‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 131 sur 229 · SAINT HENRI I, EMPEREUR DES ROMAINS ET GONFESSEUR · texte numérisé non relu

SAINT HENRI I, EMPEREUR DES ROMAINS ET GONFESSEUR

dans ses Etats. En passant par Verdun, il visita la célèbre abbaye de Saint- Vanne et demanda à être reçu au nombre des religieux : l’abbé de cette maison lui conseilla de renoncer à ce projet.

On pourrait croire qu'une vie si agitée et passée dans le tumulte des

affaires et dans les camps même, dut absorber tous les moments du monarque et lui laisser peu de temps pour les exercices religieux, mais on se tromperait; car Henri savait si bien disposer ses moments, qu’il trouva moyen de satisfaire à la fois à ses devoirs de chrétien et à ceux de père de la patrie. La religion était la base de toutes ses entreprises, le mobile de toutes ses actions et le ressort de sa politique. Il trouva dans l’accomplissement de ses devoirs envers Dieu la force nécessaire pour porter avec tant ‘de gloire et de courage le fardeau d’un vaste empire. La religion lui inspira cette bravoure qu’il fit paraître dans les combats, au point que son nom était devenu la terreur des ennemis, comme ses vertus et sa sainteté faisaient alors l'admiration de l’Europe. Henri fut, sans contredit, le premier monarque de son temps et un des plus grands princes qui aient occupé le trône de l’empire d'Allemagne. Il était l'ennemi du luxe et des dépenses inutiles, et détestait les flatteurs. Lorsque quelque malheur venait affliger ses sujets, il montrait combien il en était touché par l’empressement qu’il mettait à y porter remède. Il n’était jamais plus heureux que quand on lui annonçait que la paix et la tranquillité régnaient partout et que ses peuples étaient exacts à leurs devoirs de religion.

11 peut passer en quelque sorte pour un Apôtre, à l’égard de la Hongrie. Ces peuples avaient été infidèles jusqu'alors ; ce fut lui qui leur fit embrasser la foi catholique. Pour venir plus facilement à bout de ce dessein, ïl donna pour femme à Etienne, leur roi, la princesse Giselle, sa sœur, afin que, selon le précepte de l’Apôtre, le mari infidèle fût sanctifié par la femme fidèle. Ensuite, ce roi fut baptisé, et tout son royaume, à son exemple, reçut la parole de vie; et ainsi, par une surprenante nouveauté, ce peuple eut des rois pour apôtres et évangélistes.

L'union de ces deux princes, dans l4 fonction de l’apostolat, est une grande gloire pour l'Eglise ; et l’on doit bien révérer leur sainteté, puisque Dieu s’en est servi pour sanctifier tant d’âmes et leur faire gagner le ciel. Ce roi de Hongrie fut si fervent dans la piété, et fit, jusqu’à la fin de sa vie, tant de bonnes œuvres qu’il a mérité de faire de grands miracles durant sa vie et après sa mort, et que l'Eglise le reconnaît pour un de ses plus glorieux Confesseurs.

Lorsque saint Henri eut fait tant d'actions éclatantes, répandu de tous côtés la réputation de sa vertu, Dieu le voulut appeler à lui pour lui donner une couronne immortelle. Lorsqu'il sentit approcher le jour de sa mort, il ft encore deux choses dignes de remarque : il donna un bon successeur à l'empire, qui fut Conrad, duc de Worms; il répara avantageusement le soupçon qu’il avait autrefois conçu contre la pureté de l’impératrice Cunégonde. Pour cet effet, il fit appeler les parents de cette bienheureuse princesse et quelques princes de sa cour, et, la prenant par la main, il la leur recommanda par ces paroles : « Voici celle que vous tous, après Jésus- Christ, m'avez donnée pour femme ; sachez que, comme je l’ai reçue vierge, je la remets vierge entre ses mains et entre les vôtres ».

Ce saint empereur mourut le 14 juillet 1024, âgé de cinquante-deux ans, la vingt-quatrième année de son règne et la onzième de son empire. Il fut enterré avec des honneurs extraordinaires à Bamberg, dans l’église des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, où Dieu fit voir, par

plusieurs miracles, quelle était la gloire dont il jouissait dans le ciel.

Bruno, évêque d’Augshourg, son frère, entreprit de ruiner l'évêché de Bamberg, que notre Saint avait tant aimé. Pour en venir à bout, il promit à Giselle, reine de Hongrie, leur sœur, de donner tout le bien qu’il avait de patrimoine au prince Henri, son fils, si elle voulait l’assister dans ce dessein. sacrilége. On convint du jour et du lieu de l’assemblée pour le mettre à exéculion ; mais la nuit précédente, saint Henri, lui apparaissant avec un. visage à moitié défiguré, le remplit de terreur et le fit frémir. Bruno, se remettant un peu, lui demanda qui pouvait avoir été assez hardi pour le traiter de la sorte ; il répondit : « C’est vous-même qui l’avez fait, lorsque vous avez entrepris de me dépouiller, moi et les Saints, des biens que j'ai donnés à l’église de Bamberg. Ne soyez pas assez téméraire pour persister dans cette résolution, si vous ne voulez en être châtié avec la dernière sévérité ». Bruno se réveilla à ces paroles avec un grand tremblement de tout son corps, et son cœur fut tellement changé, qu'après avoir confessé son péché publiquement, il se désista de son entreprise.

Il y a tant de miracles de saint Henri, comme des possédés délivrés, des paralytiques guéris et des aveugles qui ont recouvré la vue, qu’il serait trop long d’en faire ici le détail. Un chanoine de l’église de Bamberg, nommé Lupold, ayant douté de ces prodiges, et en même temps de la sainteté du bienheureux Confesseur, devint aveugle à l'instant même. Il eut recours à saint Wolfgang, pour lequel il avait beaucoup de dévotion, afin d’être guéri, mais le Saint, lui apparaissant, lui dit : «Priez Henri, confesseur de Jésus- Christ, et il vous fera recouvrer la vue: car vous ne l’avez perdue que pour avoir douté de sa sainteté ». Lorsqu'il fut éveillé, il conçut un grand regret de son péché et alla au tombeau du Saint, où, prosterné contre terre et fondant en larmes, il demanda pardon de sa faute. Il fut exaucé à l’heure même, et, ses yeux s'étant ouverts, il rendit grâces à Dieu et à saint Henri, empereur.

Notre-Seigneur, faisant voir par des preuves si certaines, et qui augmeniaient tous les jours, quelle était la sainteté de ce glorieux Confesseur, des envoyés de l’église de Bamberg allèrent à Rome avec des lettres de l’empereur Conrad et des princes de l’empire, pour informer le pape Eugène et la cour romaine des merveilles que Dieu opérait par son intercession. Le Pape et les cardinaux en conçurent une joie extrême, et s’appliquèrent avec grand soin à l'affaire de sa canonisation. Un cardinal, néanmoins, s’y opposa avec Chaleur, et, oubliant toute crainte de Dieu, il n’eut pas même honte de noircir, par ses discours, la réputation du saint Confesseur. Mais il ne tarda guère à sentir l'effet de la vengeance divine ; il devint aussitôt aveugle : ce qui l’étonna et l’humilia de telle sorte que, se trouvant bourrelé des remords de sa conscience, il avoua publiquementque, par sa faute, il avait bien mérité un tel châtiment : autant il tâächait auparavant de déchirer ce grand Saint par sa médisance, autant il publiait ensuite ses louanges et son mérite. Ce changement de son cœur et sa pénitence furent promptement suivis du pardon : comme Dieu, par un juste jugement, lui avait fait perdre la vue pour venger l’honneur de saint Henri, il voulut aussi Ja lui rendre par son intercession. Saint Henri fut canonisé le 44 mars 1152, par le pape Eugène III. On célèbre sa fête le 15 juillet. Il est patron du diocèse de Bale, où son office est du rit double de première classe avec Octave. sa mémoire fut en grande vénération dans la cathédrale de Strasbourg, où les chanoines inscrivirent son nom dans le nécrologe, parmi ceux des bienfaiicurs de cette église.

Il est représenté, à Bamberg, avec sainte Cunégonde, portant ensemble le modèle de la cathédrale, narce qu’ils en sont les fondateurs en commun. — On voyait autrefois, à l’entrée du cloître de Saint-Vannes, à Verdun, un tableau où il.était représenté quittant le sceptre et la couronne, et demandant l’habit monastique au saint abbé Richard. L'abbé, lui ayant fait promettre obéissance, lui ordonna de reprendre le gouvernement de l'empire; sur quoi on composa un dystique dont le sensrevint à ceci : « L'empereur est venuici pour vivre dans l’obéissance, et il pratique cette vertu en régnant ». — On lui donne aussi pour attribut, soit un globe impérial avec une croix; soit un lis, emblème de son amour pour la chasteté; soit une discipline, indiquant ses mortifications ; quelquefois une chemise de mailles de fer sur le corps et une palme. — On peut aussi Le représenter au moment où il vient visiter l’abbaye du Mont-Cassin. — On le voit encore entouré de personnes à genoux à qui il accorde la vie sauve après le siége d’une ville ; quelquefois, assis dans le ciel, tenant une petite église et son sceptre.

Cette vie a été principalement tirée d'un manuscrit de la bibliothèque du monastère de Windeberg, en

Bavière, rapportée par Canisius dans son sixième tome, et par Surius en ce jour; nous l'avons complétée avec l'Æistoire des Saints d'Alsace, par l'abbé Hunckler.

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