SAINT JEAN CLIMAQUE, ABBÉ DU MONT-SINAÏ
ques traités de dévotion ; et C’est cette assiduité à l’oraison et au travail qui nous a produit le livre admirable, appelé l’Æchelle du Paradis ; par trente degrés, comme par trente échelons mystiques, il conduit une âme au plus baut point de la vie spirituelle; il y a néanmoins de l’apparence qu'il n'acheva cet ouvrage qu'après avoir été élu abbé, comme nous le dirons bientôt.
Il avait un fervent disciple nommé Moïse ; celui-ci ayant porté de la terre à un certain lieu pour y semer quelques légumes, se mit dans la chaleur du jour à l’abri d’un grand rocher et s’y endormit. Ce rocher étant sur le point de tomber, il entendit dans son sommeil comme la voix de son maître qui l’appelait ; il se leva promptement, et courut pour lui parler ; mais à peine fut-il sorti de ce lieu, que ce rocher se fendit en deux, et s’écroula en la même place où il venait de dormir. Cette grande merveille lui fit reconnaître la puissance de son maître auprès de Dieu; en effet, le saint homme ayant été averti, dans une vision, du danger de son disciple, s'était mis en prières pour lui, et lui avait obtenu cette marque insigne de la protection du ciel.
Un autre religieux, nommé Isaac, tourmenté par une violente tentation de la chair, s’adressa à lui, et lui découvrit son état, les larmes aux yeux. fl le consola, et l'ayant fait mettre en oraison avec lui, il l’en délivra sur-lechamp. Sa grande érudition et sa sainteté extraordinaire attirèrent, avec le temps, beaucoup de personnes des plus considérables à sa cellule, pour écouter de sa bouche la parole de la vie éternelle ; et, comme sa charité était extrême, il ne refusait pas de leur communiquer les lumières qu'il avait reçues lui-même dans l’oraison. Cela lui ayant suscité quelques envieux qui le voulurent faire passer pour un discoureur, il ne parla plus que par des actions et des exemples d’une douceur, d’une patience et d’une modestie angélique”: cela confondit tellement ses adversaires, que, touchés du repentir de leur faute, ils lui en vinrent demander pardon, et le prièrent de continuer les divines instructions que leurs médisances lui avaient fait interrompre.
Il s’était rendu si recommandable par toutes sortes de vertus, que l’on pouvait dire qu'il n'avait point son semblable dans tous les déserts ; l'abbé du Mont-Sinaï étant mort, tous les Pères qui l’habitaient l’élurent en sa place, et le forcèrent, malgré ses excuses et ses résistances, de prendre leur conduite (600). Ainsi, pour parler avec son historien, ils élevèrent la lumière sur son chandelier, afin qu’elle répandit plus loin sa elarté, et ils ne furent pas trompés dans leur choix : car ce grand homme étant monté sur la montagné, et étant, comme un autre Moïse, dans une obscurité sacrée, il y reçut de la maïn de Dieu la loi, qu’il leur communiqua ensuite ; tirant du bon trésor de son cœur une bonne parole et une doctrine émanée du ciel. C’est sans doute de son ÆZchelle du Paradis que cet auteur veut parler, ce qui nous donne sujet de croire qu’il ne la composa, ou du moins qu’il ne l’acheva que quand il fut dans cette dignité.
Le jour de son installation, six cents pèlerins étant arrivés au monastère, il y parut un homme extraordinaire qui fit tous les devoirs d’un excellent maître d’hôtel, pour bien traiter toute cette compagnie, et quand on chercha cet inconnu, pour qu'il prît son repas, il ne put jamais être trouvé : ce qui fit croire que C'était un ange. On dit aussi que, dans une grande sécheresse dont toute la Palestine était affligée, il obtint, par ses prières, aux habitants, une pluie abondante, qui rendit la fertilité à leurs terres, et qu’étant près de mourir il assura à son frère, nommé Georges, qui l’assistait
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dansle gouvernement de son monastère et était extrêmement affligé de lui survivre, qu'il ne lui survivrait pas plus d’un an : ce qui arriva. Jean reçut une lettre &u pape saint Grégoire le Grand, qui se recommandait à ses prières et lui envoyait de l’argent et de quoi meubler l'hôpital fondé pour les pèlerins, à quelque distance du Mont-Sinaï. Enfin, comme il avait vécu très-saintement, il mourut aussi très-saintement. Daniel, moine de Raïthe, écrivit, bientôt après, sa vie, pour être mise à la tête de son Æchelle mystique ; et un autre religieux du Mont-Sinaï y ajouta quelques particularités. Outre son surnom de Clmaque, Jean porte encore celui de Scholastique, qui ne se donnait alors qu'aux personnes pleines de talents et de connaissances.
On le représente tenant une échelle en main, à cause de son livre l'£chelle du Paradis.