LE BIENHEUREUX MILON, ÉVÊQUE DE TIHÉROUANNE
rouanne, mais même à moins d’une lieue de cette place. Voici comment Milon raconte les excès auxquels se livrait cet avoué. « Il venait », dit-il, « à main armée violer nos demeures, briser les portes du temple, répandre le sang dans le lieu saint, incendier nos granges et les maisons de nos chanoines. Sommé de paraître devant nous pour donner satisfaction de tous ces torts, il refusa jusqu’à trois fois, et nous avons alors prononcé un jugement canonique ».
La science du bienheureux Milon ne le rendit pas moins remarquable que son zèle et sa vertu. Il était considéré comme une des lumières de son temps, et plusieurs fois on eut recours à ses conseils pour des affaires trèsimportantes. Les auteurs signalent sa présence au Concile tenu à Reims en 4148, sous la présidence du pape Eugène III. Dans cette assemblée on fit dix-huit canons sur la discipline ecclésiastique, et l’on traita incidemment de l’affaire de Gilbert de la Poirée, évêque de Poitiers, suscitée par un écrit qu'il avait publié sur la substance divine. Les Prélats réunis, et parmi lesquels se trouvaient saint Bernard et Suger, abbé de Saint-Denis, rédigèrent un symbole et députèrent trois d’entre eux pour le présenter au Pape. Ces députés furent Milon, Suger et l’évêque d'Auxerre.
Tels sont les faits principaux qu’on remarque dans la vie de l’évêque Milon. Le Père Longueval, dans son Yistoire de l'Eglise gallicane, liv. xxvr, cite une lettre adressée à ce Prélat par Pierre le Vénérable, abbé du monastère de Cluny. Il s’y plaint de ce que Milon ne rend pas justice dans ses discours à la régularité de ses religieux et qu’il les juge avec une sévérité excessive. Peut-être le bienheureux Milon, dont tous les désirs tendaient à l'accroissement de l'Ordre des Prémontrés, avait-il exprimé d’une manière trop générale le mécontentement que lui avait inspiré la conduite de quelqu’une des abbayes de Cisterciens qu’on rencontrait dans son diocèse.
Entre les sages règlements que porta le vénérable évêque de Thérouanne pendant son administration, on signale ceux qui ont rapport aux mariages, à la transmission des fiefs, aux droits des Eglises et à ceux des communes récemment affranchies. Il prit ces dernières dispositions de concert avec le comte de Flandre, Thierry d'Alsace. Le sage Prélat sut allier aux devoirs de l’épiscopat ceux de la profession religieuse dont il conserva l’esprit jusqu’au dernier jour de sa vie. Sa vertu la plus remarquable était l'humilité, comme l'indique cette parole de plusieurs auteurs : /n Norberto fides, in Bernardo charitas, in Milone humilitas : « La foi de Norbert, la charité de Bernard, l'humilité de Milon ».
D’après les auteurs du Gallia Christiana, le bienheureux Milon mourut le 46 juillet 41158. « On lit dans ses actes », dit le Père Malbrancq, « qu’une femme, aveugle depuis quatre ans, a recouvré la vue près de son tombeau ». Baronius a loué la science de ce saint évêque, et du Saussay fait mention de lui dans son martyrologe gallican. Raïssius en parle aussi au 16 juillet dans son Auctarium ad natales Sanctorum Belgu. L'église de Thérouanne et l'Ordre de Prémontré lui ont décerné le titre de Bienheureux.
Nous avons emprunté cette biographie à la Vie des Saints de Cambrai et d'Arras, par l'abbé Destombes. — Cf. Légendaire de Morinie,
LE TRIOMPHE DE LA SAIN TE CROIX EN ESPAGNE 1212, — Pape : Innocent III. — Roi de Castille : Alphonse IX.
Cruz Christi incredulis scandalum est, credentibus vero salus.
La croix de Jésus-Christ est le scandale des incré= dules et le salut des croyants.
S. Ignat. mart., Ep. xiv ad Ephes.
Bien que cette solennité du Triomphe de la sainte Croix soit particulière au royaume d’Espagne, nous la rapporterons ici comme un souvenir cher aux armes chrétiennes.
Entre les glorieuses victoires que le Dieu tout-puissant nous a données contre les infidèles, il n’y en a pas de plus illustre que celle qui fut remportée par Alphonse IX, roi de Castille et fils du roi Don Sanche, avec l’aide des rois de Navarre et d'Aragon, sur une armée innombrable de Maures. Nous en tirons le récit de l’histoire de Rodrigue Ximenès, archevêque de Tolède, qui assistait à cette bataille tout auprès du roi, et de la lettre quele roi Alphonse écrivit au pape innocent III, pour lui raconter cet événement.
Le roi don Alphonse, embrasé de la gloire de Dieu et du désir de propager son culte, irrité de l’insolence des Maures qu’accroissaient leurs nombreuses victoires, résolu de venger les injures continuelles que ces furieux faisaient au nom chrétien, consulta les prélats et les grands de son royaume, et, après avoir reçu leur avis et leur consentement, comptant sur la Bonté divine toujours propice à ceux qui l’invoquent avec foi, sur le secours des rois voisins et des autres princes chrétiens ses alliés, il forma le généreux dessein de faire un dernier et suprême effort contre la puissance du Croissant. C’est pourquoi il envoya d’abord à Rome, puis en France et en Allemagne, l’archevêque de Tolède, Rodrigue Ximenès, homme très-docte et d’une grande autorité, pour supplier le pape Innocent IIT d'accorder la croix militaire à tous ceux qui prendraient les armes, et de les faire jouir des mêmes indulgences et priviléges que pour les croisades de Terre Sainte, ce qu’il fit volontiers.
Par les soins de l’archevêque, le bruit de cette expédition se répandit rapidement dans toute la chrétienté. On sut que le roi de Maroc menaçait de nouveau de porter la ruine et la mort dans l’empire da la Croix. On accourut de tous les côtés pour prendre part à la croisade, et le nombre des soldats du Christ fut si grand, qu’on ne put les loger dans la ville de Tolède et qu'ils furent obligés de camper sous des tentes au bord du Tage. Il en vint de la France et de l'Italie, parmi lesquels on remarquait beaucoup de prélats et de princes qui s’étaient dévoués pour cette guerre sainte. Jamais l'Espagne n'avait vu dans ses plaines une si puissante armée.
Les troupes partirent de Tolède au mois de mai de l’an 4242. On eut à surmonter d’abord de grandes difficultés, parce que le roi maure avait eu le soin de fortifier tous les passages des montagnes, et de couper les routes de larges fossés qui barraïient le chemin à la cavalerie ; mais, aidée du secours de Dieu, l'armée franchit tous ces obstacles. On prit même quelques villes, au nombre desquelles était Calatrava. Malheureusement la division se mit dans le camp