SAINTE JULIE, SAINT CLAUDE OU CLAUDIEN
CULTE ET RELIQUES
Au xrie siècle, on voyait, à côté de ces tombeaux, un monastère dont les religieuses, appelées les Filles-Dieu 1, s'étaient vouées à la garde de ces reliques sacrées. Mais, comme les guerres fréquentes, dont la ville de Troyes était le théâtre, troublaient souvent leurs pieux exercices, elles résolurent de chercher des contrées plus paisibles. Elles jetèrent les yeux sur le monastère de Jouarre, au diocèse de Meaux, et s’y retirèrent avec les ossements de la Martyre troyenne : c'était vers l’an 1233.
Alise, abbesse du couvent, fit déposer le corps dans une châsse artistement travaillée, enrichie de lames d'argent et de pierres précieuses. On y voyait représentées les diverses circonstances de la vie de sainte Julie. Sa tête fut enchâssée à part dans un reliquaire de vermeil qu’on voyait encore figurer, au siècle dernier, parmi les richesses de la collégiale de Saint-Etienne.
Cent ans plus tard, les restes de saint Claude furent aussi transportés au même lieu : il semblait qu'on ne dût pas séparer après leur mort ces deux serviteurs de Jésus-Christ, qui, après avoir partagé les mêmes combats, avaient mérité le même triomphe.
On invoquait sainte Julie dans les nécessilés publiques, surtout dans les temps de contagion ; saint Claude exauçait particulièrement les prières des guerriers exposés aux hasards des combats.
En 1628, deux religieuses du monastère de Jouarre moururent de la peste qui faisait alors de nombreuses victimes. Alarmée des ravages du fléau, l’abbesse fit porter solennellement la châsse de sainte Julie au milieu du cloître, et soudain la peste disparut.
Ce miracle et d’autres encore augmentèrent considérablement la vénération des religieuses de Jouarre pour la vierge de Troyes : aussi célébraient-elles solennellement sa fête avec octave.
Quoique le corps de sainte Julie reposât à Jouarre, le peuple de Troyes n’était pas entièrement privé des reliques de sa noble Martyre : les FiUles-Dieu, en se retirant, en avaient laissé plusieurs fragments. En 1590, les guerres civiles dispersèrent ces restes vénérés. Les habitants du faubourg Saint-Martin députèrent alors quelques-uns d’entre eux à l’abbesse de Jouarre. Ceux-ci rapportèrent, le 3 septembre 1599, une portion des reliques de la Sainte, qu'ils placèrent dans une petite chapelle qui subsista jusqu’en 1833. A cette époque, on transporta les précieux restes à l’église paroissiale de Saint-Martin, où ils recoivent chaque année des fidèles le tribut d’une ardente et tendre dévotion. Enfin, tout récemment, Mgr Allou, évèque de Meaux, répondant aux pieux désirs de Mgr Ravinet, s’est empressé de lui offrir de nouveaux fragments des reliques de sainte Julie et de son intrépide compagnon, saint Claude ; ils ont été partagés entre la cathédrale, Saint-Martin-ès-Vignes et la chapelle du lycée.
À quelque distance de la chapelle dont nous venons de parler, était la source d’eau vive qui avait jailli de terre à l'endroit mème où le sang de la Martyre avait coulé : on l’appelait le Puits de sainte Julie. Les personnes atteintes de la fièvre venaient avec confiance en puiser l’eau, et Dieu récompensait souvent la foi ardente des malades en leur rendant la santé. Le Puits de sainte Julie, ce pieux témoignage de la dévotion de nos pères, fut plusieurs fois renouvelé, et le dernier état en remontait à l’an 4671 ; il a disparu avec le modeste oratoire. C’est presque sur son emplacement que s'élève la chapelle actuelle du lycée.
Le seul monument qui rappelle aujourd'hui la vie et la mort de sainte Julie est à l’église paroissiale de Saint-Martin-ès-Vignes : c’est, avec l'autel dédié à la vierge-martyre, une magnifique verrière,
L'Eglise de Troyes célèbre sa fête le 24 juillet.
Extrait de la Vie des Suints du diocèse de Troyes, par l'abbé Defer, et des Acta Sanctorum.
1. Elles ont laissé leur nom au passage qui conduit du faubourg de Preize à la rue des Cinqg-Cheminées; c'est là que fut mgrtyrisée sainte Julie.