‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 44 sur 339 · L'ÉCHELLE DE SAINT JEAN · texte numérisé non relu

L'ÉCHELLE DE SAINT JEAN

Ce livre est écrit en forme d’aphorismes ou de sentences, qui offrent un grand sens en peu de mots. Le style en est simple, mais sans vulgarité, concis, mais sans obscurité. On y trouve une onction admirable et un ton d’humilité qui gagne la confiance du lecteur; mais ce qui fait le principal mérite de cet ouvrage, c’est la noblesse et l'élévation des sentiments, jointes à une description parfaite de toutes les vertus. L'auteur ne se borne pas au détail des préceptes: il les rend sensibles par des exemples, et entre ces exemples, il choisit particulièrement ceux où éclate l'amour de l’obéissance et de la pénitence. En voici un :

Saint Jean Climaque fut singulièrement frappé de la vertu du cuisinier du monastère. Comme il le voyait toujours recueilli et baigné de larmes au milieu de ses occupations, qu n’offraient rien que de terrestre, il lui demanda de quel moyen il se servait pour entretenir ainsi son âme dans le recueillement et la componction. « Quand je sers les moines », répondit le bon religieux, «je m'imagine servir, non des hommes, mais Dieu lui-même, en la personne de ses serviteurs, et la vue de ce feu, que j'ai sans cesse devant les yeux, me rappelle ces flammes qui brüleront éternellement les pécheurs ».

L’échelle mystique de saint Jean se compose de trente degrés. Le premier degré est le renoncement à la vie du monde. Trois colonnes soutiennent le monument auguste du renoncement: l’innocence, la mortification, la tempérance. — Le second degré consiste à se dépouiller non-seulement des biens, mais des affections de la terre ; la religion est un port où l’on trouve le salut, mais ceux qui fuient à la manière de la femme de Loth peuvent aussi y trouver le naufrage.— Le troisième degré consiste à renoncer même à l’affection de ses parents. — Le quatrième degré est l’obéissance. — Le cinquième est la pénitence. La pénitence, dit-il est le rétablissement du baptème. C’est une espèce de contrat par lequel nous promettons à Dieu de nous corriger des défauts de notre vie passée. La pénitence est chargée des intérêts de l'humilité; elle purifie les cinq sens; elle est la fille aînée de l'espérance, l'ennemie du désespoir, etc. — Le sixième degré est la pensée de la mort : « Rappelez-vous vos fins dernières et vous ne pécherez plus 1». « L'amour de la sagesse n’est autre que la crainte de la mort ? ». Ce fut la désobéissance des premiers hommes qui donna naissance à la crainte de la mort. Mais que démontre cette crainte ? Que notre âme n’est pas parfaitement lavée ni purifiée par les austérités de la pénitence. — Le septième degré est la tristesse qui produit la joie. Par cette sainte tristesse, l'écrivain entend le don des larmes. « Mes tendres amis », s'écrie-t-1l, « à l'heure de notre mort le souverain Juge ne nous fera pas un crime de n'avoir pas fait des miracles pendant la vie, de” n'avoir pas traité avec subtilité les matières élevées de la théologie et de n'être pas parvenus à un haut degré de contemplation ; mais de n’avoir pas pleuré nos péchés de manière à en mériter le pardon ». — Le huitième degré est la douceur qui triomphe de la colère. Un homme esclave de la colère est un épileptique spirituel. Le moment de la colère est le moment de la perte et de la ruine d’une âme. La colère est une preuve évidente qu'on est dominé par l’orgueil. Puisque l’Esprit-Saint est la paix de l’âme et que la colère est un trouble de l’âme, ne devons-nous pas conclure que c’est surtout la colère qui nous prive de la présence de Dieu ?.. Tenir notre langue en captivité et garder le silence lorsque notre cœur est violemment agité, voilà les premières armes de la douceur et les premiers avantages qu’elle obtient sur la colère ; savoir calmer le tumulte intérieur de nos pensées et de nos sentiments dans les moments où nous sommes agités, voilà les premiers progrès que nous faisons dans la douceur; mais conserver notre âme dans la paix et la tranquillité au milieu des vents et des tempêtes déchainées, voilà la perfection de la douceur, et la victoire qu’il faut tendre à remporter sur la colère. — Le neuvième degré est l’oubli des injures. Celui qui conserve dans son cœur le souvenir des injures y

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