‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 327 sur 339 · RELIQUES ET CULTE · texte numérisé non relu

RELIQUES ET CULTE

Suivant une tradition confirmée par d'authentiques documents — dont quelques-uns remontent jusqu’au x1e siècle, et qui se trouvent aux archives de la préfecture de la Drôme — le premier - temple élevé dans Valence au Dieu des chrétiens fut un oratoire construit hors des murs de la ville, sur le lieu même où saint Félix et ses deux compagnons avaient été martyrisés. Dans la suite, un monastère fut élevé autour de l’église qui servit longtemps de cathédrale. Ce monastère se maintint jusqu'au 1x siècle, époque de sinistre mémoire, où la Gaule devint la proie des Nom mands et des Sarrasins. Valence ayant élé saccagée plusieurs fois, l’abbaye de Saint-Félix fut ruinée

de fond en comble. Réfugiés dans la ville, les religieux y fondèrent un monastère non loin du premier, et dans la rue qui porte encore aujourd’hui le nom de Saint-Félix. Mais c'en était fait de Ia prospérité du Moutier : les malheurs des temps, au lieu de resserrer l'union parmi les frères, amena la division au milieu d'eux. L'abbé se sépara de ses religieux pour aller se joindre aux chanoines de la cathédrale : de là vient que le titre d'abbé de Saint-Félix fut porté par l’un d’eux jusqu’à la révolution. Dès lors, le monastère cessa de porter le nom d’abbaye pour prendre celui de simple prieuré. Au x1ve siècle, ce prieuré fut incorporé à l’abbaye de Saint-Ruf. (Bulle d’Urbain V, 28 octobre 1363). À dater de cette époque, le prieuré de Saint-Félix, si vénérable par son antiquité et à ce titre toujours cher aux habitants de Valence, occupa le premier rang parmi ceux qui dépendaient de l’abbaye de Saint-Ruf : la réforme y produisit des fruits précieux. Cet état florissant dura jusqu’en 1562, où toutes les églises et touies les maisons religieuses furent livrées aux flammes par les fo/érants Huguenots. Reconstruit avec beaucoup de difficulté, le monastère de Saint-Félix n’était plus habité en 1718, que par un chanoine : il passa alors entre les mains des religieuses de Saint-Vincent de Paul qui l’habitent encore de nos jours.

Îl a été fait plusieurs translations des saintes reliques des Apôtres de Valence. La première eut lieu lorsque l’on en dépouilla le monastère de Saint-Félix — d’abbaye devenu prieuré — pour en enrichir la cathédrale. L'église de Valence en célébrait autrefois l'anniversaire le 81 jauvier.

Ce précieux dépôt resta intact jusqu’en 1372. A cette époque le célèbre Geoffroy de Boucicaut, gouverneur du Dauphiné, en obtint la majeure partie qu'il fit transférer à Arles dans l’église des religieux Trinitaires. Une foule de guérisons miraculeuses furent opérées, par l'intercession des glorieux martyrs, à Arles, dont l’église célèbre encore aujourd’hui la fête. Cependant la ville de Valence ayant eu la douleur de perdre ce qui lui restait de ce riche trésor par l’impiété sacrilége des Huguenots, l’archevèque d'Arles, Adéhmar de Grignan, en rétrocéda quelques fragments qui furent envoyés à Valence en 1697, et placés dans l’oratoire des religieuses hospitalières de la Très-Sainte-Trinité, où on les conserve précieusement encore aujourd'hui.

Enfin, en 1787, les religieuses de Saint-Vincent de Paul obtinrent à leur tour une partie de ce qu'il en restait à Arles. Les fidèles vénèrent tous les jours, dans leur modeste église, ces précieux restes.

Les Actes des saints Félix, Fortunat et Achillée, sont du nombre de ceux qu'a rejetés la crie tique de Baillet, de Tillemont, de Dom Rivet et autres jansénistes : il nous suffira de dire, pour en montrer l'autorité, que le savant Père Papebrock les a admis, bien qu'il eût un peu sacrifié luimême aux tendances de la critique, et que la Congrégation des Rites, au moment où le diocèse de Valence revenait à la liturgie romaine, a soigneusement examiné, approuvé et loué les lecons de l'office redigé pour la fète de ces trois saints Martyrs; lecons extraites littéralement des Actes tels qu'ils se trouvent dans les Bollandistes et tels que nous les reproduisons.

Pierre de Saint-Julien, Antiquités de l’église de Mâcon, dit avoir lu dans un ancien manuscrit qui appartenait aux chanoines de saint Irénée de Lyon, que saint Paul, allant en Espagne, laissa à Valence Ruf, fils de Simon le Cyrénéen. Le Père Colombi a trouvé cette légende fort vraisemblable, vu que l’Apôtre, après avoir donné à Vienne saint Crescent, pouvait bien confier à saint Ruf la mission de Valence, comme il confia plus tard celle d'Arles à saint Trophime. Mais ce n’est qu’une probabilité : il ne nous reste aujourd’hui aucun monument de l’apostolat de saint Ruf. Il est bon toutefois d'ajouter, que selon le témoignage formel de saint Irénée, la religion était connue dans les villes riveraines du Rhône, avant qu'il envoyäât saint Félix à Valence. Saint Irénée ne dit pas quel fut l'Apôtre qui le premier prêcha l'Evangile dans cette ville : la légende nomme saint Ruf et le fait disciple de saint Paul : jusqu’à preuve du contraire, on peut s’en tenir à la légende. Cette manière de voir n’ôte rien à la gloire des saints Félix, Fortunat et Achillée que Valence regarde comme ses apôtres et honore comme ses principaux patrons; car l’apostolat de saint Ruf n’ayant pas laissé de traces, son œuvre ayant probablement péri après lui, il est tout naturel que la vénération des chrétiens de Valence se soit portée sur ceux qui vinrent, sinon fonder, au moins ressusciter etétablir pour toujours lareligion dans leurs murs. Saint Ruf n’est pourtant pas sans avoir laissé des traces à Valence, puisqu'il y avait autrefois dans cetfe ville une collégiale et des chanoines de saint Ruf. Cette dénomination signifie tout au moins que des prêtres savants et éclairés ont cru à l'existence de saint Ruf, à des relations de saint Ruf avec Valence, puisqu'ils se sont placés, eux et leurs maisons, sous sa protection.

AA. SS., 23 avril (traduction des Bénédictins) ; — Æistoire hagiologique du diocèse de Valence, par M. l'abbé Nadal.

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