‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 7 sur 339 · SAINT LUDGER, PREMIER ÉVÊQUE DE MUNSTER · texte numérisé non relu

SAINT LUDGER, PREMIER ÉVÊQUE DE MUNSTER

Il y passa quatre ans et revint en Frise, avec un grand savoir et beaucoup de livres. Alors on l’appliqua à la prédication de l'Evangile dans le canton d’Ostracha. Mais au milieu des païens, il n’oubliait pas ses amis d’Angleterre. Pendant qu'il bâtissait un oratoire, Alcuin lui adressait des vers pour les inscrire au porche de l'édifice. Vers le même temps, il recevait de l’un de ses condisciples d’York une épître qui commençait ainsi : Frère, frère chéri de cet amour divin plus fort que le sang, Ludger que j'aime, puisse la grâce du Christ vous sauver. Prêtre honoré aux rivages occidentaux du monde, vous êtes savant, puissant par la parole, profond par la pensée. Tandis que vous grandissez dans le bien, ministre de Dieu, souvenez-vous de moi, et que vos prières recommandent au ciel celui qui vous célébra dans ses chants trop courts! Et le poëte finissait, demandant à son ami un bâton de bois blanc, humble don pour d’humbles vers.

Ludger travailla sept ans, au bout desquels Witikind ayant soulevé les Saxons, les païens se jetèrent dans la Frise et chassèrent les prédicateurs de la foi. Alors Ludger se rendit à Rome, puis au Mont-Cassin, où il s’arrêta pour étudier la règle de saint Benoît et la rapporter parmi les moines de sa province. À son retour, le roi Charles, qui venait de vaincre les Barbares, le chargea d’évangéliser les cinq cantons de la Frise orientale. Ludger les parcourut, renversant les idoles et annonçant le vrai Dieu. Ensuite, ayant passé dans l’île de Fositeland, il détruisit les temples qui en faisaient un lieu vénéré des nations du Nord et baptisa les habitants dans les eaux d’une fontaine qu’ils avaient adorée. Vers ce temps-là, comme il voyageait de village en village, et qu’un jour il avait reçu l’hospitalité d’une noble dame, pendant qu'il mangeait avec ses disciples, on lui présenta un aveugle nommé Bernlef, que les gens du pays aimaient, parce qu’il savait bien chanter les récits des anciens temps et les combats des rois ; le serviteur de Dieu le pria de se trouver le lendemain en un lieu qu’il lui marqua. Le lendemain, quand il aperçut'Bernlef, il descendit de cheval, l'emmena à l'écart, entendit sa confession, et, faisant le signe de la croix sur ses yeux, lui demanda s’il voyait. L’aveugle vit d’abord les mains du prêtre, puis les arbres et les toits du hameau voisin. Mais Ludger exigea qu’il cachât ce miracle. Plus tard, il lé prit à sa suite pour baptiser Les païens, et il lui enseigna les psaumes pour les chanter au peuple.

Cependant le roi Charles, apprenant le grand bien que Ludger avait fait, létablit à Mimigernford, qui fut depuis Munster, au canton de Suthergau, en Westphalie, et on l’ordonna évêque malgré lui. Alors il éleva des églises et dans chacune il mit un prêtre du nombre de ses disciples. Lui-même instruisait tous les jours ceux qu’il destinait aux saints autels, et dont il avait choisi plusieurs parmi les enfants des Barbares. Il ne cessait pas non plus d’exhorter le peuple, invitant même les pauvres à sa table, afin de les entretenir plus longtemps. Ses grandes aumônes vidaient les trésors de l’église, jusque-là qu’il fut accusé auprès de Charles, comme dissipateur des biens

1. Frater, amore Dei cognato dulcior omni, Ludger amate mihi, Christi te gratia salvet : Presbyter occiduis laudabilis orbis in oris, Doctus, et eloquio prudens, et mente profunduss In melius crescendo, mei memor esto sacerdos, In precibusque tuis commendes, quæso, Tonanti, His brevibus vatem qui te laudavit in odis,

Cui teretis baculi tali pro carmine donum Munificus tribuas. Fors hæc mercedula vati Concordat modico, felix sine fine valeto.

Vila, apud Bolland. et Pertz, 11, 407.

du clergé. Ilse rendit donc à la cour, et, comme il s’était mis à prier en attendant l’heure de l’audience, un officier l’appela. L’évêque continua sa prière et se laissa appeler trois fois, après quoi il obéit. Le prince lui en fit des reproches : Seigneur, répondit Ludger, Dieu voulait être servi avant les hommes et avant vous. Cette réponse suffit à Charles pour juger l’évêque, et il ne voulut plus écouter de plainte contre lui. Alors toute la Westphalie était devenue chrétienne, et le serviteur de Dieu méditait de porter l'Evangile aux Scandinaves, quand il mourut à Munster, le 26 mars de l’an 809.

Le dernier jour de sa vie, il prêcha deux sermons, l’un à Kæsfeld, l’autre à Billerbult et célébra la sainte messe. La nuit suivante, il rendit sa sainte âme à Dieu. Selon ce qu’il avait prescrit, il fut enseveli à Werden, monastère qu’il avait fondé dans le diocèse de Cologne ; il y opéra beaucoup de miracles.

Cest d'un monastère de chanoïnes réguliers qu’il avait établi dans sa ville épiscopale, que celle-ci prit le nom de Munster.

On représente saint Ludger soutenant une église ou s'appuyant dessus : ce symbole rappelle toujours les fondateurs d’églises ; — tenant un livre ou Payant à ses côtés : ce livre rappelle son amour rare pour l’étude dans sa jeunesse ou mieux encore la circonstance du bréviaire qu'il était en train de lire lorsqu'on vint le demander de la part de Charlemagne. — Saint Ludger est patron de Munster, de Werden, de la Frise orientale, de Helmstadt, de Deventer, de Kaïiserwerth, etc.

Acta Sanctorum.

LE BIENHEUREUX RIZZERI (1236).

Le bienheureux Rizzeri était né dans le diocèse de Camerino, et appartenait à une famille noble. Il étudiait à Bologne lorsque saint François d’Assise alla prêcher en cette ville. Les discours de l’homme de Dieu firent une telle impression sur le jeune étudiant qu’il demanda à être enrôlé parmi les amants de la pauvreté. Bientôt Rizzeri montra tant d'ardeur pour le service de Dieu et du prochain, que le saint patriarche l’admit dans toute sa familiarité et lui confia, sous le titre de provincial, le gouvernement des nombreux couvents de la Marche d’Ancône. Assailli des tentations les plus violentes, il allait succomber au désespoir, lorsque saint François, devinant ses peines, fit le signe de la croix sur son front, et les dissipa à l'instant. Rizzeri fut témoin de la bienheureuse mort de saint François et lui survécut dix ans. Son corps, objet de la vénération des fidèles, fut d’abord déposé secrètement dans un lieu fermé de l’église Saint-Jacques, à Camerino; mais les miracles obtenus par l’intercession de ce Bienheureux, surtout pour la guérison des fièvres, contibuèrent à établir, et ont propagé jusqu’à nos jours son culte, que le pape Grégoire XVI a approuvé par son décret du 14 décembre 1838.

Abrégé de divers recueils hagiologiques.

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