GÉNÉRAL DES DOMINICAINS
4271. — Pape : Nicolas IT. — Roi de France : Philippe IE, Ze Hardi.
J1 pratiqua parfaitement, toute sa vie, ce qu'il enseignait aux autres.
Touron, Vie du Père Humbert.
Humbert, loué par tous nos historiens comme l’un des plus saints religieux de l’Ordre de Saint-Dominique, naquit à Romans, sur l'Isère, près de Valence, au commencement du xm° siècle, d’une famille noble, riche et pieuse. Rien ne prouve mieux les sentiments religieux de ses parents, que l’éducation éminemment chrétienne qu’ils lui donnèrent eux-mêmes, et qu'ils lui firent donner ensuite par les maîtres les plus capables d'éclairer son esprit et de former son cœur à la vertu.
Le jeune Humbert fut bientôt envoyé dans les écoles de Paris, fréquentées par un grand nombre d’écoliers venus de tous les points de l’Europe, et livrés à tout l’entraînement des passions. Leurs exemples dangereux ne firent rien sur son cœur; il sut en triompher par la fermeté de sa foi, autant que par son assiduité au travail et à la prière. Aussi fit-il des progrès éton- . nants dans les belles-lettres et dans les hautes sciences, surtout dans la théologie et le droit canon.
1] avait fait vœu d’abord d’entrer dans l’Ordre des Chartreux; mais, par une secrète inspiration de la Providence, il se décida pour celui des Frères Prêcheurs, et reçut l’habit dans le couvent de Saint-Jacques, le jour de saint André, en 1224.
Peu après sa profession religieuse, il se fit remarquer à Lyon et à Paris par ses hautes vertus, par sa profonde connaissance des divines Ecritures et par son éloquence comme prédicateur. Vers le même temps, il fit un voyage en Palestine, visita les Saints-Lieux, et à son retour, on lui donna le gouvernement de la province romaine, où il fit paraître tant de prudence et de savoir, qu’au rapport de plusieurs historiens, après la mort de Grégoire IX, quelques cardinaux jetèrent les yeux sur lui pour l’élever à la papauté.
Le nouveau pape, Innocent IV, ayant donné la pourpre romaine à Hugues de Saint-Cher, Humbert lui succéda dans le gouvernement de la province de France, qu’il conserva pendant dix ans, jusqu’à ce qu’il fût nommé général de son Ordre, l’an 1254. « Les suffrages », ditun historien, « ne furent point partagés : le Père Humbert les eut tous, et lui seul en fut surpris ».
La Hongrie fut la première province qu'il visita, et, quelque étendue qu’elle eût, il la parcourut à pied, annonçant partout aux peuples la parole de Dieu. Le roi Béla IV ne se contenta pas de l’honorer de son affection, il lui donna encore une grande marque de sa confiance et de son estime, en le priant de rester quelque temps dans ses Etats, pour recevoir les vœux de la jeune princesse Marguerite de Hongrie, sa fille.
De la Hongrie, Humbert passe en Italie, où il reçoit des lettres d’Alexandre IV, qui prouvent la haute estime que ce Pape faisait de sa science et de sa vertu. Il préside un chapitre général à Milan, où l’on s’occupe principalement de l’œuvre des missions; revient à Paris, où saint Louis voulant lui donner une gvande marque de son affection, le choisit pour tenir sur les fonts de baptême, un de ses fils, le prince Robert, comte de Clermont et le premier de la maison de Bourbon.
Saint Thomas d'Aquin, appelé en Italie vers la même époque, travaille heureusement par ordre du Père Humbert, à la réfutation d’un livre dangereux intitulé : Des Périls des derniers temps, tandis que notre infatigable général préside le chapitre de Florence et celui de Toulouse, d’où il adresse à tous les religieux de son Ordre une lettre en latin fort remarquable.
L'an 4958, saint Louis sachant que le Père Humbert n’était pas moins habile jurisconsulte que savant théologien, l’admet dans son conseil, pour le rendre juge de certains différends qui s'étaient élevés entre le comte de Clermont et les comtes d'Anjou et de Poitiers.
L'année suivante, il va tenir un chapitre à Valenciennes, dans le Hainaut. Là, secondé par le zèle d'Albert le Grand, de saint Thomas d'Aquin et de Pierre de Tarentaise, il s'occupe des moyens de préserver les chrétiens de ces contrées des fureurs des Tartares qui recommençaient leurs incursions et leurs ravages. Il détourne le roi de Hongrie de tout traité d'alliance avec ces peuples ennemis du nom de Jésus-Christ, et sauve ainsi la foi menacée d’une ruine prochaine. Sur ces entrefaites, Humbert apprend que le souverain Pontife vient de choisir Albert le Grand pour le siége de Ratisbonne. Il en est sensiblement affligé, et dans sa douleur, il écrit au bienheureux Albert une lettre qui est un véritable chef-d'œuvre, afin de le détourner d'accepter l’épiscopat. Il le prie de considérer d’abord quels sont les embarras qui se rencontrent dans le gouvernement des églises d’Allemagne, et combien il est difficile, dans ces hautes dignités, de ne point offenser Dieu et les hommes. Il lui demande comment, après avoir tant aimé les Livres saints et la pureté de conscience, il pourrait se voir engagé dans le tumulte des affaires temporelles, toujours exposé à des périls continuels de péché. Enfin, il lui fait remarquer que le bien qu'il y a à faire dans l’épiscopat est tout à fait incertain, tandis que, par son changement d'état, il va perdre les grands fruits qu’il faisait déjà, non-seulement en Allemagne, mais dans toute l'Eglise, par sa réputation, par ses exemples et par ses écrits. Cette vive et pathétique exhortation, il la conclut, en protestant qu’il aimerait mieux voir porter un de ses religieux dans le cercueil que sur une chaire épiscopale.
Cependant, les désirs du saint général, ses prières, ses avertissements, toutes ses remontrances furent alors sans effet. Albert le Grand, il est vrai, ne pensait pas autrement que le Père Humbert, et il craignait autant que lui le péril qu’il voyait de plus près. Mais on ne lui laissa pas la liberté de refuser le fardeau; le vicaire de Jésus-Christ voulut être obéi, et Albert accepta, en tremblant, une dignité qu’il se serait reproché d’avoir désirée. Les suites firent connaître ses véritables sentiments.
Trois ans après, ayant réussi à faire agréer sa démission au pape Urbain IV, le saint docteur rentra dans son couvent de Cologne en même temps que le Père Humbert, par la cession volontaire de sa charge, et reprenait son premier état de simple religieux. Humbert avait tenu son huitième chapitre général à Barcelone et le neuvième à Bologne. Ce ne fut que dans celui de Londres, l'an 1263, qu’il obtint des définiteurs la permission