‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 152 sur 229 · LE B. MILON, ÉVÉQUE DE THÉROUANNE · texte numérisé non relu

LE B. MILON, ÉVÉQUE DE THÉROUANNE

4158. — Pape : Adrien IV. — Roi de France : Saint Louis,

Ille qui justitiæ zelo semper est accensus, qui veritatem ubique zelat, qui sapientiæ fervet studiüs, amore Christi compungitur. :

Celui qui est toujours enflammé du zèle, de la justice, qui a le zèle de la vérité, qui recherche avec ardeur la sagesse, voilà le chrétien pénétré de l'amour du Christ. S. Bernard, serm. xx sup. Cant.

Issu de la noble maison de Selincourt, en Picardie, le bienheureux Milon devint prêtre du diocèse de Thérouanne et exerçait, en 1113, les fonctions curiales dans la modeste paroisse de Verchin, près de Furges. Il se retira, peu de temps après, dans un ermitage que s'était formé saint Josse, dans un lieu appelé Runiac, situé à peu de distance de la rivière d’Authie, dans la commune actuelle de Tortefontaine. Là, il se livrait avec quelques reclus aux saintes rigueurs de la pénitence, lorsqu'il résolut de se rendre auprès de saint Norbert, à Prémontré, pour étudier la règle de son Institut, Il s’unit aux disciples de l’illustre fondateur, prit avec eux l’habit religieux et fit profession selon la règle de Saint-Augustin, la veille de Noël 4419.

En 1120, il revint dans sa retraite de Runiac ou plutôt de Saint-Josseaux-Bois, Car elle avait pris ce nom du saint qui l’avait primitivement habitée ; et conformément aux instructions données par saint Norbert, il engagea les ermites qu’il y avait laissés à embrasser la règle de Prémontré. Ceux-ei accueillirent la proposition et Milon devint leur premier abbé.

L’éminente sainteté de saint Norbert, dont on se rappelait encore le passage et les prédications dans ces contrées, la vertu admirable de son nouveau disciple Milon, déterminèrent beaucoup de seigneurs à favoriser l'établissement qu’il fondait à Saint-Josse-aux-Bois. Beaucoup d’entre eux firent des donations qu’approuva l’archevêque de Reims, et lui-même accorda aux religieux le droit d’élire librement leurs abbés. Le bienheureux Milon se réjouissait beaucoup de ces bénédictions multipliées que le ciel répandait sur son œuvre. Outre une église qu’il bâtit pour ses religieux, dont le nombre augmentait de jour en jour, il fit encore construire, dans un quartier séparé, comme un second monastère pour les religieuses. Pendant dix ans il imprima à cette communauté naissante une sage direction et lui inspira les sentiments dont il était animé lui-même. Son rare mérite n'avait pu échapper au clergé et à beaucoup d'habitants du pays; aussi presque toutes les voix se prononcèrent-elles en sa faveur, quand il fallut, en 4130, remplacer le saint évêque de Thérouanne, Jean de Warneton, qui venait de mourir. L’intrigue avait déjà porté sur ce siége important, Baudouin, frère de Thierry d'Alsace, comte de Flandre, et ce jeune chanoïne, sans expérience et sans vocation, avait déjà accumulé les imprudences en prenant en main la direction des affaires de ce diocèse. Une assemblée régulière, convoquée par l’archevêque de Reims et les évêques de la province, mit fin à cette intrusion et donna à l’église de Thérouanne un pasteur selon le cœur de Dieu. L'élection de Milon ayant été confirmée par le pape

VIES DES SAINTS. — Tome VII. 24

Innocent II, l’archevêque donna l’onction au nouveau pontife, le 15 f6vrier 1131.

Tout l’épiscopat du bienheureux Milon fut consacré au développement de la piété dans les âmes et à la fondation des églises et des monastères. C'était, à cette époque surtout, le plus important des besoins et la plus populaire des institutions. C’est aussi par leur dévouement à cette œuvre que se distinguaient les prélats les plus zélés et les plus vertueux.

À peine en possession de son siége épiscopal, Milon songea à doter la ville de Thérouanne d’une maison de l’Ordre de Prémontré. Il choisit pour cela l'emplacement d’un ancien couvent ruiné durant les invasions normandes. Il y appela des religieux de la communauté de Saint-Pierre-les- Selincourt, vulgairement connue sous le nom de Sainte-Larme. Cette maison prit pour patron saint Augustin, et Milon lui fit des donations qui furent confirmées par le pape Eugène III. Dans les années suivantes, il contribua encore à la fondation du monastère de Notre-Dame-de-Licques, non loin du détroit du Pas-de-Calais, à celle des chanoines réguliers de la congrégation d’Arrouaise, dans l’abbaye de Saint-Wulmer de Boulogne.

Le saint évêque vit encore s’établir, sur un autre point de son diocèse, l’abbaye de Beaulieu dans le Boulonnais, fondée par Eustache dit le Vieux, seigneur de Fiennes et l’un des compagnons de Godefroi de Bouillon en Palestine. Parmi les autres fondations que signalent encore les monuments anciens, on peut rappeler le nouvel établissement des religieux du château de Choques, dont l’église et les bâtiments avaient été détruits durant la guerre. Le Re Milon leur procura un terrain en dehors du bourg de Choques, près de la Clarence. Ils s’y perpétuèrent jusqu’en 1792. Le zèle et l'exemple du saint évêque de Thérouanne contribuèrent beaucoup à augmenter le nombre des églises ou maisons religieuses, en déterminant de puissants seigneurs à en bâtir aussi sur leurs terres. Entre les diverses consécrations rapportées dans les auteurs, la plus remarquable est celle de l’église cathédrale de Thérouanne, qui eut lieu en 1133. Ce monument ayant beaucoup souffert depuis plusieurs années, Milon le fit-réparer et le pourvut d’ornements. Au milieu de la multitude, accourue de toutes parts pour assister à cette cérémonie, on remarquait les châsses renfermant les reliques de saint Omer, de saint Bertin, de saint Folquin, de saint Erkembode et de saint Winnoc, apôtres de ce diocèse.

À ces consolations multipliées que goûtait le saint évêque dans l’accomplissement des devoirs de son ministère, venaient aussi se joindre parfois de justes sujets d’affliction. Si des seigneurs le réjouissaient par les témoignages de leur piété, d’autres l’affligeaient sensiblement par leurs violences et leurs crimes. Ce fut surtout de l’avoué de sa ville épiscopale qu’il eut le plus à souffrir. Cet homme, nommé Arnoul, qui, par la nature de ses fonctions, devait protéger l’évêque et le clergé, n’usa au contraire de son autorité que pour faire peser sur eux la plus cruelle oppression. Il avait construit sur la voie romaine, ou route de Tournehem, un château qui dominait la ville, et se servait de cette forteresse pour s’y retrancher, inquiéter l’évêque, son chapitre et toute la population. Milon se vit forcé d’implorer les services du comte de Flandre, pour soumettre ce turbulent voisin. Thierry d'Alsace leva des troupes, vint assiéger ce fort, le prit d’assaut et le fit raser jusqu'aux fondations. Le Pape intervint dans cette affaire et lança des anathèmes contre l’avoué Arnoul : de plus, dans une assemblée du clérgé et de la noblesse, il fut réglé que nul ne pourrait, à l'avenir, construire aucun fort, non- seulement dans l’enceinte de Thé-

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