‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 201 sur 229 · SAINTE JULIE, SAINT CLAUDE OU GLAUDIEN · texte numérisé non relu

SAINTE JULIE, SAINT CLAUDE OU GLAUDIEN

l’oraison. C'était alors qu’elle répandait librement son âme devant le Seigneur, qu’elle le bénissait miile fois d’avoir daigné la regarder jusque dans son exil, de l’avoir préservée du danger de perdre et sa foi et sa chasteté au milieu d’un peuple infidèle, et d’avoir inspiré à son maître tant de bonté et de prévenances pour elle. Jamais, en effet, le prince n’entreprenait rien sans consulter sa captive. Il aimait à Converser avec elle, et bien qu’il ne partageât pas encore ses croyances religieuses, il ne laissait pas que de se recommander souvent à ses prières.

Il devait bientôt éprouver les effets de sa conduite à l’égard de Julie. Ses ennemis débordaient de toutes parts sur ses terres; ils allaient l’attaquer jusque dans son palais, s’il ne leur opposait promptement des armes victorieuses. I] Jui fallut partir. Mais il ne voulut pas se mettre en campagne avant de s’être assuré des prières de Julie : « Vous savez », lui dit-il, «le repos que je vous ai donné dans mon palais et l’honneur que je vous ai rendu, sans vous inquiéter jamais. Aujourd’hui, je dois aller à la guerre : des ennemis, jaloux de ma couronne, veulent me la ravir. Implorez donc pour la prospérité de mes armes le Dieu que vous servez ; si je reviens victorieux et sans blessure, je vous honorerai plus que jamais à mon retour, je vous en donne ma parole ».— « Marchez avec confiance », lui répondit Julie ; «je vais prier mon Dieu, et vous reviendrez couvert des lauriers de la victoire ».

Claude se mit en campagne, rencontra ses audacieux ennemis et les tailla en pièces. Il revint triomphant à son palais, proclamant partout qu’il devait aux prières de Julie, plus qu’à sa vaillance, d’avoir vaincu des adversaires dont la multitude devait écraser la faiblesse de ses troupes. Dès lors, sa vénération pour Julie s’accrut tous les jours, et il la regarda, non plus comme son esclave, mais comme sa protectrice et sa souveraine.

Il serait trop long de rapporter toutes les bénédictions qu’attira sur Claude la présence de la vierge troyenne ; qu'il suffise de dire que, toutes les fois qu’il entreprenait quelque guerre, il remportait toujours sur ses ennemis une éclatante victoire, parce que Notre-Seigneur exauçait toujours son humble et fidèle servante.

Vingt-huit ans se passèrent ainsi. Enfin le Seigneur apparut à Julie : « Lève-toi », lui dit-il, « ne reste pas plus longtemps en ce lieu; mais retourne en la ville de Troyes, d’où tu as été emmenée captive ; c’est là que, à la couronne de la virginité, tu joindras la palme du martyre ». Julie se lève aussitôt, et, pleine d’un nouveau courage après cette céleste vision, elle va trouver le prince et lui communique les desseins de Dieu sur elle.

« Quoi ! » répond Claude avec tristesse, « vous vous en allez ! A qui donc me laissez-vous en garde ? Que deviendrai-je ? N’êtes-vous pas mon ange - tutélaire ?... Si vous partez, mes ennemis, ne craignant plus votre prière, fondront sur moi comme sur une proie facile, et ils me mettront bientôt à mort... Non! j'aime mieux tout abandonner et marcher à votre suite ». — « Laissez donc vos biens et venez avec moi », lui répliqua Julie ; « car j’espère que le Seigneur mon Dieu jettera sur vous et sur vos gens un regard favorable ».

Aussitôt Claude abandonne sa maison, sa femme et ses enfants, son or et ses nombreuses possessions, et se met en route ayec la servante de Dieu. Ce n’est plus un barbare, c’est un chrétien fidèle ; ce n’est plus un loup cruel, c’est une brebis docile qui se met sous la direction d’une vierge.

Enfin, ils arrivent à Troyes, où la persécution d’Aurélien sévissait avec une extrême violence. Dans sa ville natale, le zèle de Julie ne resta point

inactif. Elle consolait les fidèles emprisonnés pour la foi ; elle leur adoucissait par ses paroles et ses secours les rigueurs du tyran. Son intrépide courage fut bientôt remarqué, et les satellites de empereur la saisirent un jour et l’'amenèrent en présence de leur maître. Le président Elidius fut chargé de l’interroger.

« Tu adores le Christ, que tu dis être ton Epoux ? » lui demanda-t-il. « Oui », répondit Julie, « je confesse que Jésus-Christ est mon Seigneur; car je n’adore point des démons impurs ». — « Allez », dit le président à ses soldats, « étendez-la sur un chevalet et mettez sur son dos des charbons ardents ». Mais à peine fut-elle placée sur l'instrument du supplice, que ses bourreaux furent frappés d’aveuglement et s’écrièrent : « Julie, secoureznous! » D’autres vinrent pour l’assommer à coups de nerfs de bœufs; mais leurs efforts furent inutiles. L’impie Aurélien, voyant la constance de la vierge, lui dit : « Sacrifie aux dieux, ou, je le jure, tu mourras aujourd’hui même par le glaive ». — « La mort d'amour qu’a endurée l'Homme-Dieu pour mon salut », répliqua Julie, « exige de moi la mort pour son amour. Aussi je suis prête à tout souffrir pour mon Seigneur Jésus, et j'espère que, après ces légers combats, il voudra bien me donner une impérissable couronne de vie ». Alors l’empereur lui fit trancher la tête.

Dès que Claude apprit la terrible exécution, il alla trouver Aurélien et lui dit : « Ordonnez que je meure avec elle, car elle m’a servi de maître dans sa religion ».— « Qui êtes-vous ? » lui dit Aurélien. « Je m'appelle Claude », répondit-il, « et j’ai emmené Julie en captivité, lorsque je combattais contre les Romains. Son Dieu m’a comblé de bienfaits par son intercession; j'adore ce Dieu unique et j'ai tout quitté pour Jésus-Christ ». — « Mais vous n’êtes pas chrétien », répliqua Aurélien. « Comment pouvez-vous mourir pour cette religion ? » — « Il est vrai », répondit Claude, « que je n’ai pas été baptisé; mais je crois fermement que si je répands mon sang pour le nom de Jésus- Christ, je serai véritablement chrétien, et que, grâce aux mérites et aux prières de sa glorieuse martyre sainte Julie, Dieu ne dédaignera pas de m’admettre en présence de sa souveraine Majesté ».

Alors Aurélien prononça sa sentence et le fit décapiter, hors des murs de la ville, au lieu même où sainte Julie avait enduré le martyre quelques heures auparavant. C'était le xn des calendes d'août, c’est-à-dire le 21 juillet de l’an 275.

De retour au prétoire, l'empereur Aurélien trouva vingt autres chrétiens, compagnons de sainte Julie et de saint Claude ; il les condamna également à la mort, et ils reçurent la palme de gloire à l'endroit même où sainte Julie fut inhumée. Les noms de plusieurs d’entre eux nous ont été conservés ; C’étaient : Juste, Jucondin, Ternus, Antoine, Hérénus, Théodore, Denys, Apollonius, Apamie, Pionicus, Gustion, Papyras, Saturius et Secun-. dinus ; les noms des six autres sont inscrits au livre de l’Agneau, qui a daigné leur accorder la couronne de la vie éternelle.

Dès que sainte Julie et saint Claude eurent été martyrisés, les chrétiens de Troyes creusèrent une fosse au lieu même de leur supplice, et enterrèrent. les saints corps, laissant entre eux l’espace de dix pas environ. Plus tard, les précieuses dépouilles furent exhumées et placées dans un sépulcre de pierre.

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