qui trouvait, au sein de sa famille, les jouissances les plus pures et les plus douces. Toutefois la résolution de Landry ne changea point: il accepta ce refus de son père comme une épreuve que Dieu lui envoyait, et remit à un autre temps de faire une nouvelle demande. L'occasion s’en présenta bientôt, et il en profita avec toute la délicatesse et la réserve que demandait un semblable dessein. Mauger était père, mais il était aussi chrétien fervent et fidèle : il craignait par-dessus tout de s’opposer aux volontés de Dieu, et de lui déplaire par un refus obstiné. Il réunit donc quelques hommes vertueux, en qui il avait une entière confiance, leur fit connaitre les intentions de son fils, la réponse qu’il lui avait d’abord donnée, et les nouvelles instances qu'il faisait auprès de lui. Le jeune Landry fut en même temps appelé et interrogé par ces conseillers de son père. Après avoir mürement considéré toutes choses devant Dieu, et sondé ses dispositions les plus secrètes, ils reconnurent, à n’en pouvoir douter, que le ciel l’appelait à l'état sacerdotal, et déclarèrent qu’il fallait donner à Dieu celui que Dieu demandait,

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