‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 111 sur 229 · SAINT THURIAF, ÉVÊQUE DE L'ANCIEN SIÈGE DE DOL, EN BRETAGNE · texte numérisé non relu

SAINT THURIAF, ÉVÊQUE DE L'ANCIEN SIÈGE DE DOL, EN BRETAGNE

Eglise. Thuriaf, élevé à cette dignité, fit de nouveaux efforts pour se surpasser lui-même, et pour devenir par ses vertus la règle vivante des autres. Thiarmail eut sujet de présumer que son choix était approuvé de Dieu, quand il vit les vertus de son cher disciple accompagnées du rare et précieux don des miracles. La confiance que lui donna l’approbation céleste l’engagea, à l'exemple de quelques-uns des plus saints de ses prédécesseurs, à mettre Thuriaf à sa place, pour y exercer les fonctions pénibles de l’épiscopat, qui, à cause de son âge trop avancé, lui devenait désormais un poids trop difficile à soutenir.

Le mérite extraordinaire de Thuriaf rendit son élection et son ordination très-agréables aux autres évêques de Bretagne, au clergé et au peuple, qui se flattèrent de voir revivre saint Samson et saint Magloire dans ce nouveau prélat, déjà si favorisé du ciel. Quant à lui, il avait déjà tout mis en usage dès qu’il était entré dans la carrière ecclésiastique pour acquérir la perfection des vertus de son saint état. Ses Actes rapportent qu’il se distinguait surtout par une humilité profonde, un zèle infatigable pour le salut des âmes, une ardente charité et une simplicité admirable, jointe à une grande innocence de mœurs. Il passait le jour à instruire son peuple, et presque toute la nuit en prière.

L'homme ennemi, qui veille toujours pour troubler l'Eglise et y semer le désordre et la division, profita, peu de temps après l’ordination de Thuriaf, des dispositions qu’avaient à la violence un seigneur du pays, nommé Rivallon, et le porta à mettre le feu dans un monastère de la dépendance de l’évêché, distant de sept à huit lieues de Dol. On vint aussitôt annoncer à Thuriaf que l’église, les livres sacrés, les ornements et les vases précieux avaient été pillés ou réduits en cendres ; il n’y eut que le missel qui fut épargné par miracle. Pénétré de douleur, il prit avec lui douze de ses religieux, et se rendit à pied chez Rivallon, au lieu nommé Kanfrut ou Lan-Kafrut, qui paraît être le même que celui où cet homme violent venait de brûler le monastère. Rivallon, en le voyant, se sentit touché de repentir et, se jetant tout tremblant à ses pieds, lui fit des offres si avantageuses pour la réparation du mal qu’il avait commis, que Thuriaf, qui ne cherchait que sa conversion, ne lui refusa pas le remède de la pénitence. Thuriaf, satisfait, retourna dans son Eglise, et Rivallon, aidé des princes du pays, répara au septuple tout le dommage qu'il avait causé, à quoi il employa les sept années de pénitence que son prélat lui avait imposées.

On rapporte qu’il opéra plusieurs guérisons miraculeuses et qu’il rappela à la vie la fille unique d’un seigneur du pays, après s'être mis en prière avec tout son clergé.

Saint Thuriaf, après avoir rempli tous les devoirs d’un bon pasteur, mourut saintement, dans un âge très-avancé, le 13 juillet, et son corps fut enterré dans son église cathédrale. Il a été depuis transporté en France, à l’époque où les Normands ravageaient la Bretagne, et déposé à Paris, dans l'église de Saint-Germain des Prés, qui l’a conservé jusqu’en 1793, époque à laquelle il a été détruit. Ce saint corps ne s’y trouvait pas tout entier; l'église cathédrale de Chartres en possédait une partie, renfermée depuis l’an 4230 dans une châsse de vermeil très-curieuse. Cette partie a également été détruite pendant la révolution. Il ne reste peut-être plus maintenant des reliques de saint Thuriaf qu’un fragment d’ossement, qui se trouve dans l’église paroissiale de Quintin, ville du diocèse de Saint-Brieuc ; ce fragment est renfermé dans un chef en argent. Le saint évêque, nommé dans ce pays saint Thurian, est patron de cette église. Les anciens Bréviaires de Saint-

Meen, de Saint-Brieuc, de Nantes et de Léon, mettent tous la fête de saint Thuriaf le même jour, 13 juillet.

On le représente : 1° en habit de berger, pour rappeler ses premières années ; 2° avec une colombe sur l’épaule : il s’était mis en prière pour un seigneur emporté, qui s’offrait à faire pénitence, quand une colombe se reposa sur son épaule comme pour lui dire que le pécheur obtiendrait son pardon s’il tenait ses promesses.

Acta Sanctorum; Surius. — Cf. Vies des Saints de Bretagne, par Dom Lobineau.

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