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ET NOTRE-DAME DES SEPT DOULEURS, A CONFORT

AU MÊME DIOCÈSE 1200. — Pape : Innocent IT. — Roi de France : Philippe IN, Auguste.

Qui deficit sibi, ut virtuti adhæreat, amittit quod suum est, accipit quod ælerñum est.

Celui qui se quitte lui-même pour s'attacher à la vertu, perd ce qui lui appartient pour recevoir ce qui est éternel.

Saint Ambroise.

Les saints d’une illustre naïssance ont tous été soigneux, par humilité, de cacher leur origine : aussi ne connaît-on pas précisément celle de saint Roland. D’après la tradition bien établie dans la vallée de Chézery, Roland était un prince anglais qui s'enfuit de sa patrie pour se dérober aux honneurs et se donner tout à Dieu dans la retraite ; il ne pouvait en choisir une plus propre que celle de Chézery pour se soustraire aux recherches de sa famille. On ignore par quelle voie la Providence le fit arriver dans ce désert.

Quoi qu’il en soit de la naissance de saint Roland, qu’il eut soin de cacher parce qu'elle était illustre, nous allons rapporter ce que nous avons pu recucillir sur sa vie, sur sa mort et touchant les miracles qu’il a plu à Dieu d'opérer par son intercession. Le désir de quitter le monde, pour mener une vie plus parfaite ioin de ses parents et dans la solitude, fit prendre à notre Saint la résolution d'aller se faire religieux dans le monastère de Chézery

qui était alors du diocèse de Genève. Lorsqu'il y arriva, cette maison étail déjà peuplée d’un bon nombre de religieux qui y vivaient dans une exacte et édifiante régularité ; mais, quelque sainte que fût cette communauté, la vertu de notre Saint y brilla avec un éclat qui surprit les plus anciens. Son humilité, son recueillement et son goût pour les mortifications étonnèrent d'autant plus qu'il venait seulement de quitter les dissipations et les douceurs du monde qui lui prodiguait ses faveurs pour se l’attacher ; mais on peut dire qu’il avait oublié le monde en le quittant, et qu’il ne souhaitait rien tant que d’en être oublié. On ne vit peut-être jamais religieux plus mort à sa propre volonté, plus ennemi de ses sens et de son amour-propre. Son obéissance était si parfaite qu’elle eût fait seule le fond de son caractère, s’il eùt moins excellé dans les autres vertus. Avec de telles dispositions, Roland fit de rapides progrès dans la sainteté. Le plaisir pur et parfait qu’il goûtait avec Dieu dans la prière, le détournait si fort de tout autre conversation, qu’il semblait que son âme jouissait déjà par anticipation de la souveraine béatitude dans de douces contemplations. Enfin, sa vie entière était celle des anachorètes les plus parfaits dans le désert.

Cependant, quelque humble, quelque reliré que fût ce saint religieux, les merveilles que Dieu opérait par ses mains sur des malades, et ses lumières qui jetaient une vive clarté, lui attirèrent les regards et la confiance des peuples qui venaient de loin pour avoir ses avis sur des points de spiritualité et pour se recommander à ses prières. Chacun, après avoir été témoin de sa modestie, de sa piélé et de toute sa conduite, s’en retournait avec une opinion plus grande encore de sa sainteté.

Vers la fin de l’année 41170, Etienne, second abbé de Chézery, successeur de saint Lambert, mourut ; les religieux ne délibérèrent pas un moment pour se nommer un chef; Roland fut choisi par les suffrages de toute la communauté. Il mit tout en œuvre pour décliner cette charge ; mais, n’ayant pu se défendre de l’accepter, il ne songea plus qu'aux moyens de remplir toutes les obligations qu’on venait de luiimposer. Persuadé qu’un supérieur n’est à la tête d’une maison que pour être le modèle de ses religieux, en leur servant de guide, il ne prescrivait rien qu'il ne pratiquât le premier. Il

elour montrait point la voie étroite par laquelle un chrétien et un religieux doivent aller au ciel, mais il y marchait à leur tête pour les encourager et pour aplanir les difficultés. Plus père que supérieur, il réservait pour lui ce qu'il y avait de pénible, et, sévère & lui-même, il était doux et affable pour les autres.

À tous ces exemples, Roland joignait des exhortations éloquentes et persuasives qui produisirent des fruits si abondants qu'il eut la consolation de voir dans le désert de Chézery ces grands exemples de pénitence, de régularité et de ferveur qu’on avait cru jusqu'alors n'être jamais sortis des déserts de la Palestine, et dont les laures cependant semblaient avoir été transportées dans notre patrie : Beaumont au pays de Gex, Pierre-Châtel, Portes, Arvières, Meyriat, Saint-Sulpice, Ambronay, Nantua, en Bugey, reflétaient au loin l’auréole des saints qui les habitaient, car c’était l’époque des Anthelme, des Arthaud, des Vital, des Ponce, des Etienne de Châtillon, des Bernard de Varin, des Ayrald, des Raynald, des Nantelle, des Jean de Chalmet, des Bernard de Portes, des Jean d’Abondance, et de tant d’autres dont les noms sont écrits dans le livre de vie.

Le saint abbé de Chézery, à l'exemple de saint Lambert qu’il avait pris pour modèle, se distingua surtout par sa tendre dévotion envers la sainte Vierge. Il voulait que son culte fût en grand honneur dans son monastère et

parmi les personnes attachées au service de l’abbaye. Ce fut lui qui fonda la chapelle de Notre-Dame des Sept Douleurs, dans le village de Confort, où les moines de Chézery possédaient de grandes propriétés,

Cette dédicace fut agréée par la Mère de Dieu qui se plut à faire éprouver les effets de sa puissance aux personnes qui venaient l’implorer dans cet humble oratoire, où l’on vit depuis lors affluer un grand concours de fidèles à l'approche des fêtes de la sainte Vierge.

La Révolution n’a pas entièrement détruit ce pieux pèlerinage, et l’on voit encore beaucoup de personnes venir de loin se recommander à Notre- Dame de Confort. Pour récompenser cette foi, le souverain Pontife Léon XII, sur la demande de Monseigneur l’évêque de Belley, a, par un bref du 22 novembre 1828, accordé à perpétuité une indulgence plénière aux personnes qui, après s'être confessées et avoir communié, visiteront la chapelle de Confort l’une des fêtes de la Conception, de la Nativité, de l’Annonciation, de l’Assomption, ou l’un des jours de l’octave de ces fêtes, et y prieront pendant l’espace de quelques minutes selon les intentions du Pape.

Le Saint-Père, par le même bref, accorde encore une indulgence de quarante jours aux personnes qui assisteront le samedi à la messe dans cette chapelle. Ces diverses indulgences peuvent être appliquées aux âmes du purgatoire en forme de suffrages.

La chapelle de Confort fut réparée en grande partie par la sœur Rosalie, supérieure des Sœurs de la Charité chargées du soin des pauvres de la paroisse de Saint-Médard, à Paris.

Enfin, depuis trente ans, saint Roland travaillait sans relâche au salut des autres et à sa propre sanctification qui semblait être consommée, quand Dieu l’appela à lui pour l’en récompenser, vers l’an 1200.

Ce Saint est invoqué surtout dans les temps de sécheresse ; des paroisses venaient autrefois de très-loin en procession auprès de son tombeau pour demander la conservation des fruits de la terre ; on le prie encore aujourd’hui pour obtenir la guérison des maux d’yeux, des douleurs à l’estomac et à la tête.

Les religieux de Chézery et les habitants des provinces voisines furent dans la désolation pour la perte qu’ils venaient de faire ; mais Dieu ne tarda pas à les consoler en leur montrant que ce Saint, par sa mort, n’avait fait que devenir leur appui et leur protecteur dans le ciel. Ceux qui l’invoquèrent dans leurs besoins furent exaucés, et des miracles nombreux eurent bientôt illustré son tombeau. .

CULTE ET RELIQUES

On accourait de toutes parts en pèlerinage à son tombeau, surtout à l'époque de sa fête. Son corps fut levé de terre et renfermé dans une châsse enrichie d’ornements divers en argent, et placé sur un autel dans l’église de l’abbaye qui le prit pour son premier patron; mais cette église, ainsi que l’église paroissiale, demeurèrent sous le vocable de Notre-Dame dans son assomption, à laquelle saint Lambert avait dédié son établissement ; voilà pourquoi toutes les vieilles chartes, qui parlent de ce monastère, disent : l'abbaye de Notre-Dame et de saint Roland de Chézery. Des historiens dignes de foi cités par Manrique dans les Annales des Cisterciens, mais surtout Philippe Seguin, prieur de Chälis, écrivain de l'Ordre de Citeaux, assurent que de temps immémorial la fète de saint Roland se célébrait avec pompe par un office propre, et que différents Papes y attachèrent des indulgences. Jean-Chrysostome Henriquez, religieux de l'Ordre de Citeaux, dans son ménologe, et Jean Molanus, dans son martyrologe, font mention de saint Roland, sans indiquer le jour de sa fête. Le martyrologe de l'Ordre des Cisterciens et celui de l'Eglise gallicane la placent au 16 du mois de janvier ; mais toujours les habitants de la yallée de Chézery et des montagues du Jura l'ont chômée le 14 juillet avee une grande dévotion.

Ce culte n'avait fait que s’accroitre depuis trois siècles et demi, quand la contrée qu'il illustrait fut témoin de grands désastres. L'abbaye de Chézery fut brûlée par les Calvinistes, et Les titres dispersés ou livrés aux flammes ; les religieux, obligés de fuir devant l’incendie qui détruisit leur monastère, emportèrent avec eux ce qu’ils avaient de plus précieux : le corps de saint Roland, qu'ils sauvèrent ainsi d’une destruction certaine. Saint François de Sales vint à Chézery, le 25 octobre 1605, pour faire la visite des reliques de saint Roland, le remercier de ses bienfaits et invoquer pour la conversion de ses ouailles.

L’antique abbaye de Chézery est tombée sous le fer du vandalisme, et aujourd'hui il ne reste que quelques débris des piliers ; le lierre et la mousse se sont emparés des fenêtres, et remplacent les vitraux peints ; l'autel où l’on immolait le Saint des S#ints n’est plus qu'un monceau de ruines. On voit encore sur les murailles des croix de pierre à demi brisées, des armoiries de quelques abbés, des niches.

Les biens qui dépendaient de l’abbaye furent vendus au profit de l'Etat ; les papiers des archives, les meubles de l’église furent brûlés publiquement en 1793. La châsse de saïnt Roland, garnie d'argent, fut enlevée par M. Durié, curé intrus de Chézery, qui, poussé par une main protectrice et entrainé par un reste de foi, s’empara des reliques du saint abbé, et les transporta processionnellement du monastère dans l'église paroissiale, le 14 juillet 1793 ; quelque temps après, elles furent mises en un lieu secret de l’ancienne abbaye qui avait passé en des mains séculières. Quand le calme fut rendu à l'Eglise, Monseigneur l’archevêque de Chambéry fit vérifier l'authenticité des reliques et déposer ce précieux trésor dans l’église paroissiale où il est aujourd’hui. La fête de saint Roland reprit sa solennité le 44 juillet, et Dieu se plut à opérer plusieurs guérisons miraculeuses pour justifier et pour accréditer la continuation de son culte. Le souverain Pontife Grégoire XVI, par un bref du #4 février 1834, à daigné accorder à perpétuité : 49 une indulgence plénière à toutes les personnes qui communieront avec les dispositions requises dans l’église de Chézery, le 44 juillet ou l'un des sept jours suivants ; 20 une autre indulgence de cinquante jours que tous les fidèles pourront gaguer, tous les jours une fois, en allant réciter cinq Pater, cinq Ave et cinq Gloria dans ladite église où sont les reliques du saint abbé.

Le 28 mai 1834, Mur Devie, évêque de Belley, fit la translalion solennelle des reliques du Saint et les plaça sur l'autel ; le 4er juillet 4835, il prescrivil d’en faire l’oflice dans tout son diocèse sous le rit semi-double majeur. Cet oflice fut fixé au 45 juillet, le 44 étant consacré à saint Bonaventure, d'un rit supérieur. À Chézery,la fête de saint Roland continue à être célébrée le 14 juillet,

Tiré des Annales des Cisterciens, par Manrique, et de divers documents recueillis sur les lieux. — Voir les Archives saintes de Belley, ouvrage faisant suite à. l'Æistoire hagiologique, par Mgr Depéry.

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