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‘bâtir une église, et l'édifice achevé, elle avait invité le saint Pontife à venir en faire la consécration solennelle.
Il partit d’'Embrun, accompagné d’une foule de fidèles. Le pieux concours s’accrut le long de la route : mais arrivé à la rivière d'Ubaye, qui des- -cend de la vallée de Barcelonnette, il la trouva tellement grossie par l’abondance des pluies et la fonte des neiges, que chacun perdit courage et jugea qu’il était impossible d’aller plus avant. Marcellin s’adresse alors à cette
. multitude triste et déconcertée ; il l’exhorte à mettre en Dieu son espoir - ets’écrie : « Confiance, mes enfants, le Seigneur nous donnera les moyens d'accomplir ce pèlerinage ; tout est possible à celui qui croit ». Il se met en
prière, fait le signe de la croix, et les eaux, refoulées miraculeusement sur
- elles-mêmes, permettent à Marcellin et à sa suite de traverser à pied sec le
lit de la rivière. Elle fut depuis appelée du nom de torrent sanctifié.
Ce prodige éclatant, attesté par un nombre considérable de témoins oculaires, fit grand bruit dans toute la province, et confirma dans la foi ces nouveaux chrétiens.
Ces consolations que le saint Prélat put goûter au milieu de son peuple, docile à la voix de la grâce, furent douloureusement troublées par les luttes
- violentes dans lesquelles l’arianisme poussa l’Orient, l'Italie, les Gaules et
même les Alpes : luttes de la foi contre l’erreur, combats sacrés qui eurent aussi leurs victimes ou plutôt leurs martyrs.
A l’occasion des divers conciles qui furent tenus en ces tristes circonstances, Marcellin se permit une démarche qui rend témoignage de son zèle et de sa prudence, et qui fit beaucoup d’honneur à son Eglise. Il envoya des
courriers affidés vers les défenseurs de la foi, qui se trouvaient à Vienne, à Arles, à Béziers, et dans les autres parties de la Gaule, pour les prémunir
contre toute surprise. Ce message se fit au nom de l’église d’Embrun. Mal-
gré la sage réserve avec laquelle le pontife avait agi, il paraît que l’empereur eut connaissance de cette démarche et qu’il voulut l’en punir, car, un jour que le saint Confesseur, ne soupçonnant rien, était occupé sur la place publique à une œuvre de zèle, les émissaires de l’empereur se présentèrent pour l'arrêter. L’un d’eux le reconnut, et levant le bras, il allait le frapper au visage d’un fouet qu’il tenait à la main, quand une force invisible le terrasse lui-même avant qu’il ait consommé son attentat. Le coupable se roule
- dans la poussière, s’agite, grince des dents. Ses compagnons, témoins de son
étrange supplice et saisis de la plus grande terreur, reconnaissent la main de Dieu qui les frappe. Ils n’osent s'approcher du saint Evêque pour implorer sa clémence et sa toute-puissante intercession en faveur de leur malheu-
- reux compagnon; mais Marcellin, avec sa bonté habituelle, prévient leur
demande. Il sort de la maison où il s'était déjà retiré, et il s’avance vers la
victime étendue par terre. A l’approche du saint Pontife, l'esprit de ténèbres s’écrie, par la bouche du malheureux possédé : « O Marcellin, ce n’est done pas assez que tu nous aies chassés des rivages de l’Afrique ? faut-il encore que tu viennes troubler notre repos dans les Gaules ? » Le Saint, à l'instant, lui impose silence ; puis invoquant le secours du Dieu dont il est le ministre et s’adressant au démon : — « Esprit impur », lui dit-il, « je te le commande au nom de Jésus-Christ, sors et éloigne-toi à jamais de cet homme que Dieu a daigné créer à son image ». A cet ordre, le démon vaincu se retire du possédé, qui, reprenant l'usage de ses sens, ouvre les yeux à la lumière, pleure son crime, reçoit avec plusieurs autres le baptême, et accepte avec actions de grâces le doux et aimable joug du Sauveur. |
Un autre jour, des Ariens s’emparèrent de saint Marcellin, et le conduisant au bord du roc sur lequel la ville d’'Embrun est bâtie, ils le sommèrent de souscrire aux ordres de l’empereur, le menaçant, en cas de refus, de le précipiter de ce lieu élevé. Le crime suivit de près la menace ; mais les anges de Dieu soutinrent sans doute le saint Confesseur dans sa chute, car la tradition, vivante encore aujourd'hui à Embrun, affirme qu’il se releva sans avoir éprouvé la plus légère blessure.
Cependant la tempête, au lieu de diminuer de violence, grandissait tou-| jours. L'empereur avait envoyé un formulaire dans toute la Gaule, et donné des ordres sévères aux magistrats dans toutes les villes pour faire souscrire tous les évêques. Les porteurs de ce formulaire étaient accompagnés de clercs ariens qui déféraient à l’empereur les magistrats négligents à faire exécuter ces prescriptions. Ainsi, par un renversement étrange qui ne pouvait être que l'ouvrage de l'erreur, les laïques devenaient les juges de la foi. Les évêques comparaissaient devant les tribunaux profanes pour y rendre compte de leur croyance, et là, on leur disait : Souscrivez ou quittez vos Eglises ; l'Empereur l'ordonne. Sur la résistance des évêques, on les dépouillait de leurs biens, et on les emprisonnait. On maltraitait aussi les laïques qui prenaient leur défense, et, comme en perdant la foi on perd ordinairement toute pudeur, on ne rougissait pas de flageller publiquement les vierges chrétiennes inviolablement attachées à la foi de Nicée.
Ce fut dans ces fâcheuses circonstances que, sur les vives instances de son clergé qui craignait d’un jour à l’autre de le voir exilé ou mis à mort, saint Marcellin, déjà épuisé par ses travaux, se retira dans les gorges des montagnes situées à l’est d’'Embrun ; il ne revint plus qu’à la dérobée et nuitamment aux environs de sa ville épiscopale pour y transmetire ses ordres et y exercer dans l’ombre les augustes fonctions du saint ministère. Combien cette séparation dut navrer le cœur du Pontife et le cœur de son peuple fidèle ! Aujourd’hui, les habitants de Crévoux montrent encore le rocher sous lequel le nouvel Elie s’abritait autrefois et passait les nuits, exposé aux attaques des bêtes farouches, moins à craindre pour lui que celles des Ariens furieux.
Enfin, Constantius mourut dans les bras de l’hérésie le 3 novembre de l’année 361, après vingt-cinq ans de règne. Julien l’Apostat, son plus cruel ennemi, devint son successeur. Ce prince philosophe, qui, plus tard, se dé- | clara l’ennemi de Jésus-Christ, toléra d’abord la foi chrétienne, sans dis-. tinction de communion. Tous les évêques et les prêtres bannis furent rappelés et réintégrés dans leurs Eglises. Notre saint Prélat, modèle des pasteurs prudents, zélés et fidèles, put rentrer dans Embrun, et y recevoir avec atten- | drissement les hommages de son clergé et de tout son peuple.
Saint Marcellin mourut comblé de mérites, après avoir éclairé de la lu-
mière de la foi la plus grande partie des Alpes maritimes (13 avril 374). Ses miracles ne finirent pas avec sa vie. La ville d'Embrun ayant eu recours à ce saint Patron, lorsque des troupes ennemies l’assiégeaient, on vit aussitôt le saint Pontife dans le ciel, avec une croix fulgurante qu’il opposait aux ennemis, qui prirent la fuite. En temps de peste, un ecclésiastique d’Embrun fut guéri par des onctions faites avec l’huile qui coulait miraculeusement du sépulcre de saint Marcellin. A cette nouvelle, toute la ville implora le Saint, et fut délivrée du fléau. « Au sépulcre de ce Saint », dit Grégoire de Tours, « brûle une lampe qui, une fois allumée, dure plusieurs nuits de suite sans qu’on l’alimente : si le vent l’éteint, elle se rallume d’elle-même. L'huile de cette lampe est un remède pour les malades ».