‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 108 sur 229 · JOEL ET ESDRAS, DEUX DES DOUZE PETITS PROPHÈTES. QTA · texte numérisé non relu

JOEL ET ESDRAS, DEUX DES DOUZE PETITS PROPHÈTES. QTA

Le quatrième jour après son arrivée, il offrit des holocaustes au Seigneur, pour le remercier et pour attirer sur le peuple ses bénédictions. En même temps il remit au trésor du temple, les vases, les meubles et les offrandes dont il était chargé. Il donna aussi les édits du roi aux satrapes de sa cour et aux gouverneurs du pays au-delà de l’Euphrate, et ces officiers commencèrent à favoriser le peuple et la maison de Dicu. Mais Esdras ayant appris que plusieurs Israélites, tant du nombre des prêtres et des lévites que de celui des magistrats et du menu peuple, s'étaient alliés avec des femmes étrangères, eut une douleur sensible de ce détestable abus; il déchira ses vêtements, s’arracha les cheveux, et, tout abattu de tristesse, il s’assit à terre dans le temple, s’abandonnant, pour apaiser le Seigneur, aux pleurs, aux jeûnes et à la prière. À cette vue, le peuple versa une grande abondance de larmés, et voulant expier l’abominaton dans laquelle il était tombé, résolut d’en faire pénitence ct de renvoyer les femmes étrangères avec les enfants qui en étaient nés. Esdras, voyant le peuple ainsi disposé et tout prêt à renouveler l’alliance avec le Seigneur, se leva et obligea les princes des prêtres et les lévites et tout Israël, de lui promettre avec serment qu'ils feraient ce qu’ils venaient de dire. Ils le lui jurèrent, et, après une assemblée générale dans laquelle on fit connaître à tout Israël la

‘ résolution qui avait été prise, on nomma des commissaires pour se transporter dans les villes et exécuter ce dont on était convenu touchant l’expulsion des femmes étrangères. C’est ainsi qu'Esdras vint à bout d’abolir ces mariages profanes.

Après avoir réformé les abus qui s'étaient glissés parmi le peuple, Esdras s’appliqua à l’instruire de ses devoirs, et ce fut sa principale occupation le reste de sa vie. Au septième mois de l’an du monde 3551, les enfants d'Israël, assemblés à la porte du temple pour la célébration de la fête des Tabernacles, le prièrent de leur lire la loi de Moïse et de la leur expliquer. Esdras, s'étant donc mis au milieu de la place sur un marchepied de bois, fit lecture de la loi depuis le matin jusqu’à midi. Le peuple en fut si touché qu’il fondait en larmes. Esdras, voyant les Israélites pénétrés de douleur, les consola, en leur disant qu'il ne fallait pas pleurer le jour d’une fête si solennelle, mais plutôt se réjouir dans le Seigneur. Tout ce peuple, consolé par ces paroles, s’en alla prendre de la nourriture, et on célébra ainsi avec joie la fête des Tabernacles. Le lendemain les chefs de famille, les prêtres et les lévites vinrent trouver Esdras pour le prier de continuer à leur expliquer les paroles de la loi. On tomba sur l’endroit où il est écrit que le Seigneur avait ordonné par le ministère de Moïse, que les enfants d'Israël demeurassent sous des tentes pendant la fête solennelle du septième mois. Le peuple, ayant entendu ces paroles, alla chercher des branches d'arbre de tous côtés, et, en ayant apporté, chacun se fit des pavillons en forme de tentes, sur le haut des maisons, dans les places, dans les rues et jusque dans le parvis du temple. Esdras continua de lire le livre de la loi, chaque jour de la fête, depuis le premier jusqu'au dernier, expliquant au peuple les endroits qui avaient besoin d’éclaircissement.

Le vingt-quatre du même mois, jour auquel on avait indiqué un grand jeûne, les enfants d'Israël se rassemblèrent couverts de sacs et de cendre, dans le dessein de faire au Seigneur une satisfaction publique pour le violement de la loi qu'ils avaient ignorée ou méprisée jusqu’à leur retour de captivité. Après qu'ils eurent confessé leurs péchés et fait de longues prières pour en obtenir le pardon, on renouvela l’alliance avec le Seigneur, et on en dressa un acte authentique, qui fut signé par Néhémie, par les

prêtres, les lévites, les chefs de famille et le reste du peuple. Les noms du grand prêtre Eliasib et d’Esdras ne se trouvent point dans le dénombrement de ceux qui signèrent cet acte : apparemment qu'ils sont oubliés, ou qu'ils y sont sous d’autres noms, car Esdras vivait encore. Il se trouva depuis à la dédicace qui se fit des murs de Jérusalem en 3550. On lui donne plus de cent vingt ans de vie, mais on ne sait point au juste le temps de sa mort. Josèphe dit de ce grand homme qu’il mourut plein de gloire et d’années, et qu’on lui fit des obsèques magnifiques dans la ville de Jérusalem. L’Ecriture fait elle-même son éloge en peu de paroles lorsqu'elle dit « qu'Esdras avait préparé son cœur pour pénétrer l'intelligence de la loi de Dieu et pour faire enseigner ses préceptes dans Israël ».

La caractéristique d’Esdras est celle de la plupart des Prophètes : il tient à la main le cartouche ou banderolle où se lisent les principaux textes de ses prophéties.

CULTE ET RELIQUES. — ÉCRITS

Joël est honoré chez les Grecs qui font sa fête le 19 octobre, ainsi que les Russes et les Moscovites qui suivent leur rit. Usuard est le premier qui lui ait fixé le treizième jour de juillet, et il a été suivi par le Romain moderne. Quant à Esdras,les Grecs ne paraissent pas lui avoir décerné un culte particulier : les Latins ont commencé à insérer son nom dans leurs martyrologes, au 1xe siècle, comme on le voit par le vieux Romain et par ceux d’Adon et d’Usuard suivis par le Romain moderne.

La prophétie de Joël contient trois chapitres, avec ce titre unique : Sur la destruction de Jérusalem. Quant à Esdras, nous avons quatre livres sous son nom. Les deux premiers, qui, selon la remarque de saint Jérôme, n'étaient comptés que pour un seul chez les Hébreux, sont canoniques et reçus unanimement dans toutes les Eglises, tant grecques que latines. Les deux derniers sont apocryphes et n'ont dans l'Eglise latine aucune autorité; mais les Grecs mettent le troisième au rang des livres divins.

La suite de l’histoire contenue dans le premier livre est de quatre-vingt-deux ans, depuis la première année du règne de Cyrus à Babylone, l’an du monde 3468, jusqu'à la dix-neuvième année du règne d’Artaxerxès Longue-Main qui renvoya Néhémie à Jérusalem l’an du monde 3550.

Les Latins, en divisant en deux le premier livre d’Esdras, n'ont pas changé le titre, et ils donnent ordinairement au second le même nom qu’au premier ; cependant il parait bien certain qu'ils sont de deux mains différentes.

Esdras, dans le premier des livres qui portent son nom, parle presque toujours en première personne et comme principal auteur et chef de l’entreprise qu'il raconte. Au contraire, dans le second de ces livres, il n’est parlé de Jui qu'en troisième personne, et même assez rarement... Néhémie parait dans tous les chapitres du livre ; c’est lui qui parle, qui agit, qui préside partout, en sorte qu’on peut dire que ce livre ne renferme pas moins l’histoire de ce prince que celle des Juifs. Dès le commencement du livre il s’en déclare l’auteur. Il contient l’histoire d'environ trente et un ans, c’est-à-dire depuis la vingtième année du règne d'Artaxerxès, qui est la 3350 du monde, jusqu’au règne de Darius Nothus, son fils, qui commença à régner l’an du monde 3581.

On trouve dans les anciennes éditions de la Vulgate un livre IV sous le nom d’Esdras. Quelques anciens Pères grecs et latins l'ont cité dans leurs écrits, et en ont rapporté plusieurs endroits, que nous lisons encore aujourd’hui dans ce livre. Mais il faut que cet ouvrage ne soit pas venu jusqu’à nous dans son entier, puisque Clément d'Alexandrie en rapporte un passage que nous n'y trouvons plus. Saint Ambroise parle souvent de ce livre et toujours avec éloge. L'auteur de ce livre est, selon l'opinion la prus probapie, un personnage postérieur à Jésus-Christ. L'ouvrage a reçu d’une main chrétienne quelques additions qui ne se rencontrent que dans la version latine.

Dom Ceillier : Histoire des auteurs sacrés et ecclésiastiques, — Cf, Baillet : Vies des Saints de l'Ancien Testament ; Rohrbacher, Darras : Æistoires de l'Eglise.

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