SAINT EUSTASE, ABBÉ DE LUXEUIL EN FRANCHE-CONMTE
bitants étaient alors schismatiques et séparés de l’Eglise touchant le fait des Trois Chapitres !. Le plus grand mal est qu’il embrassa leur schisme et que, revenant en France, il s’efforça d'y engager saint ustase et ses religieux, avec les catholiques qu’il put rencontrer. Le saint Abbé le combattit avec
une vigueur et une lumière admirables, et le contraignit de se taire sur ce sujet. Mais il tourna ses armes ailleurs, et se mit à censurer la Règle et les
Constitutions de saint Colomban, ‘disant qu’elles contenaient des choses ri-
dicules et des erreurs. L'affaire en vint à un tel point, que le roi Clotaire fut obligé de faire assembler le troisième concile de Mâcon pour vider ce diffé-
rend. Agrestius s’y trouva, soutenu de quelques évêques qu'il avait séduits.
Mais saint Eustase, après l’avoir réfuté en toutes ses propositions, pour punir
son opiniâtreté, le eita à en répondre, à un an de là, en présence de saint Colomban, devant le tribunal de Dieu. Quelques-uns des assistants qui le
favorisaient, fort étonnés de cette sommation, supplièrent le Saint de la ré-
tracter et de sauver, par sa douceur, celui qui était près de périr. Le géné-
reux Abbé y consentit, à condition qu'Agrestius reconnaîtrait sa faute. Il le
fit en apparence : mais cette feinte pénitence ne dura pas longtemps, car ce
malheureux schismatique, reprenant ses premières folies, s’en alla de nou-
veau par les monastères pour surprendre les plus simples. En effet, il en
trompa quelques-uns, même de ceux qui semblaient les plus parfaits. Mais
la justice divine, qui ne laisse rien impuni, fit qu’en moins d’une année, ils périrent presque tous, les uns par la rage des loups, qui les vinrent dévorer jusque dans leur enclos, et les autres par la foudre, qui renversa tout un couvent. Il y en eut même un, nommé Plérée, qui, étant possédé du démon, se pendit et s’étrangla. Il est vrai que le plus criminel de tous, qui
était Agrestius, échappa à tous ces désastres, la divine Bonté lui donnant encore lieu de faire pénitence : mais enfin, comme il ne devint point plus
sage par le malheur d'autrui, il fut tué d’un coup de cognée par son propre
serviteur. Ainsi le schisme cessa, et ceux que ce séditieux avait séduits, et qui lui survécurent, retournèrent au chemin de la vérité,
Cependant saint Eustase travaillait de plus en plus à l’avancement de la gloire de Dieu et au salut des fidèles, et sa parole était autorisée par la force des miracles : car il rendit la vue à une jeune fille, après l’avoir obligée de jeûner deux jours, et en lui mettant de l’huile bénite sur les yeux. Elle s'appelait Salaberge, et elle fut depuis une très-sainte abbesse, que PEglise honore le 22 septembre. Il guérit aussi de la fièvre un religieux nommé Agile, frère du comte Cagnéric et oncle de sainte Fare, lequel a été ensuite premier abbé de Resbais, et tient son rang parmi les Saints, le 30 août. Mais il n’est pas Le seul des disciples de ce grand Abbé qui aït brillé dans l'Eglise par sa doctrine et par sa piété; car c’est encore de son école que sont sortis saint Agnoald, évêque de Laon; saint Aychar, évêque de Saint-Quentin et de Noyon ; saint Omer, évêque de Thérouanne ; saint Romaric et saint Aimé, abbés, et Rachnaire, évêque d'Autun et de Bâle : tous excellents personnages et dignes dis sciples d’un si excellent maître. 11 éten-
1. On appelait Trois Chapitres, trois ouvrages théologiques de Théodore de Mopsueste, de Théodoret, évêque de Cyr, et d'Ibas, évêque d'Edesse, qui étaient plus ou moins empreints des erreurs de Nestorius sur le mystère de l'Incarnation et sur l'union des deux natures en Jésus-Christ. Comme les auteurs avaient reconnu et rétracté leurs erreurs, le concile de Chalcédoine (521) avait passé ces écrits sous silence tout en condamnant les erreurs qu’ils renfermaient. Ce silence du Concile amena une grande division parmi les fidèles dont les uns approuvaient, et les autres condamnaient les ouvrages en question, Cette dispute troubla le règne de Justinien et le pontificat du pape Vigile. En 653, les trois chapitres furent définitivement condamnés par le concile général de Constantinople. — Cf. Conciles généraux et parliculicrs, t. zer, par Mur Guérin, 8 vol. in-80, Bar-le-Duc.
VIES DES SAINTS. — TOME IV. ns
dit aussi la règle de saint Colomban en beaucoup de lieux et bâtit plusieurs
monastères.
Enfin, se voyant avancé en âge, et jugeant bien que l'heure de son dé-
part ne pouvait pas être fort éloignée, il se défit entièrement de toutes les occupations extérieures et temporelles pour s'appliquer uniquement à la méditation de l'éternité. Dans ces exercices, il fut saisi d’une maladie extrêmement violente et douloureuse ; et comme une nuit la nature en était presque accablée, il eut une vision dans laquelle on lui demanda lequel il aimait mieux, ou de souffrir ces maux encore trente jours, ou d’en recevoir de l’adoucissement, ou de ne mourir que dans quarante jours. Le Saint, qui brûlait du désir d’être dégagé de son corps, pour aller jouir de la présence de Dieu, choisit le premier parti; aussi, trente jours après, chargé de mérites et d'années, et entièrement purifié par ces dernières douleurs, après avoir exhorté ses religieux à l'amour de leur règle et reçu les saints Sacrements, il sortit de ce monde pour entrer dans la possession de l’éternité bienheureuse. Ce fut le 29 mars de l’an 624 ou 625 !.