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noblesse ; sa vertueuse mère lui inspira de bonne heure la crainte de Dieu, l'amour des saints autels, et, étant elle-même un modèle de piété, elle lui en persuada la pratique par l'autorité de ses exemples.
Comme il semblait appelé à l’état ecclésiastique, ses parents le firent entrer dans la communauté des clercs qui desservaient la cathédrale de Cologne, et qui suivaient la règle des chanoïnes réguliers. Sa mère ayant été tuée d’un coup de foudre, il imputa ce malheur à ses propres péchés et redoubla ses macérations ; il en agit de même pour une faute qu’il commit par inadvertance dans son office de cellérier : il s’en punit comme d’un crime. Les austérités, les veilles, la psalmodie et les humiliations furent ses pratiques ordinaires, depuis son entrée dans ce Chapitre jusqu’à l’âge de vingt-huit ans qu’il en sortit.
Plus il cachaït ses mérites, plus ils éclataient : il était connu dans toute VAllemagne, et l’empereur l’estimait beaucoup.
Après la mort de Gauzelin, évêque de Toul (963), Gérard fut élu pour lui succéder, par Brunon, archevêque de Cologne, duc de Lorraine, et premier ministre de l’empereur Othon, son frère. Il ne se soumit à cette élection que par pure obéissance.
Sacré à Trèves, l’an 963, il fut reçu la même année dans la ville de Toul, comme l’ange tutélaire de la province, au milieu des acclamations du peuple. Malgré les fatigues de l’épiscopat, il ne renonça jamais ni à ses austérités, ni à ses pénitences accoutumées. Chaque jour il récitait treize heures canoniales, joignant l’office des moines à celui des chanoines. Il se faisait lire l’Ecriture sainte pendant qu’il était à table et même au lit, afin d’avoir l’esprit occupé de saintes pensées tant que le sommeil le laissait Libre. Cette dévote pratique fut si agréable à Dieu, qu’il l’approuva par un miracle.
Une femme avait mis une chandelle allumée sur l’autel de saint Mansuy, pour y honorer les reliques de ce premier évêque, et le sacristain s’étant retiré dans sa chambre, pour y prendre son repas, sans éteindre la chandelle, la flamme se communiqua aux ornements de l’autel. Elle menaçait l’église d’un incendie ; saint Gérard connut par révélation ce danger, et dit au clerc, qui lisait devant son lit, de courir à l’église de Saint-Mansuy pour y éteindre le feu, et de reprendre le sacristain de sa négligence. L’on conserva longtemps l’ornement qui portait les marques du feu, comme une preuve du mérite du Saint, qui en avait arrêté le cours par ses prières.
S'il interrompait quelquefois l’oraison, la lecture de l’Ecriture sainte et de la Vie des Saints, qui remplissaient ses jours, c’était pour prêcher la divine parole ou pour remplir d’autres devoirs indispensables de son ministére. La province de Belgique n’avait pas alors d’évêque qui égalât notre Saint dans le talent de la chaire ; aussi, ne se contentant pas de prêcher dans sa ville épiscopale, il allait souvent dans les paroisses voisines pour distribuer au peuple le pain de la patole de Dieu.
Les évèques de Toul étaient alors en même temps les souverains temporels du diocèse. Gérard donna d'excellentes lois à sa cité, régla la police, établit des poids et des mesures fixes. L'administration de la justice fut aussi un de ses soins importants : on montre encore de nos jours le siége en pierre sur lequel il s’asseyait pour rendre la justice aux peuples.
Saint Gérard s’adjoignit son frère Ancelin pour administrer les affaires
peut plus démêler la vérité dans les Actes qui nous restent de lui. Pour l'ancienneté de son culte par toute l'Eglise, et conséquemment la certitude de son existence, c'est un point incontestable, et prouvé par le témoignage d'un grand nombre d'auteurs, qui ont écrit depuis le ve siècle jusqu’à présent, Voir l'Histoire de saint Georges, par le docteur Heylin, célèbre historien protestant. — Alban Butler.
civiles dans le comté de Toul, afin de s'appliquer plus spécialement aux devoirs d’un véritable pasteur. Il cherchait les pauvres et les conduisait luimême dans son palais, pour leur laver les pieds et les faire asseoir à sa table. Le comte, son frère, demandait souvent par grâce d’avoir rang parmi les conviés. Il rétablit dans les monastères la discipline qui s’affaiblissait ; il reconstruisit celui de Saint-Mansuy, et y attacha de nouveaux revenus; il fonda la Maison-Dieu, le plus ancien hôpital de Toul, et lui assigna des fonds suffisants ; il enrichit une foule d’églises et de monastères de son diocèse, soit de ses propres deniers, soit des libéralités qu’il obtenait de l’empereur ; il fit bâtir sur un plus vaste plan la basilique de Saint-Etienne, cette magnifique cathédrale que nous admirons encore aujourd’hui, et qui fut cinq siècles avant d’être terminée ; il construisit aussi la belle église et les cloîtres de Saint-Gengoul, et y attacha une collégiale. En récompense de tant d'actions qui avaient en vue la gloire de Dieu et de la religion, saint Gérard obtint le don des miracles.
Les affaires de son église le pressant d’aller à la cour de l’empereur Othon IL, il partit de Toul, et sembarqua sur la Moselle, aux pieds des murailles de cette ville. Vis-à-vis de Dommartin, le clerc, qui l’accompagnait dans ce voyage, voulut laver ses mains dans la rivière ; tandis qu’il se penchait, un reliquaire, que le Saint lui avait confié, tomba dans l’eau et il lui fut impossible de l’en retirer. Le saint Evêque ayant terminé heureusement ses affaires à la cour, remonta dans sa barque pour revenir à Toul. Sitôt qu’il fut arrivé à l'endroit où avait été perdu son reliquaire, il se mit en oraison, tout rempli de confiance, plongea sa main dans l’eau et l’en retira. Ce miracle surprit tous ceux qui l’accompagnaient.
Lorsque saint Gérard eut assez avancé la construction de la cathédrale, pour qu’on y pût célébrer le service divin, il résolut d’en faire la dédicace, et, pour rendre la cérémonie plus auguste, il y invita Théodoric, évêque de Metz. Mais Théodoric n'ayant pas pu s’y trouver, saint Gérard le pria de donner à sa nouvelle église une partie d’une pierre qui avait servi au martyre de saint Etienne, et dont l’église de Metz était depuis longtemps dépositaire. Notre Prélat alla lui-même à Metz pour obtenir plus facilement cette relique. Il prit ce trésor entre ses mains, le baisa ét l’arrosa de ses larmes, et désigna la partie qu’il en souhaitait. Dieu n’attendit pas que Théodoric eut satisfait à la demande de notre pieux évêque : la pierre, frappée d’une main invisible, se. divisa d'elle-même, et la portion que saint Gérard avait marquée de son doigt demeura dans ses mains. L’étonnement saisit les spectateurs à la vue d’un miracle qu’ils regardèrent comme la récompense de la piété du Saint ; on lui permit d’emporter dans son église cette relique dont le ciel semblait approuver la translation. On la renferma depuis dans une image de saint Etienne, donnée par Nicolas de Sane, archidiacre de Toul, et enrichie par Antoine, duc de Lorraine, d’une portion de la côte de ce même saint Martyr. Ce prince religieux vint à Toul le 20 avril 4540, accompagné des princes et des princesses ses enfants ; il porta lui-même cette relique sur l'autel, dans le temps que Jacques Antoine, docteur en théologie et doyen de l’église cathédrale, célébrait la messe.
Théodoric, évêque de Metz, duquel nous venons de parler, ayant bâti ou réparé le monastère d’Epinal, voulut y honorer les reliques de saint Goëric, son prédécesseur dans l’évêché de Metz, par une nouvelle translation ; il pria, à cet effet, saint Gérard de faire lui-même la cérémonie, comme étant l’évêque diocésain. On avait, pour ce sujet, préparé deux châsses, l’une d'argent et l’autre de fer: celle-ci devait être emboîtée dans la première ;
mais l’ouvrier, qui avait mal pris ses mesures, les fit toutes deux d’une même grandeur. Cet inconvénient imprévu retarda la cérémonie ; l’évêque de Metz, qui y avait invité un grand nombre de personnes illustres, se chagrinait de ce retard. Saint Gérard, qui célébrait la messe, ayant conjecturé par le bruit confus qui s'élevait parmi le peuple, le sujet du chagrin de Théodoric, demanda à Dieu qu'il honorât son serviteur Goëric, en ôtant l'obstacle qui s’opposait à la cérémonie de la translation de son corps. À peine Gérard eut-il achevé sa prière, que ces deux châsses, posées l’une sur l’autre, s’emboîtèrent en un instant; celle qui était trop étroite s’élargit pour recevoir l’autre sans le secours d’un ouvrier.
Notre Saint nourrissait un grand nombre d’Irlandais et de Grecs, que la misère des temps avait fait sortir de leur pays, et qui, attirés par la réputation de sa charité, étaient venus chercher un asile dans la ville de Toul. Il les assemblait tous les jours, et les partageait en plusieurs chœurs pour chanter les louanges de Dieu en leur langue. Il apprit que l’un de ces étrangers venait d’expirer, et, quoiqu'il se fût déjà retiré pour prendre son repos, il sortit, assembla ses clercs et se transporta au lieu où était le corps du défunt, pour y faire les prières dont l'Eglise a coutume de se servir dans cette occasion, et pour lui donner la sépulture. Il arriva alors une chose extraordinaire. Les cierges qu’on portait aux obsèques du mort ne s’éteignirent jamais, quoiqu’un vent impétueux et mêlé d'orage soufflât violemment dans le temps même que le convoi était en marche.
La charité de Gérard parut si agréable à Dieu, que pour en publier le mérite, il fit un miracle, que l’auteur de sa vie a rapporté en ces termes : « Ce saint Prélat s'était retiré avant le repas dans son cabinet, pour prier, selon sa coutume; mais lorsqu'il s’acquittait de ce devoir, il entendit la voix plaintive de trois pauvres, qui lui demandaient l’aumône. Le pieux Evêque, en étant touché de compassion, sortit de son cabinet et prit sur la table trois pains et quelques viandes qu’il leur tendit par la fenêtre. S’étant mis ensuite à table, il y trouva les mêmes pains et les mêmes viandes qu'il avait distribués aux pauvres. Surpris d’un événement si extraordinaire, il demanda au maître d'hôtel s’il n’avait pas remplacé ce qu’il avait donné aux pauvres. Le domestique protestant qu’il n’y avait pas touché depuis qu’on l’avait servi, on connut que Dieu avait récompensé, par ce miracle, la charité du saint Evêque, et tous les assistants en rendirent grâces à Dieu».
Mais c’est surtout pendant la famine et la peste, qui désolèrent le Toulois, à la suite de la guerre entreprise par Lothaire, roi de France, pour reprendre la Lorraine à l’Empire, sous la minorité d’Othon III, que la charité et la vertu toute-puissante de Gérard parurent avec le plus d'éclat. Il se dévoua tout entier au soulagement de son peuple; il vida ses greniers, fit venir des denrées des contrées voisines et nourrit ainsi les populations jusqu’à la moisson suivante. Pour détourner le fléau de la peste et désarmer la colère de Dieu, il ordonna un jeûne de trois jours, lequel ayant été exécuté dans un esprit de pénitence, il assembla les paroisses de sa ville épiscopale, celles des environs, et fit une procession générale, où l’on portait les corps des saints évêques de Toul.
Dans le temps même que la procession était en marche, et qu’elle entrait dans l’église de Saint-Mansuy, seize personnes de celles qui étaient à la suite moururent subitement de la peste. Le peuple alarmé, craignant un sort pareil, fondait en larmes. Le saint Pasteur, armé d’une vive confiance, redoubla ses prières, versa des torrents de larmes et exhorta par son exemple le peuple à s’humilier devant le Seigneur : « Il n’y a», disait-il, «qu’une VIES DES SAINTS. — TOME IV. 40
pénitence sincère qui soit capable de le fléchir, humilions-nous lorsqu'il nous frappe, et croyons que nos péchés sont cause de ce châtiment rigoureux ». Le Saint conduisit la procession dans l’église de Saint-Epvre, où, après s'être prosterné devant les châsses, et avoir chanté sept fois les litanies, il se leva pour entonner l’antienne : « A la voix de nos supplications », In voce deprecationis; Dieu, qui semblait toujours plus irrité, frappa sur l’héure même trois autres personnes de la peste, lesquelles moururent entre les bras du Pasteur. Cet accident devait sans doute lui faire perdre courage et ralentir la ferveur de son peuple; maisil ne servit, au contraire, qu’à exciter son zèle et à donner une nouvelle ferveur à ses prières. La persévérance de notre charitable évêque désarma enfin l’ange exterminateur; l'air se purifia, la peste suspendit ses ravages, et les éléments ne firent plus sentir leur inclémence pendant l’année.
A l'exemple des plus pieux évêques, saint Gérard résolut de faire le voyage de Rome, pour y visiter les lieux que les apôtres saint Pierre et saint Paul ont rendus dignes de respect et de vénération par leur martyre. Il choisit douze personnes, entre les clercs et les moines de son diocèse, pour l’y accompagner. Cette petite troupe parut si modeste et si régulière dans sa marche, que tout le monde en fut édifié. La croix précédait les douze voyageurs, qui, allant deux à deux, psalmodiaient alternativement. Le saint Prélat fit à Paris la connaissance des bienheureux Mayeul et Adalbert, le premier, abbé de Cluny, et le second, futur évêque de Prague. Leur entrevue fut suivie d’un repas; mais comme c'était un jour de jeûne, et que, selon sa coutume, saint Gérard ne buvait que de l’eau, il appela un de ses gens et lui dit à l'oreille, sans qu’on l’entendît, de lui en apporter. Il obéit ; mais cette eau, qu’il venait de puiser dans la fontaine, se trouva changée en vin. Le Saint crut qu’il n’avait point voulu lui obéir : il le reprit avec sa modération ordinaire; mais le serviteur ayant protesté qu'il lui avait versé de l’eau, et non pas du vin, saint Gérard attribua ce miracle aux mérites des bienheureux Mayeul et Adalbert, qui s’en défendirent à leur tour, rendant à Gérard l’honneur qu’il se dérobaiït par son humilité.
Il reçut à Rome, de la part du clergé, des magistrats et du peuple, des honneurs extraordinaires. Il en fut de même sur toute la route : les populations se pressaient autour de lui pour recevoir sa bénédiction et le conduisaient avec solennité d’une ville à l’autre.
Notre saint évêque n'avait pas seulement reçu de Dieu le don des miracles, il avait aussi celui de connaître ce qui se passait dans les provinces étrangères. L'auteur de sa vie nous en fournit quelques exemples; nous en choisissons un qui lui fait trop d'honneur pour ne pas le rapporter ici :
Othon II avait laissé un fils de même nom pour son successeur; mais comme il était fort jeune, et que l'empire semblait demander, dans les conjonctures présentes, un prince qui pût gouverner par lui-même, Henri, duc de Bavière, enleva le jeune Othon, dans le dessein de se faire empereur. Les partisans d’Othon s’assemblèrent dans le but de prendre entre eux les mesures nécessaires pour conserver l’empire au jeune prince. Saint Gérard fut appelé à cette assemblée; mais ses incommodités ne lui ayant pas permis de s’y trouver, il se contenta de prier le Seigneur de vouloir soutenir les intérêts de ce prince contre les desseins de l’usurpateur : on conclut, dans cette assemblée, de prendre les armes; Henri de Bavière arma de son côté. Les deux partis en présence l’un de l’autre, et sur le point de livrer combat, convinrent de vider le différend dans une seconde assemblée, à laquelle chaque parti enverrait des députés.
Après quelques contestations, les députés convinrent de laisser l'empire au jeune Othon, et de donner, par un traité, la paix à toute l’Allemagne. Dieu, qui avait réuni les cœurs des députés par les prières de notre évêque, lui révéla, à l’heure même de la conclusion du traité, l’heureuse issue de cette assemblée. Saint Gérard, conversant familièrement avec ses clercs et ses domestiques devant la porte de son palais, leur dit : «La paix est faite et la tranquillité est rendue à l'Etat; le duc de Bavière s’est départi de ses prétentions, et le prince Othon jouira de l’empire ».
La noblesse du Toulois n’accepta pas de plein gré les règles de police et de bonne administration établies par notre Saint; elle murmurait hautement sur ce qu’il voulait rendre justice aux pauvres et empêcher les riches de les opprimer. Olderic et Richard, deux des seigneurs les plus puissants de la province, furent les premiers à faire révolter les peuples, en leur insinuant que l’évêque, sous le prétexte de la charité, mais en réalité pour s'enrichir, les dépouillait de leurs biens. Comme il se sentait innocent, la patience de notre Saint lui fit surmonter aisément la calomnie; mais sa modération ne put rappeler ces opiniâtres à leur devoir; ils persuadèrent aux simples que le silence de l’évêque était un aveu de ses crimes.
Gérard, craignant que la douceur n’augmentât le mal au lieu de le diminuer, crut qu'il était enfin de son devoir d’excommunier Olderic et Richard; il le fit solennellement, dans son église cathédrale, en présence des abbés réguliers, du doyen, des archidiacres et des chanoines.
Les rebelles, méprisant les censures, formèrent le funeste dessein de lui ôter la vie, et cherchèrent les moyens d’exécuter leur cruel attentat. Ayant appris qu’il était allé à Manoncourt, village dépendant de l’abbaye de Saint- Epvre, ils y firent marcher une troupe de séditieux, qui, ne pouvant pénétrer dans la maison où notre Saint s’était retiré, y mirent le feu. Saint Gérard s’échappa et se réfugiadans l’église voisine : là, prosterné contre terre, auprès de l'autel, il offrait à Dieu sa vie, en chantant ces versets de David : « Le Seigneur est ma lumière et ma force; qui craindrai-je ? Si des armées entières se lèvent contre moi, mon cœur ne faiblira pas ». Dominus illuminatio mea et salus mea; quem timebo ? St consistant adversum me castra, non timebit cor meum.
Olderic, entrant dans l’église, trouva notre saint Prélat dans cette posture humiliée : mais au lieu d’en être touché, il s’approcha de lui, le poignard à la main, et le menaça de le tuer s’il ne lui donnait labsolution de sa censure. Le Prélat, insensible à ces menaces et résolu de mourir plutôt que de trahir son ministère, refusa de l’absoudre, et lui fit voir par sa constance qu’on ne pourrait extorquer de lui, par le crime, une grâce qui ne s’accordait qu’à une sincère pénitence. Olderic fut tellement ému de la fermeté de son pasteur, qu'oubliant tout à coup ses injustes ressentiments, il se jetaàses genoux, lui promit d'exécuter de point en point ce qu’il plairait au saint évêque de lui prescrire. Sur ces promesses, qui semblaient partir du fond d’un cœur pénitent, saint Gérard lui donna l’absolution des censures. Mais le repentir d’Olderic n'était qu’apparent : il se révolta de nouveau; de nouveau il fut frappé d’excommunication, non-seulement par le Saint, mais par tous les évêques de France qu’on avait assemblés pour ce sujet. Dieu montra visiblement, par l'extinction entière de la famille d’Olderic, combien il approuvait la sévérité du châtiment dont ce seigneur relaps avait été frappé.
Vers la même époque, Théodoric, évêque de Metz, ayant fait bâtir une chapelle en l'honneur de sainte Luce, dans l’abbaye de Saint-Vincent de
Metz, invita Gérard à assister à la dédicace. Presque dans le temps de cette cérémonie, un comte, nommé Sigebert, étant en guerre avec Vicfrid, évêque de Verdun, attaqua cet évêque dans le château de Vendresel, près de Sivry-sur-Meuse. Richer, neveu de Vicfrid et archidiacre de Verdun, y fut tué et l’évêque fait prisonnier. Le Pape, informé de cet attentat, adressa à Egbert, archevêque de Trèves, et à saint Gérard, une commission apostolique pour contraindre le comte Sigebert à réparer l’insulte faite à l’évêque de Verdun. Après avoir adressé les monitions juridiques à ce comte, les deux évêques le frappèrent d’excommunication. Sigebert, effrayé, rendit la liberté à Vicfrid, se soumit à la pénitence qui lui fut imposée, et paya une somme d'argent qui fut employée à la décoration de la cathédrale de Verdun.
L'Eglise de Toul possédait, ainsi que les abbayes de Saint-Mihiel et de Saint-Denis, une partie des terres qui avoisinaient la ville de Bar. Frédéric, qui devint, quelques années après, premier duc de Lorraine et premier comte de Bar (959), par suite de son mariage avec Béatrix, sœur de Hugues Capet et nièce d’Othon 1°, avait fait bâtir ou réparer, sous l’épiscopat de saint Gauzelin, le château de Bar, malgré l’opposition du roi et de l’évêque. Saint Gérard ne put laisser impunie cette entreprise sur les droits de l’évêque de Toul. Il s’en plaignit à l’empereur. Frédéric dut donner à l'évêque un certain nombre de villages avec les avocaties de Saint-Dié et de Moyen-Moûtiers, en échange des terres qu’il possédait dans le Barrois, et dont la réunion à la ville et au château de Bar paraît avoir été l’origine de ce comté. A la suite de ce raccommodement et de cet échange, saint Gérard consacra et dédia à saint Etienne, l’an 992, la chapelle du château de Bar.
Outre la collégiale de Saint-Etienne de Bar, saint Gérard consacra celle de Ligny-en-Barrois sous le titre de Notre-Dame et de Saint-Epvre. Il bâtit et consacra un grand nombre d’autres églises dans les paroïsses de son diocèse. Sa vénération pour saint Mansuy et saint Elophe, deux de ses prédécesseurs, était profonde; il fit faire avec solennité la translation de leurs précieuses reliques. Il avouait souvent qu’il était redevable à leur intercession d’un grand nombre de faveurs qu’il avait reçues du ciel.
Sa dévotion envers Notre-Dame d’Ecrouves mérite aussi d’être rappelée, à cause du grand nombre de miracles qui s’y faisaient en ce temps-là.
Saint Gérard avait la plus tendre affection pour les chanoines de sa cathédrale ; il leur accorda les priviléges les plus grands et les combla de ses libéralités. Il leur permit de disposer deleurs biens, soit par testament, soit autrement, quand même ils décéderaient dans le palais épiscopal, ou qu'ils seraient attachés à l’évêque.
Cette affection sincère de saint Gérard pour ses chanoines est suffisamment prouvée par tous les monuments qui nous en restent, et surtout par son testament, dans lequel il les déclare ses vrais et légitimes héritiers, et leur donne le village de Tranqueville, tant pour la fondation de son anniversaire que pour l’augmentation de la prébende du doyen, avec cette clause qu'ils feraient une aumône extraordinaire aux pauvres le jour de l’ordination du doyen.
Le saint Evèque, ayant rempli tous les devoirs d’un pasteur zélé, sentit que ses forces diminuaient considérablement, et que, selon toutes les apparences, il devait bientôt quitter cette vie pour recevoir la récompense de ses travaux; bien loin de se servir des dispenses que l’âge et la faiblesse auraient pu lui permettre, il se proposa de redoubler ses austérités pour
paraître plus agréable aux yeux du Seigneur. Car, «il sert peu », disait-il, « d’avoir bien commencé, si l’on achève mal, puisque la couronne n’est promise qu’à celui qui persévérera jusqu’à la fin. Ne pouvant plus compter que sur quelques jours de vie, il faut que j'emploie ces précieux moments à orner mon âme de vertus; et puisque mon corps doit servir de pierre dans l'édifice de la céleste Jérusalem, il faut tailler cette pierre et la polir par les mortifications, si je prétends qu’elle trouve place dans le ciel. Les jugements de Dieu sont si redoutables, et son œil si pénétrant, que la justice la plus parfaite doit trembler devant lui. Il faut qu’un chrétien amasse des trésors de bonnes œuvres, afin que la mort lui soit un passage au bonheur des Saints; il faut qu’il sème des pleurs dans le temps, s’il veut recueillir des joies dans l’éternité ».
Saint Gérard était vivement touché de ces vérités chrétiennes; aussi ménagea-t-il précieusement ses derniers moments; il sappliqua avec plus de ferveur que jamais aux œuvres de piété et de charité, et il fit de la mort le sujet de toutes ses réflexions. Le moment qui devait. finir sa vie arriva enfin ; il fut révélé à un Ecossais que ce saint Prélat nourrissait et entretepait dans son palais. Aussitôt cet étranger, que Videric, le premier historien de saint Gérard, dit avoir été un homme de bien, annonça au peuple de Toul, avec abondance de larmes, la triste nouvelle du trépas prochain de son pasteur. Ce peuple l’apprit avec une douleur proportionnée à la perte qu’il allait faire; mais notre Saint n’en fut point ému. Toujours luimême, il alla au chœur réciter ses Matines avec les chanoines, et, s'étant approché de l’autel de Saïint-Blaise pour y dire quelques psaumes, il fut subitement saisi d’une douleur si aiguë à la tête, qu’il crut qu’on l’avait frappé d’un coup de lance. Cette douleur fut suivie d’une si grande faiblesse, qu’on le porta tout languissant dans son lit. Il fit assembler autour de lui son clergé et son peuple pour leur déclarer que l'heure de sa mort était proche; il les exhorta à l’amour de Dieu; il leur recommanda l’observance de sa loi et leur donna enfin sa bénédiction, qu’il étendit jusqu'aux absents. Après quoi, ayant reçu d’abord l’Extrême-Onction et ensuite le Viatique, selon l’ancien usage de l'Eglise, depuis longtemps rétabli dans le diocèse de Toul et Nancy, il rendit son âme à Dieu le 22 avril 994 de l’ère commune, la cinquante-neuvième année de son âge, et la trente-et-unième, avec trois semaines et trois jours, de son épiscopat.
Un clerc de Metz, appelé Fulcuin, qui s’était fait religieux dans l’abbaye de Saint -Arnoul, où il avait vécu dans une grande réputation de sainteté, étant à l'extrémité, dans le temps même que notre saint évêque expira, eut une extase, de laquelle étant revenu, il dit aux assistants : « Ah ! mes frères, le ciel est en joie, on y fait une fête extraordinaire; car j'ai vu un grand nombre d’esprits bienheureux aller au-devant d’une âme, pour la conduire dans la gloire qu’elle s’est acquise par les travaux de cette vie mortelle ». On connut bientôt que l’âme dont parlait ce religieux, était celle de saint Gérard. Saint Mayeul, abbé de Cluny, qui avait été l’ami de ce Saint, eut aussi une révélation de sa mort; il l’'annonça à ses religieux lorsqu'ils se mettaient à table : « Notre frère Gérard, évêque de Toul, leur dit ce saint abbé, vient de mourir. Quoiqu'il ait été très-vertueux pendant sa vie, il se peut faire qu’il ait besoin de notre secours; car on ne peut entrer dans le ciel sans une grande pureté; prions pour lui ». Tous les religieux de Cluny se mirent en prières pour le repos de l’âme de l’évêque, et l’abbé lui rendit les devoirs d’un parfait ami.
Le bruit de la mort du saint Prélat s'étant répandu dans tout le pays,
les évêques et les grands du royaume de Lorraine voulurent honorer ses obsèques de leur présence. Une foule de peuple y accourut de toutes parts, et, après que les grands et les petits lui eurent baisé les pieds et les mains, le clergé fit la cérémonie de sa sépulture, avec toute la pompe due au mérite d’un si grand saint. Il fut inhumé au milieu du chœur de la cathédrale, où Frédéric de Void, chanoine de cette église, a fait, depuis, élever un trèsbeau mausolée de cuivre.
La charité, qui fut la source des plus grands miracles que saïnt Gérard opéra pendant sa vie, ayant pris de nouveaux accroissements après sa mort, son tombeau devint un asile public à tous les malheureux qui implorèrent le secours de sa puissance, trouvèrent aide et protection, soulagement et consolation.
Le premier exemple que Videric en rapporte est la guérison d’un paralytique de la paroisse de Saint-Agnant : après avoir raconté, en détail, ce miracle et beaucoup d’autres, l'historien ajoute: « Ce Saint a cessé de faire des miracles, lorsque le peuple a malheureusement oublié de rendre à Dieu le culte qui lui est dû, sans vouloir se convertir à lui par une meilleure vie. Aussi, a-t-on vu, depuis ce temps-là, que les pestes et les guerres ont affligé cette ville et son territoire ; qu'Eudes, comte de Champagne, est entré à main armée dans le Barrois et dans le comté de Toul ; qu’il y a porté la désolation et les meurtres; que les Leuquois et les Barisiens ont été châtiés par le Seigneur jusqu’en 4038 ; mais qu'ayant alors eu recours à leur bienheureux évêque dans des sentiments de pénitence, il a recommencé à leur faire sentir les effets de son intercession ». Cet auteur donne ensuite, entre autres preuves, la guérison d’un aveugle l’an 1050, la seconde année du pontificat de saint Léon IX, le jour même que l’on faisait la fête de notre Saint avant sa canonisation.
Les siècles suivants ont aussi heureusement éprouvé son pouvoir auprès de Dieu ; les archives de la cathédrale le montrent par une suite d’attestations authentiques. Les statuts de l'an 1332 ordonnent que les chanoines examineront diligemment ceux qui auront miraculeusement été guéris sur le tombeau du Saint, et qu'après que le miracle sera prouvé, on fera asseoir la personne, en faveur de qui il aura été fait, dans un fauteuil, sous la grande couronne ; après quoi le clergé chantera une antienne du Saint en actions de grâces.
Ceux qui étaient incommodés de rupture, de goutte, de pierre ou de gravelle, venaient sur son tombeau et n’en sortaient jamais sans avoir reçu quelque grand soulagement dans leurs maux. Les peuples y accouraient en si grande foule, qu'on y a vu, pour un seul jour, deux à trois mille pèlerins.
Une sainteté déclarée par tant de miracles, si connue et si respectée dans le royaume de Lorraine, devait porter le souverain Pontife à mettre Gérard dans le catalogue des Saints. Il demeura néanmoins 57 ans, ou environ, sans être canonisé. Mais Dieu, qui avait couronné dans le ciel les mérites de son serviteur, voulut qu’un de ses successeurs dans l’évêché de Toul, et élevé depuis au souverain pontificat, lui rendit la justice qui lui était due sur la terre. Le pape saint Léon IX le canonisa dans un concile tenu à Rome l’an 1050, et il y ordonna qu’on ferait sa fête, ainsi qu’il paraît dans la Bulle de sa canonisation, qui se lit tout au long dans le manuscrit de Saint-Mansuy, mais dont nous ne donnerons ici qu’un extrait, qui terminera dignement la‘ vie de ce saint Prélat :
« Léon, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, etc. Peu de tempsavant
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