Pape : Saint Eutychien. — Empereur romain : Aurélien
Posuisti in capite ejus coronam de lapide pretioso. Seigneur, vous avez orné sa tête d'une couronne de perles précieuses, Ps. xx, 4.
Sainte Julie naquit à Troyes, un peu avant le milieu du m° siècle. Ses parents, chrétiens fervents, l’élevèrent avec soin dans la crainte de Dieu et
le religion de Jésus-Christ. Elle fit de si rapides progrès dans toutes les vertus chrétiennes, qu’elle était renommée partout pour sa tendre piété, sa grande sagesse et sa prudence précoce, et qu’on la citait comme un parfait modèle parmi les jeunes personnes de son temps.
Elle n'avait que dix ans, lorsqu’elle prit la généreuse résolution de garder la pureté virginale, de ne servir que Dieu seul, et de n’accepter aucune alliance, si noble et si attrayante qu’elle pût être. Elle se retira dès lors dans la maison de ses parents ; elle les servait avec obéissance et affection, et elle s’éloignait de toutes les compagnies mondaines. Elle ne vivait qu'avec Dieu et pour Dieu et marchait sans cesse dans les voies de sa crainte et de son amour.
A cette époque, les Allemands faisaient des courses fréquentes dans les Gaules, tantôt pour piller, tantôt pour conquérir. Dans une de ces expéditions, un prince, nommé Claude ou Claudien, qui avait la conduite d’une troupe de ces pillards, dirigea, vers 247, sa marche sur Troyes, qui était alors sous la domination des Romains. Il y fit plusieurs captifs, entre autres Julie, âgée de dix-huit ans, et remarquable par la beauté de sa figure, que rehaussait encore une angélique modestie. Les attraits de la jeune fille touchèrent le cœur du prince : il résolut de l’épouser. Mais il ne lui découvrit ses desseins que lorsque, arrivé dans son propre pays, il se persuada que la mollessse et les plaisirs du palais feraient impression sur la jeune vierge. Il s'attendait à un triomphe. Mais la servante de Jésus-Christ lui répondit avec autant de courage que de douceur :
« Depuis longtemps, j'ai choisi mon Epoux,mon Seigneur et mon Maître; c’est à lui que j’ai consacré ma vie entière, à lui que j’ai confié mon âme. Son ange est toujours avec moi, et, si un amour impur vous faisait attenter à ma personne, il vengerait bientôt sur vous l’injure que vous m’auriez faite ». À ces mots, Claude entra en fureur : « Et quel est donc cet époux plus noble que moi? » s’écria-t-il. « Quel est celui qu’il a chargé de venger sur moi l’injure que je pourrais te causer ? D'ailleurs, quel tort puis-je te faire en te prenant pour épouse, toi qui n’es que mon esclave ? » Mais l’intrépide vierge lui répondit sans s’émouvoir : « Mon Epoux et mon Maître, c’est Jésus-Christ, qui est dans les cieux, et dont la noblesse et la puissance surpassent celles des plus grands monarques. C’est à lui que j'ai voué ma virginité. Ne serait-ce pas lui faire affront que de lui enlever celle qu'il a daigné choisir pour son épouse ? »— «Tu es donc chrétienne ? » lui demanda Claude. « Vous l’avez dit, je suis chrétienne », répondit Julie ; «et, si vousmême embrassez la religion de Jésus-Christ, il vous assistera dans toutes les circonstances de votre vie ».
Ces réponses, pleines d’une noble indépendance, pénétrèrent Claude de respect et de crainte. Il commença dès lors à honorer sa captive. Il lui fit préparer dans son palais un appartement retiré, avec un oratoire, et il en interdit l'entrée aux officiers de sa maison. Il eut des attentions plus délicates encore, et, afin de permettre à Julie de vaquer plus librement à ses pieuses pratiques, il lui donna plusieurs jeunes filles de haute naissance pour lui tenir compagnie et lui rendre les services dont elle pourrait avoir besoin.
Notre Sainte devint apôtre au milieu de ces jeunes idolâtres, et bientôt le palais du prince infidèle fut comme un temple du vrai Dieu, d’où s’élevaient jusqu’au ciel l'harmonie des cantiques sacrés et le pur encens de la prière.
Les ombres de la nuit apportaient aux compagnes de Julie le repos et le sommeil ; mais la ferveur de la jeune vierge prolongeait encore le temps e6