‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 93 sur 339 · ET LEURS COMPAGNES, MARTYRES · texte numérisé non relu

ET LEURS COMPAGNES, MARTYRES

304. — Pape : Saint Marcellin. — Empereur romain : Dioclétien,

Un chrétien ne saurait respecter assez les saintes Ecritures, qui sont la parole de Dieu même. Jésus- Christ demandant un jour à ses disciples s'il voulaient le quitter, saint Pierre lui répondit : Seigneur, à qui irions-nous? vous avez les paroles de la vie éternelle. Jean, vi, 69

Agape, Chionie et Irène étaient sœurs, et vivaient à Thessalonique. Ceux dont elles avaient recu le jour adoraient les idoles, lorsqu'elles versèrent leur sang pour Jésus-Christ. Dioclétien ayant défendu, sous peine de mort, de garder les divines Ecritures, elles trouvèrent moyen de dérober aux persécuteurs plusieurs volumes des saints livres. Ce ne fut que l’année suivante, c’est-à-dire en 304, qu'on les découvrit. On les arrêta sur-le-champ et on les conduisit devant le gouverneur Dulcétius. Lorsque celui-ci fut assis sur son tribunal, le greffier Artémisius lui parla ainsi : « Si Votre Grandeur me le permet, je vais faire lecture d’une information envoyée par le stationnaire ‘, laquelle concerne les personnes qui sont ici présentes ». Dulcétius ayant ordonné que la lecture de l'information fût faite, le greffier lut ce qui suit : « Le stationnaire Cassandre à Dulcétius, gouverneur de Macédoine, salut. J’envoie à votre grandeur six femmes chrétiennes et un homme qui ont refusé de manger des viandes immolées aux dieux. Les femmes se nomment Agape, Chionie, Irène, Casie, Philippe, Eutychie, et l’homme qui est avec elles, Agathon ».

Le gouverneur, se tournant vers les femmes, leur dit : « Misérables que vous êtes, pouvez-vous porter l'esprit de révolte jusqu’à désobéir aux pieuses ordonnances des empereurs et des césars ? Et vous, ajouta-t-il en adressant la parole à Agathon, pourquoi, à l'exemple des autres sujets de l'empire, ne voulez-vous pas manger des viandes offertes aux dieux ? — C’est que je suis chrétien, répondit Agathon. — Dulcétius se tournant vers Agape : Et vous, quels sont vos sentiments ? — Agape. Je crois au Dieu vivant, et ne voudrais pas perdre par une mauvaise action le mérite de ma vie passée. —— Dulcétius à Chionie. Que m'allez-vous dire ? — Chionie. Je vous dirai que je crois au Dieu vivant et que c’est pour cette raison que je n’ai point obéi à l’empereur. Dulcétius à Irène. Pourquoi n’avez-vous pas voulu vous conformer aux ordres des empereurs et des césars? — Irène.’ C’est que j'ai craint d’offenser Dieu. — Dulcétius à Casie. Qu’avez-vous à me répondre ? — Casie. Je veux sauver mon âme. — Dulcétius. Ne voulezvous pas participer à nos sacrifices ? — Casie. Dieu me préserve d’un tel crime. — Dulcétius à Philippe. Parlerez-vous comme les autres ? — Phi-

1, Les stationnaires étaient des officiers commis dans une place pour y faire le guet et pour informer le magistrat de tout ce qui se passait d'important, Ils s’appelaient encore bénéficiers, lorsqu'ils jouissaient de certains priviléges ou de certaines grâces particulières en récompense de leurs services dans les armées. Voir Du Cange, ctc.

lippe. Oui, sans doute, et j'aimerais mieux mourir que d’avoir la moindre part à vos sacrifices. — Dulcétius à Eutychie. Serez-vous aussi déraisonnable que vos compagnes ? — Eutychie. J'ai les mêmes sentiments qu’elles, et je donnerais ma vie plutôt que de consentir à ce que vous exigez de moi ». Comme Eutychie était enceinte, le gouverneur la fit mener en prison et ordonna qu’on en prit soin jusqu’à ce qu’elle fût accouchée.

Dulcétius revint à Agape, et lui dit : « Quelle est votre dernière résolution ? Ne voulez-vous pas imiter ceux qui se font un devoir d’obéir aux empereurs ? — Agape. Je ne puis prendre sur moi de me dévouer au démon ; tous vos discours ne pourront jamais me séduire. — Dulcétius. Et vous, Chionie, quelle réponse m’allez-vous enfin donner ? — Je persiste toujours dans les mêmes sentiments. — Dulcétius. N’avez-vous point quelquesuns de ces livres ou de ces écrits qui concernent la doctrine impie des chrétiens ? — Chionie. Nous n’en avons point; on nous les a tous enlevés par l’ordre de l’empereur. — Dulcétius. Mais encore, qui vous a déterminée à donner dans de pareilles rêveries ? — Chionie. Nous sommes redevables de la sainte doctrine que nous professons, au Dieu tout-puissant et à son Fils Jésus-Christ Notre-Seigneur. — Dulcétius. Vous êtes tous obligés de vous conformer aux édits des empereurs et des césars ; mais puisqu’après tant de menaces, d’avertissements et d’ordres réitérés, vous persistez toujours avec opiniâtreté dans votre désobéissance, vous faisant gloire du nom odieux de chrétiens, et qu'après avoir été interpellés par les stationnaires et les principaux officiers de professer la religion de l’empire, vous n’avez jamais voulu y consentir, je vous déclare que je vais vous condamner aux peines portées par les ordonnances ». I1 lut ensuite la sentence conçue en ces termes : « Vu l’opiniâtreté avec laquelle Agape et Chionie ont persisté à professer la religion des chrétiens, que toutes les personnes pieuses détestent ; vu leur mépris pour les divines ordonnances de nos empereurs et de nos césars, nous les condamnons à être brûlées vives. Quant à Agathon, à Casie, à Philippe et à Irène, ils resteront en prison jusqu’à ce que nous en ayons décidé autrement ».

Agape et Chionie ayant été exécutées, Dulcétius fit comparaître Irène, et lui parla ainsi : « C’est à présent que votre folie paraît dans tout son jour. On a trouvé en votre possession un grand nombre de livres, de cahiers, de feuilles et d’écrits concernant la doctrine des Chrétiens, les plus méchants hommes qui soient sur la terre ; et lorsqu'on vous les a représentés, vous avez été forcée de les reconnaître, quoique vous eussiez nié les avoir en dépôt !. Il est bien étonnant que ni le supplice de vos sœurs, ni la crainte d’une fin semblable, ne vous aient pas encore ouvert les yeux. Vous êtes donc absolument résolue de mourir. Je veux pourtant bien encore user d’indulgence à votre égard. Adorez les dieux, et j’oublierai votre crime. Ferez-vous enfin ce que les empereurs et les césars ont ordonné ? sacrifierez-vous ? mangerez-vous des viandes immolées ? — Irène. Sachez que je ne ferai rien de tout cela. Voudriez-vous que je méritasse de brûler dans un feu éternel, qui sera le partage de ceux qui auront renoncé Jésus-Christ le Fils de Dieu ? — Dulcétius. Qui vous a persuadé de cacher si longtemps ces méchants livres ? — Irène. C’est le Dieu tout-puissant, lequel nous a commandé de l’aimer aux dépens même de notre vie. Voilà pourquoi nous nous laissons brûler vives plutôt que de livrer les saintes Ecritures et de trahir les intérêts de Dieu. — Dulcétius. Quelqu’autre savait sans doute

1. Saus doute qu'on ne lui avait point confié la garde de ces écrits, ou du moins que Chionie ne les connaissait point, ouand elle nia qu'elle en eñt,

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