Voir la vie de suiut Sinon
les marques de leur dépendance, la livrée de leur Souveraine; ils annoncent publiquement qu’ils sont à Marie, qu'ils lui appartiennent, qu’ils veulent non-seulement l’honorer et la respecter, mais vivre et mourir avec cet habit céleste, selon l’expression de la Sacrée Congrégation.
La fin que se proposent les confrères, c’est de se mettre sous la plus puissante de toutesles protections qu’on puisse espérer auprès de Jésus-Christ, c’està-dire sous la protection de Marie, et de participer, d’un côté, aux bienfaits sans nombre que les souverains Pontifes, en considération de cette Vierge sainte, ont répandus à pleines mains sur la Confrérie du Scapulaire; de l’autre, à ces grâces spéciales, souvent miraculeuses, dont le Scapulaire est une source féconde et abondante, et qui si souvent assurent le salut.
Il n’en est pas de cette pieuse association comme de plusieurs autres, qui forment dans l'Eglise des corps séparés, qui ont leurs assemblées, leurs statuts, leur règlement à part. Les confrères du Scapulaire ne sont liés entre eux que par une dévotion tendre envers la très-sainte Vierge, dont ils ont l’avantage de porter l’habit.
Les obligations de la Confrérie du Saint-Scapulaire se réduisent à trois principales : 4° recevoir le Scapulaire, avec les cérémonies accoutumées, de la main d’un religieux Carme ou d’un autre prêtre dûment autorisé ; 2° le porter continuellement en scapulaire, c’est-à-dire une partie pendant sur le dos, et l’autre sur la poitrine ; 3° donner son nom pour être inscrit sur le registre de la Confrérie.
Telles sont les obligations qu’impose le Scapulaire, et par conséquent de la Confrérie qui en porte le nom.
Le saint Scapulaire est un don du ciel et un présent de la sainte Vierge; semblable à l’ange dont parle saint Jean dans l’Apocalypse, un confrère répand sans cesse, devant le trône de Dieu, la suave odeur des vertus du Carmel. Il exprime dans sa personne le zèle du prophète Elie, la charité du grand Elisée, la religion d’un saint Cyrille, la patience d’un sant Anastase, l'intrépidité d’un saint Ange, la justice d’un saint Albert, la ferveur d’un Pierre-Thomas, la vigilance d’un saint André Corsini, les abnégations d’un Jean de la Croix, les élévations d’une sainte Thérèse, les abandons d’une Madeleine de Pazzi.
Nous savons que quelques écrivains ont cherché à mettre en doute l’origine du scapulaire ; mais comme nous la trouvons rapportée dans plusieurs Bulles des Papes et dans une infinité d'auteurs très-savants et très-judicieux, que la multitude innombrable des miracles qui se sont faits et qui se font tous. les jours par la vertu du Scapulaire, semble le justifier suffisamment, et qu’elle est même contenue dass les leçons de l'office de cette fête, qui est approuvé par le Saint-Siége et par la sainte Congrégation, et dont le pape Clément X, d’heureuse mémoire, a permis la récitation à tous les ecclésiastiques et à toutes les communautés séculières et régulières de l’un et de l’autre sexe, dans les pays dépendant du roi d’Espagne, par une Bulle datée du 21 novembre de l’an 1674; nous croyons que nous ne pouvons errer en la proposant, non pas comme une vérité de foi et d’une certitude indubitable, mais comme une chose que l’on doit recevoir avec respect et croire pieusement, suivant la doctrine du savant et religieux Jean Gerson, chancelier de l’Université de Paris, qui, dans un traité des vérités qu’il faut croire de nécessité de salut, dit que, pour les vies et les miracles des Saints et les visions des personnes dévotes, qui ne sont point contraires aux règles de la foi et sont rapportées par de graves auteurs, il les faut croire pieusement : « Car l'Eglise », ajoute-t-il, « les reçoit et permet de les lire, non pas
comme déterminant qu’il les faille croire de nécessité de salut, mais parce qu’elles sont propres à instruire les fidèles et à faire naître dans leur cœur de saintes affections et des mouvements d’une véritable piété ».
Les souverains Pontifes Jean XXII, Alexandre V, Clément VII, Paul II, Grégoire XIII, Paul V et Innocent XI, etc., ont établi, approuvé ou confirmé la Confrérie du Saint-Scapulaire, qui est maintenant une dévotion très-célèbre dans l'église, et lui ont accordé des indulgences fort considérables.
Voici les principales accordées par divers souverains Pontifes, et en particulier par Paul V, Bulle Cum certas, du 30 octobre 1606.
Indulgences plénières : 1° Le jour de la réception du saint habit. (Confession, communion, prière aux intentions de notre Saint-Père le Pape.)
2° Le jour de Notre-Dame du Carmel, 16 juillet, ou le dimanche qui suit.
Benoît XIV a étendu la faculté de gagner cette indulgence à tous les jours de l’Octave. (Mêmes conditions.)
La fête de Notre-Dame du Carmel peut être célébrée le dimanche dans l’'Octave, ou même, s’il est nécessaire, un autre dimanche de juillet, et avec la procession.
3° A l’article de la mort.
4° Par deux autres Bulles de Paul V, l’une du 3 août 1609, et l’autre du 19 juillet 1614. Indulgence plénière pour tous ceux qui assistent à la procession que font les membres de la Confrérie, un dimanche de chaque mois, avec la permission de l’évêque. (Confession, communion, prières d'usage.) On dit : pour ceux qui assistent à la procession ; la présence dans l’église ne suffirait pas.
Ceux qui ne peuvent point assister à la procession peuvent gagner l’indulgence, en communiant et visitant ce jour-là la chapelle de la Confrérie. (Clément X, Bref Commissæ Nobis, du 8 mai 1673.) — Quant aux voyageurs, infirmes, prisonniers, etc., ils peuvent avoir part à l’indulgence de ce dimanche, en récitant le petit office de la Vierge, ou bien cinquante fois le Pater, et l’Ave, et faisant un acte de contrition uni au ferme propos de se confesser et de communier le plus tôt qu’ils le pourront.
5° En vertu de la même constitution de Clément X, Indulgence plénière les jours de la Conception, de la Nativité, de la Présentation, de l’Annonciation, de la Visitation, de la Purification et de l’Assomption de la très-sainte Vierge.
6° Les jours de saint Joseph, de saint Simon de Stock (16 mai), de sainte Anne, de saint Michel, de sainte Thérèse, etc.
7° Tous les mercredis de l’année. Cette indulgence est énoncée dans le diplôme que délivre à Rome le général des Carmes Chaussés, a Santa Maria Transpontina, entre le château Saint-Ange et Saint-Pierre : Z'# tandem omnibus totius anni quartis ferüs, sicut de novo eruitur ex Reg. Archivii Ordinis exhibito et approbato a visitatione apostolica, anno J'ubilæi 1825. Les Carmes Chaussés de Rome tiennent donc cette indulgence pour certaine, et nous ne voyons aucune raison pour ne pas y ajouter foi. — Les conditions pour gagner les indulgences des trois numéros précédents sont : la confession, la communion, la visite d’une église de l'Ordre du Carmel, et les prières accoutumées. Quand la visite d’une église de l’Ordre est impossible, les confesseurs ont la faculté de lui substituer d’autres œuvres de piété. Un rescrit du 45 juin 1855 autorise à visiter l’église paroissiale, là où il n’y a pas d'église appartenant au Carmel.
Bo 46 JUILLET.
Indulgences partielles : 1° Sept ans et sept'quarantaines, le dimanche du mois destiné à la procession, quand celle-ci ne peut avoir lieu, pourvu que l’on visite l’église ou la chapelle de la Confrérie ;
2° Cinq ans et cinq quarantaines à ceux qui, revêtus du Scapulaire, communient une fois par mois, et prient pour le souverain Pontife ;
3° Cinq ans et cinq quarantaines à ceux qui accompagnent le Saint-Viatique quand on le porte aux malades, et qui prient pour eux;
4° Trois cents jours aux associés qui s’abstiennent de viande les mercredis et les samedis ; :
5° Cent jours pour chaque fois que les associés font quelque œuvre de piété ou de charité (accompagner au cimetière le corps d’un défunt, soulager les pauvres, réconcilier les ennemis, instruire les ignorants des vérités du salut, etc.) ;
6° Quarante jours, à ceux qui récitent chaque jour sept fois le Pater et l’Ave en l'honneur de la sainte Vierge.
Toutes ces indulgences sont applicables aux âmes du purgatoire. (Clément X, Bulle Cum sicut accepimus, du 2 janvier 1672.) Les églises de l’Ordre de Notre-Dame du Carmel jouissent des indulgences des stations de Rome, aux jours indiqués par le Missel Romain. — (Clément X, Bulle Commissæ Nobis, 8 mai 1673.)
Conditions d'admission, de participation aux priviléges, etc. 1° Pour faire partie de la Confrérie du Scapulaire, il faut recevoir le petit habit des mains d’un Père Carme, ou d’un prêtre autorisé à le bénir et à le donner, là où les Révérends Pères Carmes n’ont point de couvent. Le prêtre bénit le Scapulaire et l’impose lui-même, ou le passe au cou des récipiendaires : Benedictio et imposiho ; les personnes qui se l’imposeraient elles-mêmes ne seraient point reçues, d’après un décret de la sacrée Congrégation des Indulgences.
Le prêtre peut cependant se le donner à lui-même. (Décret du 7 mars 1840.) Pour avoir part aux priviléges et aux indulgences, il faut en outre porter habituellement le saint habit.
D'après un Indult du souverain Pontife Grégoire XVI, en date du 30 avril 4838, l'inscription sur le registre de la Confrérie, précédemment requise par Paul V, n’est plus nécessaire. Par le seul fait de leur réception, les fidèles appartiennent à la confrérie établie dans la localité, ou du moins à la confrérie la plus voisine. Il est néanmoins convenable et consolant de se faire inscrire sur le livre de l’Association.
2° Pour avoir part au premier privilége d’une bonne mort ou de la préservation de l'enfer, il faut appartenir à la Confrérie, porter le scapulaire avec piété, et l'avoir au moment de la mort : n hoc moriens æternum non patietur incendium.
3° Pour avoir part au second privilége de la Bulle Sabbatine, c’est-à-dire de la prompte délivrance du purgatoire, il faut, outre les conditions précédentes, garder la chasteté propre de son état et réciter tous les jours le petit Office de la sainte Vierge, selon le bréviaire Romain. Voilà pour ceux qui savent lire. L'Office canonial de l'Eglise tient lieu du petit Office de la Vierge pour les prêtres, religieux, religieuses tenus de le réciter, comme aussi l'Office lui-même de la Vierge récité par obligation.
Si on ne savait pas lire, il ne faut manquer aucun des jeûnes prescrits par l'Eglise, et faire maigre tous les mercredis, outre les vendredis et les samedis, excepté le jour de Noël, s’il tombe un de ces trois jours.
L'obligation du petit Office et de l’abstinence du mercredi peut être
commuée ou changée en d’autres œuvres pies, ou réduite ou diminuée, selon le besoin des personnes et selon la volonté de celui qui fait cette commutation. Il faut, pour la faire, un pouvoir spécial. (Décret du 22 juin 1842.) — Il ne suffirait pas d'être simplement autorisé à recevoir le Scapulaire ; mais c’est assez que les facultés accordées à Rome par les Généraux des Carmes renferment ce pouvoir d’une manière explicite : Mist expresse enuntietur in Rescripto concessionis pro benedhctione et impositione scapularium, dit la même déclaration du 22 juin 1842. C’est ce qui a lieu ; car il est dit, dans les facultés délivrées à Rome, que le prêtre qui les a obtenues peut faire cette commutation. Dans le diplôme donné par le Général des Carmes Chaussés, le pouvoir est absolu, sans condition. Dans le diplôme donné par le Général des Carmes Déchaussés, on exige que le prêtre soit approuvé pour les confessions. Cependant il n’est pas nécessaire d’être le confesseur de la personne dont on commue les obligations du Scapulaire ; on peut les commuer hors du saint Tribunal.
La sacrée Congrégation des Indulgences, consultée plusieurs fois à cet égard, a répondu : « Lorsqu'il y a un grave empêchement, les confrères ne sont tenus ni aux jeûnes ni à la récitation des Heures canoniales, ou de l'Office de la sainte Vierge, ni à l’abstinence de viande les jours de mercredi et de samedi. On doit cependant engager les fidèles à se soumettre, dans ce cas, au jugement d’un confesseur docte et prudent, à l’effet d’en obtenir queique commutation ». (Décrets du 12 août 1840 et du 22 juin 1842, etc.)
4° Pour gagner les indulgences ci-dessus, il suffit d’être reçu du Scapulaire et de le porter, accomplissant toutefois les conditions requises. Il n’est pas nécessaire de faire des prières particulières, comme de réciter sept Pater et Ave, chaque jour, et quatorze le mercredi ; aucune loi n’y oblige. On n’y serait tenu qu’autant que le prêtre aurait, à l’office de la sainte Vierge ou à l’abstinence du mercredi, substitué ces prières, pour le privilége de la Bulle Sabbatine.
Un décret du pape Paul V (1613) défend de représenter en des images la sainte Vierge comme descendant dans le purgatoire, pour en tirer les âmes des fidèles qui y satisfont à la justice de Dieu, parce que c’est par le ministère des anges , à la suite de son intercession, et non immédiatement par elle-même, qu’elles en sont délivrées ; mais il permet de prêcher et de publier que l’on peut croire pieusement, touchant le secours des âmes des confrères du Scapulaire qui sont décédés dans la grâce de Dieu et ont observé les choses que nous avons marquées, que la sainte Vierge les assiste de ses intercessions, de ses suffrages et de sa protection spéciale, principalement le jour du samedi, que l'Eglise a consacré à sa vénération.
Ainsi, les chrétiens qui ont reçu le petit habit de Notre-Dame du Mont- Carmel, appelé Scapulaire, s’ils observent fidèlement jusqu’à la mort ce qui est porté dans la Bulle de Jean XXII, peuvent espérer qu'après leur décès, ils recevront le samedi suivant une assistance spéciale de la glorieuse Mère de Dieu, assistance d’un prix et d’une valeur inestimables ; car cette auguste Mère étant si puissante auprès de son Fils, doit procurer de grands soulagements et une prompte délivrance à ceux qu’elle protége spécialement.
Le Scapulaire nous procure donc trois grands priviléges : d’abord le secours de la sainte Vierge durant la vie, pour faire pénitence et pour pouvoir mourir dans la grâce de Dieu ; ensuite plusieurs indulgences très-signalées ; enfin l'assistance de la sainte Vierge après la mort et dans le purgatoire, pour en être délivrés plus promptement. Le premier demande que lon porte assidûment le petit habit jusqu’au dernier soupir, que l’on soit
zélé pour l’honneur de cette sainte Mère, et qu’on le défende dans toutes les occasions, tant contre les libertins que contre les hérétiques et les infidèles, et qu’on fasse tous les jours quelque prière ou dévotion, pour lui témoigner ‘du respect et de la dépendance. Le second demande qu’on observe exactement ce quiest porté dans les Bulles des indulgences ; car il est certain qu’on ne peut en obtenir l'effet, si l’on n’en accomplit toutes les conditions. Le troisième demande que l’on se conserve inviolablement dans la pureté conforme à son état et que l’on fasse les autres choses qui ont été expliquées suivant la Bulle du pape Jean XXII.
Le grand nombre de miracles opérés en faveur de tant de personnes revêtues de cet habit sacré, fait connaître jusqu’à l’évidence que cette pieuse pratique aujourd’hui si répandue et si célèbre dans tout le monde catholique, est chère et agréable à la Mère de Dieu. Parmi ces miracles, il est bon de rapporter celui qui eut lieu le jour même où saint Simon de Stock reçut de la sainte Vierge le saint Scapulaire. Voici comment le Père Swanington, secrétaire du Saint, le raconte :
« Le seize juillet, pendant que le bienheureux Simon de Stock se rendait à Winchester en ma compagnie, pour obtenir de l’évêque de cette ville, des lettres auprès du souverain Pontife Innocent IV, nous vimes arriver à notre rencontre Dom Pierre de Lington, doyen de l’église de Winchester, qui pria instamment le bienheureux Simon de Stock de se hâter pour secourir son frère germain qui se mourait dans le désespoir. Get homme, nommé Walter, était pétulant, hautain, querelleur et adonné aux arts magiques; il méprisait les Sacrements et tracassait sans cesse tous ses voisins. Dans une querelle qu'il avait eue avec un noble personnage, il avait été blessé mortellement, et se voyant déjà proche du tribunal de Dieu, au milieu des remords de ses crimes que le démon lui rappelait, il ne voulait entendre parler ni de Dieu ni des Sacrements, mais s’écriait tout en blasphémant : « Je suis damné. C’est à toi, diable, que je laisse le soin de me venger de mon meurtrier ». Nous entrâmes dans la maison du malade au désespoir : il écumait de rage, grinçait des dents, et comme un animal en fureur il roulait des yeux effrayants. Saint Simon de Stock, voyant que ce malheureux allait expirer et avait déjà perdu l’usage de ses sens, fit sur lui le signe de la croix, lui mit l’habit saint du Carmel, et levant les yeux au ciel, il pria Dieu de lui accorder le temps de se reconnaître, afin que celui qui était le prix du sang de Jésus-Christ ne fût pas la proie du démon. Tout à coup le malade reprend ses forces, recouvre l’usage des sens et de la parole, et faisant le signe de la croix, il crie contre le démon et commence à dire tout en pleurs : « Hélas! mes iniquités passent en nombre le sable des mers. Oh ! mon Dieu, votre miséricorde surpasse votre justice, ayez pitié de moi. Et vous, mon Père, aidez-moi ». A ces paroles je me retirai à l’écart, et Dom Pierre me raconta alors que, voyant son frère s’obstiner dans son impénitence, il s’était mis en prière dans une chambre de sa maison, où il avait entendu une voix qui lui dit : « Lève-toi, Pierre, cherche mon serviteur Simon qui est en voyage, et fais-le venir ici ». Il regarda aussitôt pour connaître qui avait prononcé ces paroles, mais ne voyant personne, il entendit encore par trois fois cette voix. C’est pourquoi, jugeant avec raison que c'était une voix du ciel, il était monté à cheval pour aller à la rencontre du vénérable Simon de Stock, rendant grâces au Seigneur de l’avoir trouvé si à propos.
« Walter, après sa confession, renonça publiquement à tous les engagements qu'il avait pris avec le démon, reçut les Sacrements de l'Eglise et