‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 306 sur 339 · SAINTE OPPORTUNE, VIERGE ET ABBESSE · texte numérisé non relu

SAINTE OPPORTUNE, VIERGE ET ABBESSE

110. — Pape : Etienne HT. — Rois de France : Carloman et Charlemagne.

La fidélité à la grâce mène vite et haut une âme docile.

Sainte Opportuné naquit dans une ville autrefois importante, à Exmes, au diocèse de Séez. Son père, qui descendait de nos rois de la première race, gouvernait cette contrée à titre de comte ; son frère, Chrodegand, occupait le siége épiscopal de Séez, et Lanthilde, sa tante, était abbesse des Bénédictines d’Almenèches, fondées deux siècles auparavant dans le même diocèse. Elle eut de bonne heure le désir de renoncer au monde. Toute jeune encore, ayant entendu lire, dans l’église, le passage où Notre-Seigneur dit à un jeune homme: «Allez, vendez ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres», elle s’'appliqua ces paroles. Etant retournée près de ses parents, elle se prosterna, les larmes aux yeux, à leurs pieds, les suppliant avec beaucoup d'instance de lui permettre de se faire religieuse pour se donner toute à Dieu, et n’avoir plus rien au monde. Ses parents en furent extrêmement surpris : néanmoins, comme ils avaient la crainte de Dieu, ils n’osèrent s’opposer aux desseins de leur fille, ou plutôt aux mouvements du Saint- Esprit, qu’ils reconnaissaient lui avoir touché le cœur. C’est pourquoi ils y consentirent à l'heure même, et lui donnèrent leur bénédiction, afin d’attirer sur leur fille celle du ciel.

L'abbaye d’Almenèches n’était pas loin : un sentiment naturel l’aurait portée à y chercher un asile près de sa tante. Elle se garda contre cette inclination qui lui faisait craindre une trop grande recherche d’elle-même : elle préféra la petite solitude de Montreuil, située dans la vallée d’Auge, à trois lieues de Séez. Montreuil, ou le petit monastère, était célèbre en ce temps-

1à par l’observance régulière qui y était en vigueur. Quelques jours après y être rentrée, en présence de ses parents et de beaucoup de peuple, elle reçut le voile des mains de Chrodegand, son frère. Lorsqu'elle rentra dans le monastère, les autres religieuses aperçurent visiblement son bon ange qui marchait à son côté, pour l’instruire de ce qu’elle avait à faire : il ne faut pas s'étonner si elle avança si fort dans la perfection, et si elle surpassa bientôt les anciennes, et même ses maîtresses, dans la science de Jésus-Christ.

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