SAINT NIZIER, ABCHEVÉQUE DE LYON
513-513. — Papes : Symmaque ; Jean IT. — Rois des Franes : les fils de Clovis.
I] n'est point de moyen plus assuré de salut que la miséricorde. Le Sauveur a dit: Bienheureux les miséricordieux, parce qu'il leur sera fait miséricorde. Matth. v, 7
C’est une conduite assez ordinaire de la divine Providence de faire connaître d’avance, par des signes, ceux qu’elle a principalement choisis pour être les princes de son peuple. Elle a tenu cette conduite à l’égard de saint Nizier. 11 était fils d’un riche sénateur, appelé Florentin, et d’une femme fort pieuse nommée Artémie. Son père avait résolu d’embrasser l’état ecclésiastique, et même d'accepter l’évêché de Genève, si sa femme y consentait, lorsqu'elle aurait mis au monde son troisième enfant ; mais Arlémie ‘ayant eu révélation qu’elle portait elle-même un évêque dans son sein, ils ‘jugèrent que cela serait suffisant pour la bénédiction et la gloire de leur maison: Florentin renonça donc à l’épiscopat. Ts s’apliquèrent l’un et autre avec beaucoup de soin à l'éducation de celui que Dieu avait élu pour gouverner son peuple. Ils lui firent sucer la piété avec le lait, et lui donnèrent ensuite de bons précepteurs pour le former aux sciences nécessaires à un ecclésiastique. Nizier, parfaitement docile, y fit en peu de temps beaucoup de progrès, et se rendit capable des premières charges de l'Eglise. Il se contenta néanmoins, durant plusieurs années, des degrés inférieurs, attendant avec humilité que Dieu lui fit connaître que sa volonté était qu'il montât plus haut.
Ayant perdu son père au commencement de sa cléricature, il vécut pai-
siblement avec sa mère. Peu de temps après, il lui vint au visage un charbon, ou pustule pestilentielle ; elle grossit, s’enflamma à vue d'œil, et le réduisit à une telle extrémité, que l'on désespérait entièrement de sa vie. Sa mère, qui avait une grande dévotion à saint Martin, l’invoqua avec beaucoup de ferveur en cette nécessité ; et cependant, comme son fils ne parlait point depuis deux jours, elle ne laissa pas de préparer les choses nécessaires à ses funérailles. Mais le saint Evêque apparut au malade, et, faisant le signe de la croix sur son mal, il le guérit si parfaitement, qu’il se leva à l'heure même, sans avoir d'autre reste de ce charbon qu’une cicatrice qui lui demeura toute sa vie pour marque d’un si grand miracle. Il était si ennemi de l’oisiveté, qu’il joignait le travail manuel, parmi les serviteurs et les autres officiers de sa maison, à l'étude de l’Ecriture sainte et à l’exercice de l’oraison. A l’âge de trente ans, il fut ordonné prêtre par saint Agricole, évêque de Châlons; mais il ne laissa pas pour cela de travailler manuellement, afin de pratiquer le conseil de l’'Apôtre et d’avoir toujours moyen, selon son avis, de venir en aide à ceux qui souffraient quelque nécessité. Il prenait un soin particulier de l'instruction de la jeunesse, et tächaït que tous les enfants de ses proches et de,ses domestiques apprissent de bonne heure à servir Dieu, à lire et à chanter. Saint Grégoire, depuis évêque de Tours, et qui était fils d’une de ses nièces, se fait gloire d’avoir été de ce nombre. Il raconte aussi de son saint oncle, qu'il avait surtout un grand soin de conserver la chasteté; lorsque saint Grégoire n'avait encore que huit ans, saint Nizier, lui ayant commandé de se coucher près de lui, s’enveloppa tout le corps de sa tunique, de manière qu’il ne le pouvait toucher, afin d'éviter, par cette précaution, tout ce qui eût pu flatter les sentiments déréglés de la sensualité. Quoiqu'il fût déjà dans un âge si mûr, et honoré de la prêtrise, il portait néanmoins un tel respect à sa mère, qu’il ne lui obéissait pas moins ponctuellement qu’eût pu faire Le dernier de ses domestiques.
C'est par la pratique de ces vertus, que le saint prêtre Nizier se disposa à l’épiscopat. Voici comment il y fut élevé. Saint Serdot, archevêque de Lyon, son oncle, étant venu à Paris vers le roi Childebert, y tomba malade et y mourut. Pendant sa maladie, le roi, qui connaissait son grand mérite, Phonora d’une visite, et lui témoigna beaucoup d'affection. Le saint Prélat, dont la charité pour son peuple ne pouvait se terminer avec sa vie, prit cette occasion pour supplier Sa Majesté de trouver bon que le prêtre Nizier, son neveu, füt son successeur, l’assurant que C'était un homme de bien et très-chaste, et en qui il n’y avait rien à désirer de toutes les qualités requises dans un évêque. Le roi répondit simplement : « Que la volonté de Dieu soit faite ». Et, de la sorte, Nizier fut fait évêque du consentement du roi, et par le suffrage du clergé et du peuple de Lyon.
Ce bienheureux Prélat fit paraître dans son administration une bonté merveilleuse ; s’il se sentait offensé, il remettait l’injure à l’heure même, ou il suscitait quelqu'un qui vint intercéder pour le coupable, afin d’avoir sujet de lui pardonner sa faute. Saint Grégoire de Tours rapporte ce trait entre les autres : saint Nizier envoya un prêtre, nommé Basile, vers le comte Armentaire, qui exerçait en ce temps-là un office de judicature à Lyon, pour le prier de ne pas se mêler d’une certaine affaire qui avait été terminée à l'officialité. Ce juge ayant rejeté cette prière, même avec quelques paroles de mépris, le prêtre en vint faire son rapport au Saint pendant qu'il était à table, et lui raconta aussi la manière incivile dont il l'avait reçu; mais l’homme de Dieu n’agréa pas ce récit, fit retirer Basile, et le menaça même de ne lui point donner d'eulogies, parce qu’il lui avait rap-