SAINT FRANÇOIS DE PAULE
FONDATEUR DE L’ORDRE DES MINIMES 4416-1507. — Papes : Jean XXII; Jules II. — Rois de Naples : Louis 11; Ferdinand II.
© que la paix est une sainte marchandise qui mérite d'être achetée bien chèrement ‘!
Confessons ingénfment que les prospérités et les honneurs du monde sont souventes fois cause de notre perdition ?.
Nous ne pouvons commencer plus à propos la vie de ce saint fondateur, que par cette sage réflexion du cardinal Bellarmin : Dieu l’a envoyé sur la terre avant que le démon fit naître les hérésies de Luther et de Calvin, qui devaient combattre l’abstinence, le jeûne, le Carême et les autres exercices de la pénitence et de la morüfication chrétienne, afin qu'établissant dans l'Eglise un Ordre religieux qui fit une profession particulière de ces exercices, et surtout de l’abstinence perpétuelle du Carême, il servit aux fidèles, non-seulement d'exemple, mais aussi de défense et d’antidote contre un venin si dangereux. Nous travaillerons d'autant plus sûrement sur un si digne sujet, qu'outre les vies qui ont été composées avant nous, nous avons devant les yeux les sources mêmes d’où elles ont été tirées, à savoir : les dépositions de près de trois cents témoins, qui furent entendus pour la canonisation de ce grand serviteur de Dieu, les lettres qui furent écrites au pape et aux cardinaux pour l’obtenir, la relation de ses vertus et de ses miracles, qui fut faite dans un consistoire secret devant Sa Sainteté ; la bulle même de sa canonisation, et les mémoires de quelques-uns de ses religieux qui ont vécu longtemps avec lui.
Paule, petite ville de la Basse-Calabre, au royaume de Naples, fut sa patrie ; de là le surnom de François de Paule ; car c'était l’usage, chez les religieux d'Italie, d'ajouter à leur nom de baptème celui de la ville d’où ils sont natifs. Son père se nommaïit Jacques Martorille, ou Martotille, et était un fort honnête bourgeois de la même ville, qui vivait de son bien, et n’ayant point de charges publiques, ni d’autres emplois extérieurs dont nous ayons connaissance, passait sa vie dans la pratique du jeûne, de l’oraison et des autres exercices de la piété chrétienne. Sa mère s’appelait Vienne de Fuscaldo, château voisin de Paule. C'était aussi une dame très-pieuse, et qui répondait admirablement aux bonnes inclinations de son mari. Nous verrons, dans la suite de cette vie, des marques particulières de leur insigne vertu. Le temps de sa naissance a été contesté par quelques auteurs, qui l'ont voulu différer jusqu’en l’année 1438 ; mais le P. Giry a montré, par des preuves invincibles, dans une dissertation imprimée l’an 1680, pour répondre à leurs arguments, qu’il la faut mettre, selon l’ancienne tradition et le témoignage de tous ses historiens, en l’année 1416. C'était la sixième de l'empire de Sigismond, en Allemagne ; la trente-sixième du règne de
1. Lettre de saint François de Paule aux religieuses Minimes de Lucéna, en Espagne, les premières qui embrassèrent sa règle.