LE BIENHEUREUX GÉRAUD DE SALES-CADOUIN
Notre Géraud ? vit le jour dans un village du Périgord, appelé Sales (arrondissement de Bergerac). Il fut le premier entre plusieurs frères. Ses nobles et religieux parents le firent soigneusement élever. Dans les écoles, il éclipsa sans peine tous ses camarades, par la science du langages et surtout par l’onction divine, tant sa très-pieuse mère avait su lui inspirer, dès le berceau, la crainte de Dieu et l’horreur du péché.
De très-bonne heure Géraud se sentit attiré vers la solitude. Aussi, tout enfant encore, aimait-il à se recueillir à l'ombre des églises et des monastères. Or, dans ce temps, le vénérable Robert d’Arbrisselle évangélisait avec un grand zèle tout le pays d’alentour et fondait l'institut de Fontevrault. Entraîné par le renom d'un homme si recommandable, Géraud vint se mettre sous sa haute direction #. Le vieillard accueillit avec bonheur son nouveau disciple, lui montra les voies du Seigneur, et, après avoir discipliné son adolescence, lui fit prendre l’habit des chanoines réguliers de Saint-Avit, non loin de Sales et du manoir paternel. Les parents donnèrent leur fils à Dieu avec une joie peu commune en telle circonstance.
Tout embaumé d’innocence, de mansuétude et de mille autres vertus, comme en fleur 5, le jeune novice édifia singulièrement les religieux, qui, ravis d’ailleurs par sa gracieuse et fidèle docilité aux moindres chservances de la règle, ne tardèrent pas, tous d’une voix, à lui faire recevoir successivement les saints ordres, jusqu’au diaconat ; mais on ne put le décider à monter plus haut, tant il redoutait la charge du sacerdoce.
Le pieux cénobite visita plusieurs fois son ancien maître, le bienheureux Robert, et lorsqu'il se sentit parvenu à l’âge de l’homme fait, pressé par l'Esprit de Dieu, il revint vers lui, pour embrasser, à son exemple, une vie plus austère, plus laborieuse et plus utile aux âmes. Car il voyait devant lui une moisson abondante et peu d'ouvriers. Il échangea donc le pauvre habit de chanoine contre celui plus pauvre encore de l’ermite. Un rude cilice et un grossier manteau 6 pour tout vêtement ; un peu de pain noir et d’eau et quelques légumes pris au coucher du soleil pour tout repas, lorsque les pauvres n’en profitaient point ; tel fut son nouveau régime. Dieu le dédommagea de tant de rigueurs extérieures par des ravissements célestes. Que de nuits il passa dans les larmes ou les délices de l’extase !
Au milieu de tant de lumières acquises et infuses, Géraud se sentit soudainement inspiré d’aller prècher au peuple le nom de Jésus. Il se mit donc à semer par tout le pays la parole sainte avec une ardeur et une grâce irrésistibles. L’enthousiasme des foules porta jusqu'aux oreilles des évêques et des prélats le nom et les œuvres de l’Apôtre. L’éminent évêque de Poitiers lui prodigua ses bonnes grâces et lui délégua même ses pouvoirs ordinaires 7. Sa mission finie, Géraud, ainsi que l’oiseau fidèle à son nid, regagnait sa chère solitude 8.
Dans ce temps-là, beaucoup de personnes ramenées à Dieu par le ministère de son serviteur, vinrent lui offrir leurs biens pour établir des monastères. Géraud fonda sept monastères d'hommes et deux de femmes. Au premier rang figure celui de Cadouin (Périgord), et au deuxième celui de Grand-Selve ?. Celui des Chätelliers 10 (Deux-Sèvres) fut le septième et le plus pauvre. C'est là que Géraud, déjà malade, se retira, et que plein de jours et de mérites il rendit son âme au Seigneur, en bénissant ses frères, l'an de grâce 4120, le 20 avril, troisième jour après Pâques.
1. J1 ne faut pas confondre Sales, lieu de la naissance du bienheureux Géraud, avec Salles, où naquit saint Pierre Thomas, dont nous avons donné la Vie le 6 janvier, bien que ces deux localités ne soient pas éloignées l'une de l'autre. Sales, patrie du bienheureux Géraud, est de l'arrondissement de Bergerac et äu canton de Cadouin : le Dictionnaire des Postes le désigne par Sales-Cadouin (65 h.); Salles, patrie du bienheureux Pierre Thomas, est de l'arrondissement de Sarlat et du canton de Belvès : le Dictionnaire des Postes l'appelle Salles-Belvès (334 h.). On voit encore, à Librel, village de la paroisse de Salles- Belvès, une chapelle qui marque l'endroit où est né le bienheureux Pierre Thomas, sur lequel, l'occasion s'en présentant, nous ajoutons ici quelques notes locales qui nous sont parvenues après l'impression : nous les devons à l'obligeance du R. P. Carles, missionnaire apostolique. I1 y a aussi, dans l'église de Salles, un autel dédié à un Saint né dans la paroisse : ce qui indique qu'on a oublié son nom. Saint Pierre Thomas est invoqué contre les maladies épidémiques : la lecture de sa vie donnera la raison de ce patronage.
2. Giraudus igitur noster. — 8. Eruditione linguæ. — 4. Sub tanta ferula. — 5. Multiplici virtutum flore. — 6. Cappa grossa. — 7. Committens ei vices Suas. — 8. Post hæc more bonæ volucris ad nidum revertebatux in idipsum. — 9. Nominavit Grandem Silvam secundum. — 10. Castellaria (Deux-Sèvres).
Durant les funérailles, tandis que le peuple était rassemblé au dehors, trois croix lumineuses brillèrent comme suspendues au-dessus de l’oratoire où était préparé le tombeau, et elles ne disparurent qu’au dernier moment de l'inhumation.
Ajoutons quelques mots sur l’abbaye de Grand-Selve, la fondation la plus importante de saint Géraud :
Vers l'an 4114, le bienheureux Robert d’Arbrisselle, accompagné de son disciple, le bienheureux Géraud de Sales, fut envoyé en mission dans le comté de Toulouse par le pape Pascal II. Après avoir prêché la foi au peuple, les deux Apôtres s’occupèrent de plusieurs fondations, selon l’observance de Fontevrault. Des ermites vivaient au milieu de la forêt de Grand-Selve, à l'occident du Toulousain, non loin de la rive gauche de la Garonne. Géraud passa quelque temps avec eux dans la contemplation et la prière, puis les initia à la vie commune. Un acte ? de l'an 1416, nous apprend qu'Olivier de Bessens et son épouse Algarde, concédèrent à perpétuité et sans réserve 5, au Seigneur Dieu et à la bienheureuse Marie de Grand-Selve, à Gérard de Sales et à ses frères du dit lieu, tant futurs que présents, une partie de la forèt de Grand-Selve. Peu de temps après, l’évêque de Toulouse, Amélius, confirma cette donation et encouragea la munificence des fidèles en faveur de la nouvelle abbaye.
Dans l’année 1118, le bienheureux Géraud s’éloigna de Grand-Selve, en y laissant Etienne pour abbé, mais sous la dépendance du monastère de Cadouin. A la suite de quelques dissidences survenues entre les deux abbayes, le bienheureux Bertrand, successeur de l'abbé Etienne, profita du séjour de saint Bernard à Toulouse pour affilier ses religieux à l'Ordre de Citeaux, sous la juridiction immédiate de Clairvaux. Après l'affiliation solennelle de Grand-Selve, faite à Clairvaux même, saint Bernard adressa aux Toulousains, sous la date de l'an 1147, et par le retour du bienheureux Bertrand, une lettre (la 241e) extrêmement élogieuse pour l’abbé et ses frères de Grand- Selve, qu'il appelle des Saints *.
L'abbaye de Grand-Selve jeta le plus grand éclat par le nombre, la renommée et la vertu de ges moines, et les importantes fondations qu’elle multiplia jusqu'en Espagne. Les comtes de Toulouse, les rois de France et les Papes du xrr1e siècle la comblèrent à l’envi de priviléges. Sa dotation devint immense. Mais depuis les invasions si fréquentes et si désastreuses des Anglais, la ferveur primitive s’attiédit et les abus de la commende introduite dès le xve siècle, aggravèrent le mal jusqu’au jour où la Révolution française vint le supprimer avec l’abbaye même.
Au mois de mai 4790, la municipalité de Bouillac fit dresser l'inventaire de tous les biens meubles du couvent. Le 13 février 1791, un commissaire, escorté de gendarmes, se présenta pour procéder à la vente des dits meubles. Les religieux fermèrent leurs portes, en menaçant d'appeler les paysans à leur secours, au son des cloches. Le commissaire, intimidé, se retira. Mais le mois suivant la vente eut lieu à la criée et les moines furent dispersés. Quelques églises du voisinage réussirent à s'approprier plusieurs lots de grande valeur. Savenez eut le maitre-autel ; Bouillac retint les reliquaires, aussi précieux par l'importance que par le nombre des reliques qu’ils renferment : ils se recommandent aussi par la perfection de leurs formes, ciselures et sculptures du style romano-byzantin le plus pur. Ces trésors, conservés dans un état incontesté d’intégrité, sont exposés à la vénération publique dans l’église de Bouillac. Mgr Doney, évêque de Montauban, en a vérifié l’authenticité et autorisé le culte : c’est ce qui est constaté par le procès-verbal du 25 mai 1865.
Le trésor de Bouillac, venu de Grand-Selve, se compose d’un reliquaire en forme de tour et en cuivre doré ciselé, et de quatre châsses en bois de chêne doré et orné de sculptures, bas-reliefs, moulures, etc. Ces châsses ont la forme d'une église avec bas-côlés, transepts, etc. Les décorations extérieures de tous ces reliquaires sout des œuvres admirables du style romano-byzantin le plus pur, et offrent un intérêt inappréciable pour l’authenticité des reliques qu'ils renferment et l’état des arts du dessin, de l'orfévrerie, etc, aux x11e et xrr1e siècles.
Nous ne pouvons qu'indiquer quelques-unes des reliques les plus remarquables, d’après le procès-verbal de 1865, déposé à Bouillac,
De vestimentis Domini ; — de spinis coronæ Domini ; — de tabula et pane Cœnæ Domini ; — de terra ubi pes Crucis positus erat, quando Christus fuit Crucifixus ; — de velo, cingulo, vestimentis et lacte B. Mariæ ; — de sanguine et vestimentis SS. Innocentiam ; — de vestimento B. Joannis ; — S. Petri ; — una uncia digiti B. Pauli, ap., et duo dentes ejusdem ; — S. Thomæ, ap. ; — S. Barnabæ, ap. ; — S. Timothæi, discipuli B. Pauli; — S. Stephani, proto-martyris ;
1. Tantum civem sanctorum. — 2. Instrumentum. — 3. Sine retinemento. — 4. Et Sanctis qui cum eo sunt.
— $. Laurentii, m. ; — SS. Marci et Marcellini; — S. Sixti, papæ, mart. ; — S. Cæciliæ ; — S. Luciæ ; — S. Dorotheæ, vv. mm., etc., etc. Ces reliques sont au nombre de cent onze.
ll existe une notice imprimée par les soins de la fabrique de Bouillac au sujet de ces reliquaires. :
Les immeubles de l'abbaye furent adjugés au prix de cent mille francs, en assignats, sans doute, à un juge de Toulouse qui siégea depuis au tribunal révolutionnaire de Paris. Cet acquéreur se nommait, dit-on, Selves, et eut pour fils le colonel du génie qui, au temps du roi Louis-Philippe, se chargea d'’instruire à l’européenne les troupes de Méhémet-Ali, sous le nom de Soliman-Bey. Presque tous les bâtiments de Grand-Selves demeurèrent intacts jusqu’en 4799. C’est alors que le monastère, le cloître et la salle du chapitre furent mis en démolition. L'église, après avoir été profanée par le culte de la Raison, subit le même sort en 1802. Depuis, tout a été rasé jusqu’au sol. Il reste pourtant, comme pour indiquer la place de ce qui fut, le portail (xvzie siècle) cintré de l'hôtellerie, auquel adhèrent quelques pans de murailles ébréchées, On pourrait retrouver la circonscription de l’église, en suivant les lignes creusées d’où l’on extrait encore d'énormes briques qui servaient aux fondements. Un comité d’archéologues faisait tout récemment déchausser quelques pierres tombales dans l'épaisseur de la digue d'un moulin du voisinage ; le fil de l’eau avait si bien léché ou poli le côté des inscriptions tumulaires, qu'il n’en restait plus trace. Diverses épaves du grand naufrage de l’illustre abbaye sont venues se grouper, tantôt l’une, tantôt l’autre, au musée des Antiques de Toulouse. :
Ex vita B. Giraldi de Salis, scripta ab auctore anonymo, castellariensi, ut videtur, monacho, circa finem sæculi xu11, ex Ms. Castellariensi, ap. Edm. Martène; Bolland., t. Lvr11, p. 254, édit. Palmé.
Nous devons ce qui précède à l'obligeance de M. Peujade, chanoine à Montauban, et à celle äu R. P. Carles, missionnaire au Calvaire de Toulouse.
XXF JOUR D'AVRIL
MARTYROLOGE ROMAIN
A Cantorbéry, en Angleterre, saint ANSELME, évêque, illustre par sa sainteté et sa doctrine, 1109. — En Perse, la naissance au ciel de saint SIMÉON, évêque de Séleucie et de Ctésiphonte, qui, ayant été arrêté par l’ordre de Sapor, roi de Perse, fut chargé de fers, et présenté à des tribunaux d’iniquité. Là, refusant d’adorer le soleil, et rendant témoignage à Jésus-Christ d’une voix libre et assurée, il fut enfermé dans une étroite prison, et y demeura longtemps avec cent autres chrétiens, parmi lesquels il y avait des évêques, des prêtres, des clercs de divers Ordres. Usthazane, père nourricier du roi, qui autrefois avait renié la foi, et qui depuis avait fait pénitence de son péché, à la persuasion de saint Siméon, souffrit le martyre avec courage. Le lendemain, jour du vendredi saint, tous les compagnons de ce saint Evêque ayant été égorgés en sa. présence, pendant qu'il exhortait chacun d'eux, il eut enfin lui-même la tête tranchée. Avec lui furent martyrisés Abdécalas et Ananie, ses prêtres, personnages d’un mérite distingué. Pusice, surintendant des ouvriers du roi, ayant relevé le courage d’Ananie qui paraissait chanceler, eut le cou percé vers le tendon, et on lui arracha la langue par cette ouverture. Après qu'il eut expiré dans ce cruel supplice, sa fille, qui était une vierge consacrée à Dieu, fut aussi mise à mort. 345. — À Alexandrie, les saints martyrs Arator, prêtre, Fortunat, Félix, Silvius et Vital, qui moururent en prison. — De plus, les saints Apollon, Isaac et Grotatès, qui souffrirent sous Dioclétien. 302. — À Antioche, saint Anastase le Sinaïte, évêque 1. 598.
1. Voir, à la fin de la Vie de saint Anastase le Sinaïte, l'erreur qu'a commise Baronius en attribuant le qualificatif de Sinaïte à l'évêque d'Antioche qu'il nomme aujourd'hui. ;
Je #
MARTYROLOGE DE FRANCE, REVU ET AUGMENTÉ
t En Champagne, saint Amphise, confesseur. — À Paris, le vénérable Fastrade ou Fastrède, | disciple de saint Bernard, et successivement abbé de Cambron, en Hainaut, de Clairvaux et de 'Citeaux, lequel, après de grandes faveurs de Jésus-Christ et de la Sainte Vierge, reçues pendant sa vie, mourut très-saintement dans ladite ville, en présence du pape Alexandre IIT et de Louis VIT, qui l’aimaient et le respectaient pour sa grande piété. 1133. — Encore à Paris, le meurtre du | saint enfant Guillaume, mentionné par Robert du Mont, massacré par les juifs un jeudi saint. 117%
MARTYROLOGES DES ORDRES RELIGIEUX
Martyrologe des Basiliens. — A Antioche, saint Anastase le Sinaïte, évêque, de l'Ordre de Saint-Basile.
Martyrologe des Bénédictins. — À Cantorbéry, en Angleterre, saint Anselme, évêque, illustre par sa sainteté et sa doctrine, qui paraît être descendu du ciel dans ses livres pour la défense de ‘Ja foi, pour le progrès des âmes et pour la règle de tous les théologiens qui ont enseigné les lettres sacrées par la méthode scolastique. — De même chez les Camaldules, à Vallombreuse et chez les Cisterciens.
Martyrologe des Dominicains. — En Piémont, la naissance au ciel du bienheureux Barthélemy Cervier de Savigliano, de notre Ordre, qui, très-célèbre par sa doctrine et sa sainteté, contribua beaucoup à purger les régions subalpines du mal de l’hérésie, fut tué enfin par les hérétitiques, et entra glorieux martyr au céleste royaume. 1466.
ADDITIONS FAITES D'APRÈS LES BOLLANDISTES ET AUTRES HAGIOGRAPHES
À Nicomédie, sainte Alexandra, martyre, l’une des femmes de l’empereur Dioclétièn, qui souffrit avec les saints Apollon, Isaac et Codrat, serviteurs de cette princesse, mentionnés ci-dessus. Il est à remarquer que deux des femmes de Dioclétien furent mises au nombre des saintes. An 302. — En Sicile, saint Appelic ou Amphélic, martyr. — À Constantinople, saint MAXIMIEN, patriarche. An 434. — À Brescia, saint Cyprien, évêque. Vers l'an 552. — En Orient, saint ANASTASE le SINAÏTE, différent de saint Anastase nommé au martyrologe romain. Après l’an 686. — À Liége, le vénérable Wolbodon, évêque 1. — A Urbin, en Italie, le bienheureux Jean on Joa= gnole du Tiers Ordre de saint François. Vers 1370. — Au monastère de Clynnog, dans le pays de - Galles, en Angleterre, saint Brunon, fondateur et abbé de ce monastère qui, entre autres miracles, guérit une personne en la touchant avec l’extrémité de son bâton. vire s. — A Ravenne, saint Timothée, martyr, dont les reliques furent apportées de Rome dans l’église Saint-Vital de cette ville.