MAXIMES SPIRITUELLES DE NICOLAS DE FLUE
Il est vrai, dit M. Guido Goerres, que le frère Nicolas n’a laissé aucun écrit ; il vivait dans un temps où les hommes étaient plus occupés de graver dans leur cœur les doctrines de l’éternelle sagesse et de rendre par là leur vie meilleure que de composer là-dessus de gros livres. Cependant nous possédons encore de lui plusieurs considérations salutaires et plusieurs belles maximes, que purent recueillir de sa bouche ceux qui le visitaient. Elles allaient au cœur, parce qu’elles venaient du cœur, et elles se sont conservées dans le peuple en passant de bouche en bouche.
Nous allons en citer ici quelques-unes ; elles seront pour plusieurs un souvenir précieux, et deviendront un trésor de consolation et de salut pour ceux qui les graveront dans leur cœur et y conformeront leur vue, comme l’a fait le frère Nicolas.
Une de ses exhortations ordinaires sur les degrés par lesquels l’homme monte à la vie éternelle, était celle-ci : « O homme, crois fermement en Dieu! dans la foi réside l'espérance, dans l'espérance réside l’amour ; dans l’amour le.sentiment ; dans le sentiment la victoire sur soi-même ; dans cette victoire la récompense ; dans la récompense la couronne; dans cette couronne les choses éternelles, que l’on prise si peu ici-bas ».
Les sentences qui suivent sont revêtues en allemand d’une forme métrique qui ajoute à leur prix le charme de la poésie ; leur simplicité même ne peut la leur faire conserver dans la traduction.
« O homme, porte Dieu dans ton cœur, tiens-le pour le meilleur de tous les biens et le bien universel] !
« Qui pourrait parler de sa propre sagesse, et reconnaitre en même temps les miracles de Dieu?
« As-tu la force de supporter pour Dieu seul les douleurs et les afflictions, de souffrir les railleries du monde ? Tu peux reconnaitre alors que tu aimes Dieu.
« Dieu n’a rien de plus cher que la vie de l’homme; c'est pour elle que le Fils de Dieu s’est livré au supplice de la croix.
« Cette croix a porté des fleurs et des fruits ; à celui qui les désire du fond du cœur, ils obtiendront des fruits de sainteté.
« Maint homme passe la mer et va au saint tombeau pour gagner la gloire du chevalier ; c’est un noble et généreux chevalier, celui qui sait porter Dieu dans son cœur.
« Quand le monde trompeur te hait, quand tous te trahissent et t’abandonnent, pense à ton Dieu ; il fut bafoué et couvert de crachats.
« Le Fils de Dieu a été suspendu à la croix; il a délivré tous ceux qui étaient esclaves. O mon Dieu ! je dois me lamenter amèrement devant vous, de n’avoir pas la force de porter volontiers la croix.
« O homme ! espère en Dieu avec confance, et demande-lui un repentir persévérant.
« Songe à la couronne d’épines que le Seigneur porta sur la croix, et qu’on enfonçca sur sa tête sacrée avec un rire impie; il en souffrit d'horribles douleurs, mais pria pour ceux qui lui donnaient la mort.
« Pense bien, Ô homme ! aux tendres petites fleurs qui s'épanouissent doucement sur la terre : tu dois de même fleurir en méditant la passion de Dieu.
« Combien Dieu est donc riche en grâces et en miséricorde d’avoir fait entrer l’âme dans la Divinité ! La joie est-elle plus grande dans mon cœur, ou au sein de la bonté suprème ?
« L'âme doit garder le trésor de l'innocence, pour que Dieu vienne y habiter.
« Dieu sait tirer la douceur d’un cœur pur, comme la jeune abeille tire le miel d’une fleur de mai,
« Que présentes-tu à ce noble hôte que tu as invité chez toi ? Que l'amour soit la coupe du festin ; que la volonté libre soit le vin.
€ 0 mortels ! comment Dieu pourrait-il vous être mieux connu, puisque son amour est envoyé du ciel vers vous ?
« O mon Dieu ! à quelle hauteur tu résides dans ta mjaesté, et combien tu t'es abaissé profondément vers le pécheur !
Considère, à homme ! comment le soleil, rayonnant dans la tente des cieux, éclaire le monde entier ; ainsi ton âme doit rayonner des clartés divines. Quand Dieu veut bien ainsi se réfléchir dans l’homme, le ciel fieurit joyeusement et s’épanouit.
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« Ah! mon Dieu, comment êtes-vous assez bon pour venir habiter avec plaisir dans le cœur de l'homme! L'âme qui vous désire en est au comble de la joie ; plus d’un pécheur en recoit la grâce de la conversion.
« Qu'on réunisse dans un superbe écrin l'or, l'argent et les pierreries les plus brillantes ; tout cet éclat pälit devant la douce lumière de l'âme, blanche comme le lis, quand la grâce de Dieu vient rayonner dans sa nuit.
« Possèdes-tu, à homme ! tous les biens et les honneurs que la terre possède ou peut posséder ; rien ne te sert à ton heure dernière, si ce n’est le martyre et la douloureuse passion de Dieu.
« Veux-tu cueillir les roses dans le ciel, évite le péché sur la terre,
« Reste toujours soumis à la sagesse, et ne donne jamais entrée dans ton cœur à la colère.
« O mon Dieu! vous êtes un hôle généreux ; vous travaillez sans relâche dans l'homme, vous donnez à l'âme le pouvoir de conformer sa vie à votre volonté : je vous en loue, Seigneur Jésus ! qui êtes la source de la grâce et de la vertu ».
Sa vie a été écrite l'année d'après sa mort, en 1488, par Henri de Gundelfingen, chanoine de Berne, et par deux autres auteurs du même temps. Plusieurs y ont travaillé depuis ; celui qui l’a fait le plus amplement sur les mémoires des premiers, est le jésuite Pierre Hugues, de Lucerne, qui adressa son ouvrage, en 1636, aux sept cantons catholiques. Henschenius l'a donnée dans la continuation de Bollandus. Voir aussi Jean de Muller, Æistoire de la Suisse, Goerres, en sa Vie du bienheureux, traduite de l'allemand ; Rohrbacher ; L. Veuillot, Pèlerinage de Suisse, etc.
SAINT AMOS, PROPHÈTE (783 av. J.-C.)
Amos, l’un des douze petits prophètes, florissait sous Osias, roi de Juda, et Jéroboam IE, roi d'Israël. Avant que Dieu le chargeât de la mission de prophète, il gardait les troupeaux à Thécué, sa patrie. Quoique ses prophéties renfermées en neuf chapitres soient écriles dans un style simple, on y trouve des comparaisons tirées de son ancien état et qui sont aussi justes que pittoresques. Des images puisées dans Ja vie pastorale, donnent à sa diction un coloris qui ne manque ni de charme, ni de vigueur.
Amasias, prêtre de Béthel, l’accusa d’avoir prédit que Jéroboam mourrait par le glaive; ce prince voulait le bannir de ses Elats. Amasias lui conseillait de se réfugier dans le royaume de Juda ; mais, voyant qu'Amos ne consentait pas à trahir sa mission, ni à reculer devant le danger, il lui fit subir toutes sortes de mauvais traitements, Son fils Osias lui enfonça un épieu dans la tête: le saint Prophète fut transporté à demi-mort à Thécué où il mourut presque aussitôt et fut enseveli dans le tombeau de ses ancêtres, l’an 785 avant Jésus-Christ.
Les Grecs l’honorent le 45 juin.
D'après Baillet.