SAINT JEAN CLIMAQUE
ABBÉ DU MONT-SINAI ET PÈRE DE L'ÉGLISE GRECQUE 525-605. — Papes : Jean Ier; Sabinien. — Empereurs d'Orient : Justin Ier; Phocas,
Tous ceux qui s'adressèrent à lui dans la tentation furent délivrés de l'esprit impur.
On ne peut pas dire avec certilude quelle est l’heureuse terre qui a donne au monde cette belle fleur et cet excellent fruit, saint Jean, surnommé Climaque, ou de l’Echelle, à cause du livre qu’il a composé sous le titre de Climax, ou échelle du ciel. On le croit communément originaire de la Palestine. Il naquit vers l’an 595. Il fut disciple de saint Grégoire de Nazianze et étudia avec tant d’assiduité et de succès, qu’il se rendit parfait en toutes sortes de sciences. À l’âge de seize ans, il se consacra à Dieu dans le monastère du Mont-Sinaï, où il fut mis sous la conduite d’un excellent religieux nommé Martyrius. Cette résolution était d'autant plus héroïque de sa part, qu’il avait de grands biens et de hautes espérances. Son esprit et sa capacité ne l’empêchèrent pas de se rendre parfaitement soumis, et d’obéir comme un enfant à tous les ordres et à tous les règlements de son supérieur ; et, par ce moyen, il s’éleva à un si haut degré de perfection, qu'il devint comme mort au monde et à tous ses appétits. Martyrius l’ayant mené en sa compagnie à Anastase qui fut depuis patriarche d’Antioche, ce Saint lui demanda qui était celui qui avait donné l’habit à ce novice. « C'est votre serviteur », répondit Martyrius. « Et qui aurait dit », répliqua saint Anastase, « que vous avez donné l’habit à un abbé du Mont-Sinaï ? » Le même Martyrius le mena encore chez un admirable solitaire, nommé Jean-le- Sabaïte. Celui-ci les reçut avec beaucoup de respect, mais surtout le jeune Climaque, et il voulut lui laver les pieds, quoiqu'il ne fit pas cet honneur à son maître, disant que c'était à un abbé du Mont-Sinaï qu’il rendait ce bon office.
Martyrius étant mort vers l’an 560, saint Jean se retira dans un lieu solitaire nommé Thole, qui n’était néanmoins éloigné d’une église que d’environ cinq jets de pierre. Il y passa quarante ans dans un grand repos d’esprit et une sainteté merveilleuse. Il ne refusait rien, pour sa nourriture, de tout ce que sa profession lui permettait ; mais il en mangeait si peu, qu’il semblait plutôt le vouloir goûter que s’en nourrir ; ainsi il évitait la vaine gloire qui naît souvent de la singularité, et il triomphait de la gourmandise qu’un usage sobre des aliments ne peut satisfaire. Il ne combattait pas avec moins de soin et de vigueur ses autres passions, et il les assujétit si parfaitemeet à l'esprit, qu’il devint comme un homme céleste et un esprit angélique parmi les hommes. Il occupait continuellement son âme de l’oraison et de la contemplation des choses divines, et, se retirant dans une caverne qui était à côté de sa cellule, il la faisait retentir de ses cris, de ses gémissements et de ses soupirs. Ses yeux étaient aussi deux fontaines de larmes. Il ne laissait pas néanmoins, avant de prendre un moment de repos pour satisfaire à la nécessité du corps, de réciter plusieurs prières vocales, et de composer quel-