SAINT VIVENTIOLE OU JUVENTIOLE, ARCHEVÊQUE DE LYON
ces tourments, ne faisait autre chose que louer Dieu de la grâce qu’il lui faisait de souffrir quelque chose pour sa gloire. Quant à Félix, bien loin d’être ébranlé par ce spectacle, toute sa peine était de n’être pas le compagnon des douleurs de Nabor, comme il était son compagnon dans la profession du Christianisme. Le ministre de Satan, furieux de cette constance, * les fit jeter tous deux dans un grand brasier, qui devait les consumer en un moment; mais les flammes respectèrent tellement leurs corps et leurs cheveux mêmes, qu’ils n’en eurent aucun mal. Un miracle si éclatant devait confondre leur persécuteur, et lui faire connaître la puissance du Dieu de Nabor et de Félix ; mais son cœur s’endurcissant, comme celui de Pharaon, sans donner place aux lumières ni aux mouvements de la grâce, il fit conduire les Martyrs en prison, d’où peu de jours après il les fit tirer pour achever leur sacrifice. Ils furent décapités le 12 juillet, vers l’an 304, auprès du ruisseau nommé Silaro, où Sabine, dame également illustre par sa naissance et par sa vertu, leur donna la sépulture. Depuis, on les transporta à Milan, dans la basilique de leur nom, dont le même saint Ambroise fait mention dans la lettre à sa sœur.
On les gardait dans la même église, qui porta le nom de Saint-François jusqu’en 1798. A cette époque, le gouvernement de la république cisalpine, dont le siége était à Milan, chassa de leur cloître les religieux Franciscains conventuels qui desservaient cette église, et la fit démolir. Avant qu’on la détruisit, l'archevêque de Milan donna l’ordre d’enlever les reliques des saints Nabor et Félix, ainsi que plusieurs autres qui y étaient conservées.
On les déposa dans la basilique Ambrosienne, où elles se trouvent maintepant. |
Voir les fastes de l'Eglise en italien, volume de janvier, Milan, 1824; Sollier, Acta Sanctorum, tome 111 julii. ;
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SAINT VIVENTIOLE OÙ JUVENTIOLE, MOINE DE CONDAT, AU DIOCÈSE DE SAINT-CLAUDE, 24° ARCHEVÊQUE DE LYON 524, — Pape : Jean Ier, — Rois des Francs : Clodomir et Thierry Ier.
Ille valde admirandus alque laudandus est cujus cur= sus multorum profectus est.
L'homme qu'il faut admirer et louer est celui dont la vie a été vraiment utile à ses semblables.
$S. Eus. Emiss., kom. vir ad monachos.
Saint Viventiole fut tout à la fois l’ornement de l’état monastique et la gloire de l’épiscopat. On ignore le lieu et l’époque de sa naissance, mais il était un des moines les plus distingués de Condat (appelé aussi Grand-Saint- Claude et Saint-Oyend-de-Joux, Condatescense, Ordre de Saint-Benoît, diocèse de Saint-Claude), lorsque saint Oyend gouvernait ce monastère. Au commencement du vi° siècle, ce saint abbé avait fondé à Condat une école qui devint une des plus célèbres des Gaules, et Viventiole fut chargé d'y enseigner les lettres. La fonction d’écolâtre était une des plus importantes du monastère. Viventiole possédait une science aussi variée que profonde,
VIES DES SAINTS. — Tome VI, 47
C’est le témoignage que lui rendait un des plus grands prélats de son siècle, saint Avite, évêque de Vienne, dont il avait su mériter l’estime et l’affection. I1 composa de savants ouvrages que l’injure des temps a détruits, mais qui subsistaient encore trois siècles après lui, et qui faisaient dire à Agobard, un des plus grands évêques de Lyon : « Viventiole était célèbre par ses propres ouvrages et célébré par ceux des autres ».
Après la mort de saint Oyend, arrivée le 1° janvier 510, quelques troubles s’élevèrent dans le monastère de Condat, peut-être à cause de la nomination de son successeur. Viventiole, qui pouvait craindre que les suffrages ne se réunissent sur lui, choisit l’époque de l'élection pour entreprendre un voyage à Lyon. Il se trouvait en cette ville lorsqu'il reçut de saint Avite, évêque de Vienne, une lettre qui le remerciait d’une sellette de bois trèsartistement travaillée. Saint Avite, en reconnaissance, lui souhaitait bientôt une chaire épiscopale, et l’exhortait à prendre le gouvernement du monastère de Saint-Oyend, pour se disposer à la plénitude du sacerdoce.
Ce souhait de saint Avite fut une sorte de prédiction. L'Eglise de Lyon ayant peu après perdu son évêque saint Etienne, Viventiole fut placé sur le siége de cette ville, vers l’an 514, et l’amitié qui l’unissait à Avite en devint encore plus étroite. C'était Avite qui l'avait lui-même choisi et désigné pour être évêque de Lyon. Saint Viventiole assista au concile d’Agaune, aujourd’hui Saint-Maurice en Valais (Suisse), qui s’assembla, le 1° mai 516, par les soins de Sigismond, roi de Bourgogne, dans le monastère nouvellement bâti par ce prince. Il prononça, dans ce Synode, un discours qui nous a été conservé en grande partie, et qui atteste la connaissance profonde qu'avait le saint évêque des voies de Dieu et de la discipline monastique, et le zèle avec lequel il cherchait à éloigner des cloîtres l'ignorance et les moindres désordres.
De concert avec saint Avite, il convoqua le concile d’Epaone, qui s’assembla le 6 septembre 517. On y vit réunis vingt-quatre évêques de Bourgogne, au nombre desquels se trouvait Claude 1°", évêque de Besançon. On y fit quarante canons sur la discipline ecclésiastique et sur la règle des mœurs. Le trentième canon condamnait les mariages entre beau-frère et belle-sœur. Il s’appliquait à Etienne, intendant des finances du roi Sigismond, qui avait épousé Palladie, sœur de sa première femme. Sigismond prit la défense du coupable, mais la résistance des évêques ne put être vaincue, et dans un autre concile tenu à Lyon (518), par Viventiole, onze évêques confirmèrent le trentième canon d’Epaone. Sigismond exila les évêques, mais sans rien gagner, et ils revinrent dans leurs églises peu de temps après.
Viventiole mourut à Lyon, en l’année 524, selon l'opinion la plus probable. Il fut inhumé dans l’église des Apôtres, qui est devenue celle de Saint-Nizier, où l’on éleva dans la suite un autel sur son tombeau. Un ancien manuscrit, découvert par Severt, historien de l'Eglise de Lyon, rapporte une partie de l'inscription gravée sur le tombeau du saint évêque. On y lisait : « Notre pontife Viventiole, homme puissant par ses œuvres, repose dans ce tombeau. Il fut l'organe de l'Eglise, le prédicateur de la parole, l'honneur de ses frères, l’exemple des peuples, et sut remplir avec mérite tous les degrés du ministère... Que parmi les fêtes des Saints de Lyon, ce jour de fête soit pour vous un des plus solennels. Père bon, couronne de tous les évêques, sois propice à nos prières, et souviens-toi de nous qui {’invoquons ».
Extrait de la Vie des Saints de Franche-Comté et du Gallia christiana nova.