‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 135 sur 229 · LA BIENHEUREUSE ANGELINE DE MARSCIANO, VEUVE · texte numérisé non relu

LA BIENHEUREUSE ANGELINE DE MARSCIANO, VEUVE

elle fit une ardente prière, et après avoir donné un peu d'espoir à la mère, elle lui recommanda de ne point laisser enterrer son fils avant le lendemain, et, dans cet intervalle, de s’approcher de la Table sainte ; elle-même reçut la communion, après quoi elle se rendit de nouveau à la chambre mortuaire. Là, après un instant de suprême recueillement, elle ordonna tout à coup au jeune homme de se lever, et au même moment il se leva comme au sortir d’un profond sommeil, à la grande admiration des assistants et à la suprême joie de la mère. Ce miracle fut bientôt connu dans toute la ville de Naples où Angeline fut entourée du respect universel ; son humilité, qui en souffrait, la fit aussitôt quitter la ville. Ainsi s’accomplissent les desseins de Dieu : une femme qui avait été appelée dans la ville sous le coup des accusations les plus graves, la quittait quelques jours après honorée des marques de l’estime et de l’admiration de tous ; et, sur le point de perdre la vie, c’était elle, au contraire, qui arrachait à la mort une de ses victimes.

Elle reprit le chemin de Civitella, continuant partout sur son passage la pieuse propagande qu’elle avait entreprise dans les Abruzzes. De retour dans sa ville natale, elle se dévoua plus que jamais à l'éducation des jeunes filles qui venaient en foule prendre ses conseils et se décidaient souvent à abandonner les joies du monde pour la règle du cloître. Le même intérêt mondain qui l’avait déjà fait poursuivre devant le roi, souleva bientôt contre elle de nouvelles tempêtes. Les parents des jeunes filles qu’elle instruisait, des familles nobles et puissantes aveuglées sur l'intérêt de ces enfants, se plaignirent plus amèrement que jamais des actes de cette sainte femme. Les plaintes allèrent de nouveau jusqu’au roi qui, obsédé de pareilles instances sans cesse renouvelées, se laissa arracher l’ordre d’exiler Angeline avec ses fidèles adeptes. Celle-ci supporta courageusement cette persécution nouvelle ; sa voix trop faible devant le concert des accusations portées contre elle dut se réduire au silence ; elle rassembla ses compagnes autour d’elle et vendit tous ses biens dont elle distribua une partie aux pauvres, réservant l’autre pour les frais de son voyage. Mais où allait-elle porter ses pas ? qui la guiderait dans une région plus hospitalière ? Selon son habitude, elle s’en remit à Dieu, qu’elle pria ardemment de lui faire connaître sa volonté. Au milieu d’une fervente prière, elle entendit une voix qui lui ordonna de se rendre à Assise pour aller gagner les grandes indulgences à abbaye de la Portiuncule. Elle quitta donc Civitella, au grand regret des âmes pieuses qu’elle édifiait par son exemple. Elle alla dire adieu à son père, qui l’entretint longuement avant de la quitter, essayant de la retenir auprès de lui; mais il n’y réussit pas: Dieu lui avait montré le chemin, elle devait le suivre. Partout sur son passage, dans les villages et dans les villes, elle s’arrêtait un instant avec sa petite troupe pour y faire quelque bonne action et répandre dans les âmes pieuses le parfum de ses grandes vertus. Elle arriva enfin à Assise, en 1395, et y reçut de la part de tous le plus touchant accueil. Après y avoir visité les églises et les couvents de Saint- François et de Sainte-Claire, elle se rendit le 1% août à la célèbre abbaye de la Portiuncule, où elle pria pendant plusieurs jours pour son prochain, pour ceux qui l’avaient exilée et surtout pour les compagnes fidèles qui l’avaient suivie. Elle demanda de nouveau au Seigneur ce qu’elle devait faire, et dans une sainte extase, un ange lui révéla qu’elle devait se rendre à Foligno pour y fonder un couvent de l'Ordre de Saint-François.

On la vit donc se remettre courageusement en route jusqu’à Foligno où elle visita l’église de Saint-Félicien, patron de la ville. Après avoir imploré

avec ferveur sa protection et son aide pour l’œuvre qu'elle devait entreprendre, elle se rendit chez l’évêque de la ville et obtint de lui la concession d’un grand espace de terre pour y bâtir un couvent en l’honneur de sainte Anne, qui était la patronne de sa mère, et, en 1397, elle prononça ses vœux entre les mains du prélat avec sept de ses compagnes. À partir de ce moment le nombre des religieuses augmenta rapidement, et sur la fin de l’année on n’en comptait pas moins de trente, de Foligno ou des villes voisines. Etonnés de la prospérité chaque jour croissante de cette institution, ies autorités de la ville purent bientôt craindre que la place ne vint à manquer pour les nouvelles adeptes ; aussi elles firent bâtir un autre couvent sous la protection de sainte Agnès, non loin du premier, qui eut pour supérieure la bienheureuse Marguerite de Foligno. Ce pieux exemple porta ses fruits ; en peu d'années on vit des couvents semblables s’élever à Viterbe, à Assise, à Todi, à Ascoli, à Rieti et à Florence ; ce dernier ne contenait pas moins de cent religieuses. En 1405, Angeline alla fonder un monastère du Tiers Ordre à Naples, où une foule de jeunes filles prirent bientôt l’habit. Elle revint à Foligno en 1493 et envoya deux de ses sœurs à Rome, pour y créer un nouveau couvent sur le mont Citorio. Deux autres couvents y furent encore établis, quelques années après, par les soins d’Angeline. Sur ses instances, le pape Boniface IX avait décidé que son consistoire nommerait tous les trois ans une abbesse générale qui irait visiter tous les couventis et donner l’habit aux professes. Ce fut Angeline elle-même qui occupa la première ce poste, où ses occupations étaient si nombreuses et si diverses qu’elle dut se faire aider, avec l’assentiment du pape Martin V. Par suite d’autres dispositions, la dignité d’abbesse générale fut supprimée plus tard par le pape Paul H.

Ainsi, tous ces couvents avaient été fondés par Angeline elle-même ou par des compagnes qu'elle avait déléguées à cet effet. Grâce à son zèle, ils avaient prospéré et grandi. Quoique issue d’un sang illustre et l’une des plus puissantes comtesses du royaume, elle ne voulait jamais entendre parler de sa noblesse, travaillait comme la plus humble de ses sœurs et partageait avec elles les plus humbles offices. Souvent elle les servait elle-même; dans le jeûne et dans la pénitence, elle les surpassait toutes par ses austérités. Constamment en butte aux attaques du démon, elle les repoussait toujours victorieusement, quoique Dieu, pour l’éprouver et la rendre plus forte, permit que Satan la tourmentât de la façon la plus horrible.

Cependant la mort approchaïit pour elle ; une maladie grave vint la surprendre : elle rassembla toutes ses sœurs autour d’elle, leur recommanda avec instance la stricte observance de la Règle et leur donna sa bénédiction, qu’elle étendit à toutes ses sœurs absentes. Après avoir reçu les sacrements, elle tomba dans une douce extase, au milieu de laquelle les anges vinrent la prendre pour l'emmener devant le trône de Dieu. Ce fut le 25 décembre 1435, dans la cinquante-neuvième année de son âge. Son visage resta calme et pur comme si elle priait encore, et les plus doux parfums se répandirent dans toute sa cellule. Une foule innombrable vint contempler une dernière fois ses restes et se disputer les lambeaux de ses vêtements, si bien qu'il fallut défendre ses dépouilles mortelles contre les importunités de Vassistance. L’évêque lui-même, à la tête de la communauté, voulut conduire la vénérable défunte au lieu de sa sépulture. Sur la prière de la supérieure Marguerite, elle fut d’abord transportée en procession solennelle dans la chapelle du couvent, où toutes les sœurs furent admises à lui baiser la main. Un cercueil en bois de cyprès reçut alors sa dépouille, qui

fut confiée à la terre, après un dernier adieu et la bénédiction de l’évêque.

Le 29 mai de l’année 1453, dix-huit ans après sa mort, les murs de Ia chapelle du couvent de Saint-François, à Foligno, où elle reposait, parurent à tous les yeux dégouttants de sang ; les assistants, effrayés, supplièrent le Seigneur de leur épargner les malheurs que semblaient présager un événement aussi funeste. Mais l’année suivante Angeline apparut à plusieurs âmes pieuses, et leur dévoila que l’Europe courait un immense danger, car Constantinople, ce boulevard de l'Orient, allait tomber au pouvoir des Turcs, pour le plus grand malheur de la chrétienté, qui serait impuissante à conjurer le péril. Telle était la signification du suintement de sang sur les murs. L’évêque ordonna aussitôt des prières publiques; mais quelques jours après on connut qu’au moment même indiqué par Angeline, les Turcs s’étaient emparés de Constantinople.

CULTE ET RELIQUES

En 1492, le jour anniversaire de sa mort, elle apparut à un frère Mineur et lui ordonna de prévenir son supérieur ainsi que ses autres frères, qu'ils eussent à exhumer son corps et à le placer devant l'autel de leur chapelle; et pour donner plus de poids à cette révélation, elle le guérit de douleurs intolérables qui le clouaient sur son lit depuis trois mois. L’exhumation eut lieu avec une grande pompe, en présence de toutes les communautés de Foligno ; le corps fut placé devant l’autel supporté par un socle magnifique. La chapelle était ornée de draperies précieuses et tout enguirlandée de fleurs. Un riche habitant de la ville avait fait faire une châsse en cristal, qui reçut définitivement le corps. Cette châsse fut placée dans un cercueil en bois odorant et exposée à la vénération des fidèles. Le pape Léon XI approuva son culte Ie 5 mars 1825 et fixa sa fête au 15 juillet, jour où elle est honorée par tout l'Ordre des Frères Mineurs et par toutes les âmes pieuses de Foligno, de Florence et de Civitella.

Acta Sanctorum. — Cf. Wadding ; Godescard et ÆZistoire des ordres monastiques, par le P. Hélyot.

LE B. BERNARD DE BADE, CONFESSEUR, PATRON DE VIC, AU DIOCÈSE DE NANCY 4458. — Pape : Pie Il. — Roi de France : Charles VII, de Victorieuæ.

Verus humilis semper timet ne sibi aliqua gloria eæhibeatur, et cum sibi exhibita fuerit, expavescens medulliltus expavescelur.

L'homme vraiment humble redoute toujours qu’on lui rende quelque gloire, et quand elle se présente,

… il en est effrayé et contristé au fond du cœur.

Saint Albert le Grand.

Bernard, petit-fils de : Charles II, de Lorraine, et de la vertueuse Marguerite de Bavière, né vers l'an 1438, avait été, dit-on, fiancé à Madeleine, fille du roi de France, Charles. VIT ; mais, si brillante que fût celte alliance et si flatteuse qu’elle dût lui paraître, il y renonça pour s’adonner aux exercices de la piété chrétienne et vaquer uniquement aux affaires de son salut.

Toutefois, il crut ne pas devoir refuser les dignités de gouverneur de ia province d'Allemagne et de président impérial en Italie, que lui conféra Frédéric IV, bien qu’il n’eût encore que dix-huit ans.

Cet empereur le combla de biens, mais Bernard n’en usa que selon les maximes de la perfection évangélique. Il partagea sa fortune en trois portions égales dont la première fut pour les pauvres, la seconde pour les églises, et la troisième pour son entretien et celui de sa maison.

Outre les vertus morales qu’il possédait dans le plus éminent degré, comme la douceur, la modestie, l'humilité, la chasteté, la miséricorde et la justice, il avait un excellent esprit.

L'empereur ayant formé le projet de pacifier tous les princes et de réunir leurs forces contre les infidèles qui, peu de temps auparavant, s'étaient rendus maîtres de Constantinople, jeta les yeux sur Bernard de Bade pour cette importante mission et le fit son ambassadeur près des princes chrétiens.

Bernard commença ses voyages par la France, alla en Savoie, puis se dirigea vers Rome. Mais la mort le surprit à Montcallier, le 45 juillet 1458, plus chargé de mérites que de jours, n’ayant alors que dix-neuf ans. Il fut enterré au pied du grand autel] de l’église collégiale de cette ville.

Le pape Sixte IV, informé des miracles qui s’opéraient à son tombeau, fit procéder, dix ans après sa mort, à l'information de sa vie, et le béatifia l’année suivante 1469.

Georges de Bade, son frère, lui fit élever un autel dans l’église collégiale de Vic, où l’on voit encore sa statue, en habit de guerrier. On y célébra longtemps sa fête comme d’un Saint ; mais M. de Coislin (1697-1732), l’un des successeurs de Georges de Bade sur le siége de Metz, ordonna que l’on en userait désormais à Vic comme à Montcallier, c’est-à-dire que l’on se contenterait d’une invocation publique dans l’église, au jour de la fête du Bienheureux, qui se célèbre le 45 juillet. D’après Dom Calmet, on conservait, à Vic, l'épée du bon Bernard, un os de son corps et le voile dans lequel ses reliques avaient été longtemps enveloppées.

Les nombreux miracles opérés par son intercession attiraient autrefois à Vic, au pied de son image, une grande foule de pèlerins, Maintenant encore, les habitants de la Lorraine viennent s’agenouiller devant elle, dans l’église paroissiale de Vie, et faire célébrer le saint sacrifice en l'honneur du Bienheureux qu'elle représente.

« Par une sorte d'hommage rendu à l’humilité dont le bienheureux Bernard donna l'exemple pendant sa vie », ajoute M. Henri Lepage, archiviste de la Meurthe, « ceux qui vont l’invoquer à Vic sont persuadés que leurs vœux ne seront exaucés qu’à la condition de ne point parler de leur pèlerinage ni de la confiance qu’ils ont dans l’intercession de celui qu’ils vont invoquer ».

On le représente : 4° revêtu d’une armure, pour indiquer qu'il appartenait à la maison des margraves de Bade; cette cotte d'armes est souvent marquée de la croix pour rappeler qu'il s’occupait de former une ligue contre les Tures quand la mort le surprit à Montcallier; 2° tenant dans sa main un lis, symbole de la virginité.

Tiré de l’Aisloire des diocèses de Toul et de Nancy, par M. l'abbé Guillaume, chanoine de Nancy.

LE B. IGNACE D’AZEVEDO ET $SES COMPAGNONS, MARTYRS DANS L'ILE DE PALMA, UNE DES CANARIES 1570. — Pape : Pie V. — Roi de France : Charles IX.

Cum inciderit necessitas, ut discedere a Deo cogamur, nullus nos metus, nullus terror inflectat, quominus traditam nobis fidem custodiamus.

Quand le temps de l'épreuve survient et qu'on veut nous contraindre d'abandonner Dieu, ne nous laissons abattre, ni par la crainte, ni par la terreur, et n'abandonnons pas la foi qui nous à été transmise. Lactance.

Le bienheureux Ignace d’Azevedo naquit en 4527, à Porto, ville maritime du royaume de Portugal, d’une des plus nobles et des plus illustres familles du pays. Son père s'appelait Emmanuel d’Azevedo, et sa mère, Violanta Pereira. Ces pieux parents eurent à cœur de donner à leur enfant une éducation vraiment chrélienne qui développa en lui son heureux naturel et son inclination pour la piété. Il répondit admirablement aux soins de ses maîtres par ses progrès dans les sciences et dans la vertu. Son amour pour Dieu et sa dévotion envers la sainte Vierge se manifestèrent dès son bas âge. Il sut conserver intacte la sainte vertu de pureté par la pratique de la mortification et de la prière.

Son père, voyant sa sagesse et sa prudence, voulut lui confier l’administration des biens qu’il devait un jour posséder ; mais notre Bienheureux, dont les pensées étaient entièrement dégagées des choses de la terre, refusa les offres de son père, préférant donner tous ses soins à la grande affaire de sa vocation. Après avoir passé quelques jours au collége de Coïmbre, tenu par les Pères de la compagnie de Jésus, il sentit qu’il était appelé à la vie religieuse. Un établissement avantageux lui ayant été proposé par ses parents, il crut devoir ie décliner et faire connaître l'intention dans laquelle il était d'entrer dans la compagnie de Jésus. Son père et sa mère, après de vives instances pour le faire changer de résolution, le trouvant toujours inébranlable, finirent par lui donner leur consentement pour ne pas s’opposer plus longtemps à la volonté de Dieu !

Libre désormais de suivre son attrait, le bienheureux Ignace disposa en faveur des pauvres de tout ce qui lui appartenait, et une fois dépouillé de tout, il se rendit à Coïmbre, le 28 décembre 1548, et entra dans la compagnie de Jésus pour y faire son noviciat : il était alors dans sa vingtième année. Il s’appliqua avec ferveur à tous les exercices de la vie religieuse. Rien ne lui fut pénible dans les épreuves qu’on lui fit subir ; par humilité et par obéissance, il se soumettait à tout avec un égal empressement. Sesaustérités furent telles que sa santé en fut altérée.

Les premières épreuves du noviciat étant terminées, Ignace, sur l’ordre de ses supérieurs, s’appliqua à l'étude de la philosophie et de la théologie, où il fit en peu de temps des progrès rapides. Sur ces entrefaites, il obtint la permission de parcourir les campagnes et d’y annoncer les vérités du salut. Livré tout entier aux ardeurs de son zèle, il remuait si profondément

les cœurs par sa parole, que les larmes de tous les auditeurs répondaient à ses discours.

Ses vertus et son rare mérite lui ouvrirent de bonne heure les portes du sanctuaire, et il reçut l’ordre sacré de la prêtrise dès qu'il eut atteint l’âge prescrit par les canons. À cette époque, il fut désigné par saint Ignace de Loyola pour aller diriger le collége de Saint-Antoine, que la compagnie venait d'ouvrir à Lisbonne. Notre Bienheureux se montra digne de la confiance qu’on avait en lui. Son application, sa vigilance, sa douceur, lui attirèrent la confiance de tous. Après avoir rempli les devoirs de sa charge, il travaillait humblement de ses mains à tout ce que réclamait le service de la maison, montrant ainsi le premier l'exemple de l’humilité et de l’obéissance à la règle. Supérieur attentif à tous les besoins de ses inférieurs, il avait pour eux une sollicitude paternelle, cherchant par tous les moyens à adoucir leurs privations.

Les devoirs de sa charge ne suffisant pas à son zèle, il allait partout où le bien des âmes le réclamait; c’est ainsi qu'on le vit parcourir les prisons, les hôpitaux, pour y porter les lumières et les consolations de la charité. I se faisait tout à tous, s’asseyant au chevet des malades, se constituant leur infirmier, les visitant chaque jour, et pansant lui-même leurs plaies. Au milieu des travaux et des fatigues que sa charité lui imposait, il ajoutait les veilles, les jeûmes, la discipline.

Sur ces entrefaites, Ignace fut envoyé en Portugal pour remplacer le Père provincial qui s'était remdu à Rome pour l'élection du successeur de saint Ignace. Il laissa partout sur son passage un souvenir durable de son zèle et de ses rares vertus. Après avoir rempli ces fonctions importantes, il revint au collége de Coïmbre pour y terminer ses études théologiques, et entra ensuite à la maison professe de Lisbonne, d’où il fut tiré par l’ordre de ses supérieurs, à la demande du vénérable Barthélemy des Martyrs, archevêque de Braga, en Portugal, qui voulait l'avoir pour l'accompagner dans la visite qu'il allait faire de som vaste diocèse. Il partit done pour cette ville avec le Père Gomez, et ils furent reçus avec beaucoup de joie par le pieux archevêque. La visite du diocèse leur causa de grandes fatigues qu'augmentait encore la vie pauvre et morlifiée qu'ils memaient ; mais äls eurent la consolation de contribuer à produire des fruits abondants de salut par leurs saintes instructions et les grands exemples de leurs vertus et de leur charité.

Quand ils furent de retour à Braga, le bienheureux Ignace se disposa à retourner à Lisbonne ; mais le pieux archevêque, voulant fonder dans sa ville un collége de la compagnie de Jésus, le retint près de lui:et le nomma supérieur du nouvel établissement. Le saint religieux montra danssa charge la même prudence, la même douceur et la même charité qu’au collége de Coïmbre ; il y fit de plus éclater les merveilles de son zèle, de sa sainteté et de son humilité. Il se livrait aux derniers emplois, servait à la cuisine, gardait la porte, balayait la maison, et son autorité ne souffrait point de ce qui le confondait ainsi avec ses moindresinférieurs. Elle tiraït, au contraire, un nouvel éclat de ces humbles pratiques, qui ajoutaient au rang de supérieur les qualités d’un saint. 11 savait dérober du temps à ses occupations ordinaires pour aller annoncer la parole de Dieu, «et les conversions étonnantes qu'il fit prouvèrent les bénédictions que le Seigneur attachait à ses prédications. L’estime générale dont il jouissait alarma son humilité, et pour échapper aux témoignages de vénération dont il était l’objet et qu'il me croyait pas mériter, il écrivit au général de la compagnie, le priant de

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