‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 329 sur 339 · RELIQUES ET CULTE DE SAINT GEORGES · texte numérisé non relu

RELIQUES ET CULTE DE SAINT GEORGES

Ses reliques furent divisées el l'ansportées dans beaucoup d'églises : à Rome, à Ferrare, à Venise, à Paris, à Amiens, à Bordeaux, etc. L'église paroissiale de Chevrières, près Compiègne (Oise), possède encore aujourd’hui une insigne relique de ce Saint, qui en est le patron. C’est l'os d’une cuisse ; l'authenticité en a été reconnue et la châsse, qui le renferme, scellée, en 4859, par l'évêque diocésain. Il est le patron principal de Cérisy-Gailly, d'Hargicout, d'Havernas, de Mesnil- Saint-Georges, de Villers-Bocage. Des chapelles lui sont érigées à Applaincourt et à Gomiécourt, où on va l’invoquer pour les maladies dartreuses. On conserve de ses reliques à Cerisy-Gailly (deux ossements), aux Clarisses d'Amiens, à Saint-Riquier, à Picquigny et à Villers-Bocage.

Un rapprochement, qui ne manque ni d'a-propos ni d'importance, doit trouver ici sa place. En 4339, Raoul, duc de Lorraine, fonda, dans une partie de son palais, à Nancy, une collégiale de

chanoines qu’il plaça sous le patronage de la sainte Vierge et de saint Georges. Le 40 janvier 1461, René d'Anjou fit offrir, au Chapitre de cette église, une précieuse relique provenant du prieuré de Saint-Honoré d’Alichamps, laquelle consistait « en l’os d'une des cuisses de saint Georges depuis le haut jusqu’au genoil ». Ce prince l'avait obtenue du cardinal de Foix, légat du Saint- Siége, et fait enchâsser en argent « en ung cuissal fait à la forme et semblance de la cuisse d'ung homme armé, assise sur ung carreau d'argent armoié de ses armes ». Il est fait mention de cette insigne relique dans les inventaires du trésor de la collégiale dressés en 1552 et 1664. On y lit même la mention de « ung bras d'argent de sainct George ». Et une autre : « Le chief de sainct George avec un chapelet dorez ».

On ignore ce que devint la presque totalité des reliques et des objets de prix composant le trésor de saint Georges. Lors de la fusion du Chapitre ducal avec celui de la primatiale, en 1742, les chanoines de la fondation de Raoul firent transporter, dans l’église de leur nouvelle destination, une partie de leur mobilier liturgique. On ne sait si le cuissal de saint Georges y fut compris, si les chanoines en disposèrent pour ne pas l’introduire dans un sanctuaire dont le saint Martyr ne serait pas le patron, ou s’il ne quitta le pays qu’à l’époque de la spoliation révolutionnaire de 93. En toute hypothèse, ne serait-il pas assez vraisemblable que « l'os d’une cuisse » de saint Georges que possède aujourd’hui « l’église paroissiale de Chevrières, près Compiègne (Oise) », n’est autre que le « cuissal » apporté en Lorraine par le duc René, et qu'une suite d'événements y aura fait arriver 1?

Les guerriers ont choisi saint Georges pour leur patron, et l'Eglise romaine a coutume d’invoquer saint Georges, saint Sébastien et saint Maurice, comme les principaux protecteurs de l'Eglise contre ses ennemis, parce qu'ils furent à la fois de braves guerriers et de fidèles chrétiens.

La dévotion des gens de guerre à saint Georges était principalement fondée sur la ressemblance de profession; elle l'était aussi sur l'autorité d’une relation dont l’auteur assurait que le Saint était apparu à l’armée des chrétiens croisés avant la bataille d’Antioche et que les infidèles avaient été défaits par sa protection. On disait encore que le même Saint était apparu à Richard Ier, roi

"Angleterre, lorsqu'il marchait contre les Sarrasins, et que les troupes de ce prince, en ayant été instruites, se sentirent animées d’un nouveau courage et taillèrent l'ennemi en pièces. Tous ces faits contribuèrent beaucoup à rendre le nom de saint Georges fameux parmi les militaires.

Ce Saint est honoré dans les églises d'Orient et d'Occident, comme un des plus illustres Martyrs de Jésus-Christ. Les Grecs lui ont même donné longtemps le titre de grand Martyr, et sa fête est encore chez ‘ux d'obligation. Il y avait autrefois à Constantinople cinq ou six églises de son nom, et l’on prétend que la plus ancienne avait été bâtie par Constantin le Grand. On attribue aussi à ce prince la fondation de celle qui était sur le tombeau du Saint, en Palestine. Quoi qu'il en soit du fondateur de ces deux églises, il est au moins certain qu'elles furent bâties sous les premiers empereurs chrétiens. Les empereurs Justinien et Maurice en firent aussi élever deux sous l'invocation de saint Georges : l’une était à Bizanes, dans la Petite-Arménie, et l’autre à Constantinople.

Il est rapporté, dans la vie de saint Théodore le Sicéote, qu'il servit Dieu longtemps dans une chapelle qui portait le nom de Saint-Georges, qu'il avait une dévotion particulière à ce glorieux Martyr, et qu’il en recommanda le culte au comte Maurice, lorsqu'il lui prédit l'empire.

Il se faisait un grand concours de peuple à l’une des églises du Saint, à Constantinople s elle s'appelait Manganes, et était attenante à un monastère situé du côté de la Propontide, C'est de là que l’Hellespont ou le détroit des Dardanelles a pris le nom de Bras de saint Georges. Le Saint est honoré en ce jour par plusieurs églises d'Orient, principalement en Georgie, avec la qualité de patron titulaire. Nous lisons, dans les auteurs de la Byzantine, qu'il s’est opéré un grand nombre de miracles par son intercession et qu'on lui a été redevable du gain de plusieurs

atailles.

? Son culte fut répandu en Occident par ceux qui, dans leurs pèlerinages à Jérusalem, visitaient souvent son église et son tombeau, qui étaient à Diospolis, en Palestine, où l’on pense que l’un de ses serviteurs le transporta après son martyre : selon l'opinion la plus probable, ce martyre eut lieu à Nicomédie, en Bithynie. Diospolis s’appeile aujourd'hui Lydda : on y voit encore une église magnifique bätie par Justinien et consacrée à saint Georges. Elle est dans la province de Damas et compte 2,000 habitants. On voit, par saint Grégoire de Tours ?, qu'il était fort célèbre en France dès le vie siècle. Saint Grégoire le Grand ordonna de réparer une ancienne église bâtie en son honneur, qui était sur le point de tomber en ruine 8, On trouve son office dans le sacramentaire de ce saint Pape et dans plusieurs autres #. Sainte Clolilde, femme du roi Clovis, dressa des autels sous son nom, et voulut que l’église du monastère de Chelles, dont elle était fondatrice, füt aussi dédiée sous son invocation. Il est dit, dans l’ancienne vie de saint Doctrovée, « qu'on apporta des reliques de saint Georges à Paris, et qu'on les déposa en l’église de Saint-Vincent, aujourd'hui de Saint-Germain des Prés, lorsqu'on en fit la dédicace ». Fortunat de Poitiers a

1, M. l'abbé Guillaume, de Nancy.

2. L. de Glor. mart., ç, 101. — 38. L. 19, ep. 78, p. 1172, ed, Ben. — 4, Not. Menardi in sacram, S, Greg.

622 > 93 AYRIL.

composé une pièce de vers sur une église du même Saint qui était à Mayence. Il résulte de toutes ces autorités que le culte de saint Georges est fort ancien dans l'Occident et surtout en France.

Il était le premier Patron de la république de Gênes. Les Anglais, sous leurs rois normands, rapportèrent des croisades une grande dévotion à saint Georges, et linvoquèrent comme Patron dans la guerre. Le concile national, tenu à Oxford en 1222, ordonna que sa fête füt de précepte dans toute l’Angleterre 1. Ce fut sous sa protection qu'Edouard III mit l'Ordre de la Jarretière, qu'il institua en 1330 2.

On voit, par tout ce qui vient d’être dit, que le nom de saint Georges a toujours été en grande vénération dans l’Eglise. L'ancienneté et l’universalité de son culte sont bien établies. Les Actes, que nous avons de lui, s'accordent tous à dire qu'il souffrit à Nicomédie, sous Dioclétien. M. Assemani a prouvé, par le consentement unanime des églises du monde chrétien, que le martyre de saint Georges arriva le 23 avril à Nicomédie, sous Dioclétien 5.

Le cardinal Baronius a recherché très-exactement, et recueilli avee une sévère critique toutes les histoires de saint Georges qui se trouvent dans les plus anciennes bibliothèques; nous ayons cru pouvoir suivre, sans aucune difficulté, un si grave auteur. — M. Jean Darche a publié à Paris en 1866, une Vie de saint Georges, in-12 de 400 pages, dont il consacre plus de 100 à prouver la réalité du dragon terrassé par saint Georges. En principe, nous ne sommes point opposé à l'interprétation littérale des légendes ; mais l'histoire vraie de saint Georges est si difficile à tracer ; il règne un si grand décousu, une si grande incertitude dans ses Actes, que nous avons cru pouvoir ici nous en tenir au sens symbolique : c’est du reste l'opinion la plus généralement admise. — Voir dans la vie de sainte Opportune, p. 593, note 8, cidessus, que nous sommes loin d'être des partisans outrés de l'interprétation symbolique.

S. GÉRARD, TRENTE-CINQUIÈME ÉVÊQUE DE TOUL 994. — Pape : PC XVI, — Roi de France : Hugues Capet,

Veillez ; ne reculez devant aucune espèce de travaux; remplissez les fonctions d'un prédicateur de la fois soyez à la hauteur de votre ministère. ZZ Tim., 1v,5.

Entre tous les évêques de Toul brille d’un éclat particulier saint Gérard, dont l’épiscopat domine avec grandeur dans le lointain des âges, et dont le nom s’est d'autant mieux popularisé, que les principaux monuments qui, encore aujourd'hui, ornent la ville de Toul et par lesquels elle conserve quelque importance, sont dus à son inspiration et à sa générosité.

La ville de Cologne fut le lieu de la naissance de saint Gérard. Ingramme, son père, et Emma, sa mère, y tenaient un des premiers rangs parmi la

2 Conc:, de XI, Pi210:

2. L'Ordre de la Jarretière est composé de vingt-cinq chevaliers, sans compter le roi. Il a cinquante ans d'ancienneté de plus que l'Ordre de Saint-Michel, créé en France par Louis XI; quatre-vingts ans de plus que celui de la Toison d'or, institué par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et cent quatre-vingtdix ans de plus que celui de Saint-André, établi en Ecosse par le roi Jacques V. L'empereur Frédéric IV forma, en 1470, un Ordre de chevaliers en l'honneur de saint Georges. I1 y avait aussi un Ordre militaire à Venise, qui porta le nom du même Saint. Voir le Père Honoré de Sainte-Marie, Mist. des Ordres de chevalerie; Ashmole, Æist. de l'Ordre de la Jarretière; Pott, sur les antiquités de Windsor, et l'Hist. de cet Ordre, in-40, 1749, avec les notes manuscrites du docteur Buswel, chanoine de Westminster.

8. Voir M. Joseph Assemani, in Calend. univ., t. vr, p. 284. Certains hérétiques avaient forgé des Actes de saint Georges. Le pape Gélase les condamna dans le célèbre concile qui se tint à Rome en 494. Calvin et les centuriateurs de Magdebourg ont avancé qu'il n'y avait jamais eu de saint Georges; mais leur prétention est dénuée de toutes preuves, et réfutée par les titres et les monuments les plus authen— tiques. Jurieu, Apol. de la réforme, t. 1er, Reynolds et Echard, n'ont pas rougi de confondre ce Saint avec un Arien, nommé Georges, qui usurpa le siége d'Alexandrie. Nous allons faire connaître ce Georges, afin de mettre les lecteurs à portée de prononcer. Devenu maître du siége d’Alexandrie par le crime d'intrusion, il persécuta avec une cruauté inouïe saint Athanase et les catholiques. Il massacra un grand nombre de ceux-ci, il bannit leurs évêques; il pilla les maisons des orphelins et des veuves; il traita avec la dernière barbarie les vierges consacrées au Seigneur. Enfin ses désordres allèrent si loin que les païens eux-mêmes ne purent souffrir un pareil monstre : ils le massacrèrent sous le règne de Julien.

Les histoires du combat de saint Georges avec le magicien Athanase, et autres semblables rêveries, avaient été forgées par les Ariens, comme le montre Baronius; aussi furent-elles rejetées par le pape Gélase et par les catholiques. Ils connaissaient trop bien le Georges dont nous venons de parler, et dont ils condamnaient les Actes, pour le confondre avec l’illustre Martyr de Jésus-Christ.

Au reste, les fables dés hérétiques sont tellement incorporées à l'histoire de notre Saint, qu'on ne

Page 1