‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 335 sur 339 · LE BIENHEUREUX ALEXANDRE SAULT · texte numérisé non relu

LE BIENHEUREUX ALEXANDRE SAULT

la réconciliation. Il avait un talent singulier pour toucher et convertir les pécheurs. Il continua d’exercer les mêmes fonctions, même lorsqu'il eut été chargé d’enseigner la philosophie et la théologie dans l’université de Pavie. On vit des communautés entières se mettre sous sa conduite, afin d'apprendre de lui les moyens de parvenir à la perfection de leur état. Ayant été invité à prêcher dans la cathédrale de Milan, il produisit par ses ser-. mons des fruits merveilleux. Saint Charles Borromée félicita l'Eglise d’avoir un pareil ministre et versa des larmes de joie à la vue des succès de son zèle apostolique.

Alexandre n’avait encore que trente-deux ans, lorsqu'il fut élu supérieur général de son Ordre. Il remplit cette place avec une capacité qui donna un nouvel éclat à sa Congrégation; mais Dieu ne l’avait pas destiné à vivre renfermé dans la retraite : l’île de Corse était le théâtre où devaient briller ses éminentes vertus.

Cette île avait été anciennement convertie à la foi par des missionnaires . venus de Rome. L'église d’Aléria paraît être une des plus anciennes de celles qui y furent fondées. On connaît principalement un-de ses évêques, nommé Pierre. Il vivait du temps de saint Grégoire le Grand, qui lui écrivit des lettres !. Mais cette église était depuis longtemps réduite à l’état le plus déplorable : il n’y avait plus de piété ni de discipline, quand Alexandre Sauli en fut nommé évêque en 1570 par le saint pape Pie V.

Le nouvel évêque, ayant été sacré par saint Charles Borromée, partit sans délai avec trois prêtres de son Ordre. Il s'embarqua plein de confiance en Dieu, et la navigation fut heureuse. Il ressentit une vive douleur en voyant que Dieu était partout méconnu. Aléria n’était plus que le titre d’une église. À peine y avait-il dans toute l’étendue du diocèse un lieu où lon pût faire décemment l'office divin. Les bourgades, à l’exception de trois ou quatre, étaient inhabitées. Les peuples étaient dispersés dans les bois et sur les montagnes. Plongés dans une grossière ignorance, ils ne savaient pas les premiers éléments de la religion. Le clergé n’avait pas moins besoin d’être instruit que le peuple.

Le saint évêque, sans église, et même sans maison, fixa d’abord sa demeure à Tallone. C'était une espèce de bourgade située à quatre lieues des ruines d’Aléria. Il y tint un synode sur le modèle de ceux qui se tenaient à Milan sous saint Charles Borromée, et y fit de sages règlements pour commencer à remédier aux abus; il entreprit ensuite la visite de tout son diocèse. Il alla dans les hameaux les plus écartés, et pénétra jusqu'aux endroits réputés inaccessibles. La vue d’un pasteur si charitable attendrissait les plus sauvages : ils venaient tous se jeter à ses pieds, bien résolus de lui obéir même avant de l'avoir entendu. Ses paroles portaient la lumière de la foi dans les esprits, et le feu de la charité dans les cœurs. Partout il lui fallut réformer d’anciens abus, abolir des coutumes scandaleuses, fonder des églises ou relever celles qui étaient ruinées, et pourvoir à la décence du culte du Seigneur. Il établit des colléges et des séminaires où l’on püût former la jeunesse.

Les coopérateurs qu’il avait amenés avec lui étant morts de fatigue sous ses yeux, ilse trouva dans un très-grand embarras : il ne se découragea cependant point ; il redoubla ses travaux sans craindre d’épuiser sa santé. La continuité de ses occupations ne l’empêcha pas non plus de s’assujétir à des jeûnes continuels et à une rigoureuse abstinence. Quoiqu'il eût très-peu de revenus, il ne laissait pas de faire des aumônes abondantes. Les dépré-

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