‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 83 sur 339 · SAINT NIZIER, ARCHBVÈQUE DE LYON · texte numérisé non relu

SAINT NIZIER, ARCHBVÈQUE DE LYON

porté des paroles qui le pouvaient mettre en colère ; néanmoins se repentant aussitôt de cette promptitude, il fit signe à Grégoire, qui était son diacre, d’intercéder pour Basile : ce qu’il fit ; et aussitôt le saint Evêque se réconcilia avec lui, et dit ensuite à tous les assistants : « Je vous prie, mes frères, de ne me rapporter jamais ce que vous entendez dire contre moi; car il n’est pas à propos que des hommes raisonnables s'arrêtent à des paroles qui sont proférées sans raison ».

C'était là un trait de douceur ; voyons-en aussi un de sévérité ; il nous fera connaître qu’à la simplicité de la colombe, ce saint Prélat joignait la prudence du serpent, que Notre-Seigneur requiert dans les hommes apostoliques. I avait interdit un diacre de son office, pour quelque sujet ; mais comme celui-ci n’en tenait aucun compte, il arriva que le Saint, allant à

Matines, l’entendit chanter un répons au chœur ; il cria aussitôt : « Qu'il se taise, qu’il se taise ! » et, à l’heure même, la bouche lui fut fermée, et le démon qui possédait déjà son âme, annonça par des cris épouvantables qu’il prenait aussi possession de son corps. Alors le Saint, ayant compassion de lui, lui remontra sa faute, et, après l’avoir exhorté à mieux vivre, et à faire plus d'état des censures de l’Egjlise, il le délivra en présence de tous les assistants.

Saint Nizier gouverna saintement son évêché l’espace de vingt ans; il assista au second Concile de Lyon, célébré l’an 567, où il fut traité de la paix et de la tranquillité de l'Eglise ; le saint Prélat n’y contribua pas peu de sa part. Enfin, après avoir mis bon ordre à ses affaires ef fait son testament, il acheva sa vie par un heureux décès, à l’âge de soixante ans, l’an de grâce 573. Plusieurs miracles ont été faits depuis sa mort à son tombeau, et par l’attouchement des choses qui lui avaient appartenu, comme de son lit, de sa chape/ et même de la poussière de son sépulcre ; son historien et son neveu, saint Grégoire de Tours, de qui nous tenons cette histoire, les rapporte bien amplement au chapitre huitième de la vie des saints Pères. Entre autres choses, il écrit que le curé du lieu où le Saint avait choisi sa sépulture, blâmant le défunt de ce qu’il n’avait rien donné, par son {estament, à son église, le saint Prélat lui apparut une nuit, assisté de deux autres évêques, ses prédécesseurs, saint Justin et saint Bucher, se plaignant à eux de ses murmures, et leur remontrant qu'ayant donné son corps à cette église, il ne lui pouvait rien laisser de plus précieux. Puis s’approchant du prêtre, il le toucha à la gorge ; aussitôt elle enfla si fort et lui causa de si grandes douleurs, qu’à peine pouvait-il avaler sa salive ; enfin reconnaissant sa faute, et demandant pardon au Saint, il recouvra la santé par ses mérites au bout de quarante jours.

La fête de saint Nizier se célébrait autrefois à Châlon-sur-Saône avec un office double le 4 avril. Le diocèse de Lyon la célèbre aujourd’hui sous ce rite le 2 avril. Son culte se répandit dans beaucoup de diocèses de France, avec ses reliques : à Tours, à Troyes, etc.

La vie de saint Nizier fut écrite par un ecclésiastique de son clergé peu d'années après sa mort, par les soins d'Ethère, évêque de Lyon, après Prisque, successeur du Saint. Grégoire de Tours, qui était fils de sa nièce, l'ayant vue, remarqua qu'il y manquait bien des choses et en composa une autre beaucoup plus détaillée, qui forme le chapitre 8 de ses Vies des Pères. L'une et l'autre se tronyent dans le recueil de Bollandus avec les notes de Henschenius, qui a mis à la tête ce que le même saint Grégoire en a encore écrit au chapitre 61 du livre de la Gloire des Confesseurs.

S. LONGIS ET SAINTE NOFLETTE OÙ AGNEFLETTE

653, — Pape : Saint Martin Ier, — Roi de Neustrie : Clovis I.

La vie active est nécessaire ; la vie contemplative est plus parfaite : heureux ceux qui y sont appelés. C'est d'elle que le Sauveur disait : Marie & choisi la meilleure part. Luc, x, 42,

Saint Longis, ou plus exactement saint Lénogisile ‘, vint demeurer dans le diocèse du Mans, à l’époque où saint Hadouin commençait dans cette ville sa carrière épiscopale ?. Il était Germain d’origine * ; né au sein d’une famille noble et riche, il s'échappa de son pays parce que ses parents, encore attachés au culte des idoles, voulaient le contraindre à partager leurs superstitions et à suivre la profession des armes *

Sa jeunesse s'était passée dans les camps, lorsqu’ il se mit à rechercher des chrétiens pour être instruit dans la foi du vrai Dieu, qu’il ne connaissait qu'imparfaitement, n'ayant pas même encore reçu le baptême. Ce fut chez les Alvernes, et probablement dans quelque cloître, selon l'usage, qu'il obtint cette grâce, et ensuite il visita les sanctuaires les plus célèbres, et les monastères les plus renommés. Son dessein était de s’arrêter dans quelque lieu solitaire, et d’y consacrer à Dieu le reste de ses jours. La Providence le conduisit d’abord à Rome, et ensuite il revint dans la Gaule, et jusque dans le Maine. Saint Hadouin l’exhorta beaucoup à rester dans son diocèse, et à choisir l'endroit qu’il agréerait davantage. Le clergé et les habitants d’un village, nommé alors Busiarus et aujourd’hui Saint-Longis, au pays de Sonnois, le pressèrent de demeurer parmi eux, et il se rendit à leur désir.

On ajoute que le village de la Boisselière était du domaine de l’église du Mans, et que saint Hadouin le donna à Longis, lui permettant de bâtir un monastère qui serait soumis à l'Eglise cathédrale. Longis accepta, dit-on, ces conditions, souscrivit un acte pour constater cette soumission, et le fit constater par Clotaire II, par plusieurs évêques et plusieurs comtes. Hadouin ne se contenta pas de donner en propriété le village de la Boisselière au saint abbé, il y ajouta encore la ferme de Loudon et plusieurs autres, et il Paida dans là construction de son monastère. Mais l’authenticité des pièces sur lesquelles reposent ces faits, n’est pas entièrement démontrée. Un seul fait reste constant, c’est que saint Longis et ses successeurs REX en paix de la retraite que celui- ci avait bâtie *.

Après avoir construit son monastère, notre Saint partit de nouveau pour Rome. Son but, dans ce voyage, était d’obteuir, entre autres grâces spiri-

1. Lenogidsilus, Lonegilus, Launogisilus. Dans la vie française de saint Hadouin, par René Benoît, notre Saint est appelé Lourgesile; mais son nom vulgaire, nom que porte encore le lieu où il habita, est Longis. On trouve encore Longison,

Page 1