‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 326 sur 339 · LES SAINTS FÉLIX, FORTUNAT ET ACHILLÉE · texte numérisé non relu

LES SAINTS FÉLIX, FORTUNAT ET ACHILLÉE

au seul Dieu, avec une foi telle que la demandent sa divinité et sa majesté; nous l’aimons de toutes les affections de notre cœur, de toutes les forces de notre corps, et nous tremblons devant sa puissance, qu’attestent les plus grands miracles ».

Cornélius, vaincu par cet enchaînement invincible de la vérité, n’en devint que plus furieux. Il ordonna qu'après leur avoir lié les mains derrière le dos, on leur brisât les jambes et les reins, et qu’on les attachât à des cercles de roues, les forçant dans cette position à respirer, au milieu

des torrents d’une amère fumée ; enfin, qu’on les laissât un jour et une nuit étendus sur le chevalet. Les licteurs, excités eux-mêmes par leur aveugle cruauté, mêlaient les insultes aux tourments, et leur disaient : « Ceux qui ont la téméraire audace de briser les dieux méritent de perdre dans de pareils supplices leur criminelle vie. Si pourtant ce Christ est Dieu, comme vous le dites, en exaltant son nom avec tant d’orgueil, que sa puissance vous délivre, qu’il vous arrache aux tourments, qu’il brise vos liens ».

Le lendemain, Cornélius les fit délier de leurs chaînes, et, leur laissant un moment de relâche, il leur dit : « Sacrifiez aux dieux que vous avez audacieusement profanés en les brisant; peut-être obtiendrez-vous de leur indulgence de recouvrer vos forces premières, avec le secours des médecins ». Mais les Saints répondirent : « Si dans ces dieux il y avait quelque chose, ils se seraient donnés à eux-mêmes le secours dont ils avaient besoin pour se défendre ; et l’on aurait pu les croire d’une grande vertu pour guérir des hommes, si on les avait vus se sauver eux-mêmes de la mort, C’est pourquoi nous préférons mourir en confessant la foi de notre Dieu, et acheter à ce prix les récompenses de l’éternelle vie, plutôt que de nous asservir aux damnables cérémonies de votre culte ».

Le moment de terminer un glorieux combat par un noble triomphe était donc arrivé pour eux. Cornélius ordonna qu’on leur tranchât la tête d’un coup d’épée : et les bourreaux, obéissant aux ordres du gouverneur, les conduisirent hors de la ville. Les Saints continuaient cependant à enseigner la multitude qui les entourait ; mais, arrivés au lieu de la prière qu'ils

s'étaient construit autrefois, et que la fureur sacrilége de leurs persécuteurs avait détruit, ils consommèrent leur martyre et méritèrent le prix de leur victoire. Au milieu de la nuit, la foi et le zèle des chrétiens donna à leur sépulture l’éclat que réclamaient tant de vertus ; et Dieu, comme un témoignage des récompenses qu’il leur a déjà accordées, multiplie chaque jour les miracles à leur tombeau. Puissions-nous nous-mêmes y obtenir, par nos prières et par nos larmes, qu’ils attirent sur notre ville les secours d’en haut, qu'ils assistent et fortifient tous les malheureux qui ont besoin de miséricorde, et brisent les chaînes des nombreux péchés du peuple, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui est l’honneur, la puissance et la vertu, avec le Père et l’Esprit-Saint, dans la Trinité parfaite, pour les siècles des siècles. Amen.

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