‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 85 sur 339 · SAINT LONGIS ET SAINTE NOFLETTE OU AGNEFLETTE · texte numérisé non relu

SAINT LONGIS ET SAINTE NOFLETTE OU AGNEFLETTE

tuelles, des reliques pour sa basilique. Une nuit qu’il priait près du corps de saint Pierre, il eut révélation qu’il trouverait, le lendemain matin, une dent du saint Apôtre sur son tombeau. En effet, il trouva le jour suivant cette précieuse relique, et l’apporta à la Boisselière. Saint Hadouin et une grande foule de peuple se rendirent au monastère, pour vénérer ce gage de la protection du Prince des Apôtres. A partir de ce jour, le concours des peuples à la basilique que Longis avait construite, devint très-grand !.

En même temps que Longis s’occupait à conduire et à régler son monastère, il prenait soin d’instruire les populations voisines. Sa réputation se répandit en peu de temps, et lui attira de nouveaux disciples. Parmi ceux qui vinrent ainsi implorer les lumières du saint Abbé, nul ne fut plus illustre que sainte Agneflette, vulgairement nommée sainte Noflette.

Cette sainte fille appartenait à des parents riches, et qui prétendaient lui faire épouser un jeune homme fort désireux d’obtenir sa main; mais elle avait voué en secret sa virginité à Dieu, et elle voulait demeurer fidèle à ses engagements. Pressée cependant par les instances de ses proches, et ne sachant plus comment résister à leurs désirs, elle s’enfuit de leur maison et se retira dans un bois. De là, elle fit avertir saint Longis de sa situation : il encouragea sa résolution, et comme elle n’avait point d’asile, il la reçut dans son monastère et lui donna le voile des vierges. Il n’en fallut pas davantage pour exciter et armer la calomnie. Le jeune homme qui aspirait à avoir Agneñflette pour épouse, va trouver le roi Clotaire, et lui dénonce Longis comme un séducteur infâme, et Agneflette comme la complice de ses débauches. La simplicité avec laquelle ils avaient agi tous les deux, donnait une certaine force à l’accusation; cependant le roi, avant de prononcer une sentence, voulut entendre les accusés. Longis et Agneñflette, mandés au palais, partirent aussitôt pour se présenter devant Clotaire. C'était au milieu des plus grandes rigueurs de l'hiver : le roi était à la chasse et les deux voyageurs durent attendre longtemps son retour. Pendant ce retard, Longis, brisé de fatigue et transi de froid, demanda à la vierge si elle ne pourrait pas lui procurer quelque soulagement. Aussitôt, pour lui obéir, elle court vers les boulangeries du palais, et demande qu’on lui donne un peu de feu. Le boulanger, voulant sans doute se moquer d'elle, lui dit en lui présentant des charbons ardents : « Voici du feu, mais puisque tu n’as rien pour les recevoir, tends ton manteau ». Agneflette obéit avec simplicité, et chose merveilleuse, elle reçut ces charbons ardents et les porta à Longis dans les plis de son manteau, sans que ce vêtement en souffrit le moindre dommage. Le saint Abbé, admirant en secret les merveilles de la divine Providence, usa de ses bienfaits, et quand le froid qu’il ressentait fut soulagé, Agneflette reprit dans son manteau les charbons encore brûlants et les reporta au four. Ce fait devint bientôt la nouvelle du palais : Clotaire, à son retour de la chasse, l’entendit raconter par ceux qui en avaient été les témoins. C'était assez pour prouver l’innocence des deux accusés; aussi le roi reconnut hautement la sainteté de leur vie, et voulut leur témoigner par des effets l’estime et l’affection qu’il leur portait. Il fit au saint Abbé des offres généreuses que celui-ci refusa par mépris pour les biens de la terre; il pria seulement le roi d’être le défenseur de son monastère. Clotaire reçut avec plaisir ce titre et cet office, et voulut en outre s'engager à fournir dix livres d'argent, chaque année, au cloître de Saint-Pierre de la Boisselière. Après cela nos deux Saints quittèrent le palais et revinrent à leur mo-

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nastère ‘, La présence de Longis au palais du roi y avait laissé des souvenirs. Dagobert, fils de Clotaire, étant tombé dangereusement malade, et les médecins ne sachant quel remède employer, le roi s’en remit avec confiance aux prières de l’abbé de la Boisselière. Il lui envoya un calice et une patène d'argent, le priant d’intercéder auprès de Dieu pour le salut de son fils.

Le messager n'avait pas encore fait la moitié de la route, que déjà le jeune prince était soulagé ?. Dagobert étant monté sur le trône après la mort de son père, fit de nouveaux dons à l’abbé Longis, et son exemple fut suivi par les grands de son royaume, ce qui permit à l’homme de Dieu d'augmenter le nombre des moines qui vivaient sous sa conduite $.

Pour sainte Agneflette, elle vécut encore de longues années sous le voile de virginité, mais enfin le temps de jouir de sa récompense étant venu, elle mourut dans un bourg du domaine royal, nommé Vernus (Vair, et depuis Baint-Cosme-de-Vair). Clovis Il gouvernait alors le royaume des Francs (638). Saint Longis eut aussitôt connaissance de son heureux trépas; il se hâta de se rendre au lieu où étaient demeurées ses dépouilles, pour les transporter dans son monastère. Parvenu à la petite ville de Mamertum (Mamers), le corps saint parut tout à coup d’un tel poids, qu'aucune force n’était capable de l’enlever du lieu où il se trouvait; mais l'homme de Dieu pria longtemps, et enfin le corps d’Agneflette fut transporté dans le monastère où il reposa plusieurs siècles, environné de la vénération des peuples *.

Longis parvint aussi à une extrême vieillesse, et jusqu’au dernier moment de sa vie, il ne cessa de travailler à la gloire de Dieu. Il mourut le 4 des Calendes d’avril Ÿ, vers l’an 653. Son corps fut enseveli dans la basilique de son monastère ‘.

Ce saint Abbé laissait après lui une mémoire vénérée, un grand nombre de disciples qu’il avait convertis dans toute la contrée du Sonnois, où son zèle avait rencontré encore beaucoup d’idolâtres, enfin un monastère où brillèrent encore longtemps, sous le froc monastique, des vertus éminentes. Tels furent les exemples d’humilité, de dévouement, de charité, donnés par les religieux de cette abbaye, que les habitants des contrées voisines prirent l'habitude de nommer leur maison, l’abbaye de Saint-Pierre-des-Bons- Hommes 7. Au siècle dernier, elle était réduite à l’état d’un simple prieuré, uni au monastère de Saint-Vincent du Mans.

Nous avons emprunté cet attachant récit au remarquable ouvrage de Dom Pioiin, l'Zglise du Mans.

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