SAINT PHILASTRE, ÉVÊQUE DE BRESCIA
de Dieu et à lui gagner les hommes, plein de mépris pour tout ce que le monde estime comme rare et précieux, il se plaisait par une charitable ambition à enrichir les pauvres marchands qui trafiquent des choses les plus communes en les leur payant avec prodigalité, comptant pour peu de ne faire l’aumône qu’à ceux qui font profession de mendier. Il étouffait tout mouvement de colère dans sa naissance : il étaittoujours prêt à pardonner les injures. Il excellait en patience et gagnait les cœurs par sa douceur. Embarrassé quand il fallait punir, il ne délibérait point quand il s'agissait de pardonner. $e communiquant avec une bonté surprenante à toutes sortes de personnes de tout âge, de tout sexe, de toute condition, il ne distinguait par une amitié particulière que les personnes les plus viles, les plus méprisables en apparence. Ses habits étaient très-communs, mais propres. Il plaisait, mais sans artifice. Il était négligé, mais sans affectation, enfin, dans un extérieur nullement étudié, il découvrait toute la pureté intérieure de son âme.
L’an 381, saint Philastre se trouva au concile d’Aquilée avec plusieurs évêques du vicariat d'Italie, et concourut avec eux à la condamnation de Pallade et de Secondien, tous deux évêques ariens, et d’Attale, prêtre du même parti, qui s'était aussi trouvé à ce même concile.
Saint Augustin étant à Milan en 384, y vit saint Philastre. C’est la dernière fois qu’il est parlé de lui dans l’histoire, et peut-être ne vécut-il pas longtemps depuis : du moins est-il certain qu'il mourut avant l’an 397, puisque saint Ambroise, qui mourut cette année-là, avait établi saint Gaudence évêque de Brescia en la place de saint Philastre. Parmi les disciples de ce saint évêque, nous en connaissons deux qui se sont rendus remarquables dans l'Eglise par leur vertu, saint Gaudence, qui fut son successeur, et Bénevole, officier de Valentinien, qui, avant même d’être baptisé, aima mieux perdre sa charge que de dicter contre l'Eglise catholique un rescrit donné par ordre de l’impératrice Justine. Saint Gaudence, qui rapporte ce trait d'histoire, dit que Bénevole fit voir, par cette constance à défendre la foi, qu’il avait été instruit par la doctrine admirable de Philastre, cet homme qui se rendait en toutes choses l’imitateur des Apôtres. Ce Saint solennisait tous les ans avec son peuple le jour auquel saint Philastre, son maître, avait quitté la terre pour aller jouir de Dieu, et il ne manquait pas ce jour-là de faire l’éloge de ses vertus. De tous ses discours il ne nous en reste qu’un, qu’il prononça la quatorzième année de son épiscopat. C’est là qu’il appelle la voix de saint Philastre une voix très-savante qui, se faisant entendre de tous côtés dan sl’église de Brescia, l’avait fondée par la grâce du Saint- Esprit dans la foi de l’adorable Trinité, l’avait établie dans une vraie espérance, l’avait affermie dans une parfaite charité, l’avait élevée aux vertus du Christianisme et l’avait laissée dans la paix de Jésus-Christ.