‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 213 sur 229 · LES SAINTS HILAIRE, PANCHAIRE ET JUST, ÉVÊQUES DE BESANCON · texte numérisé non relu

LES SAINTS HILAIRE, PANCHAIRE ET JUST, ÉVÊQUES DE BESANCON

reuse hospitalité. C’est Dieu qui avait réuni ces deux hommes et qui leur faisait goûter l’un auprès de l’autre ces douces consolations que la religion seule inspire et que l’infortune ne saurait trouver ailleurs. [ls avaient tous deux souffert pour la vérité ; tous deux, après avoir nourri leur troupeau de la parole de vie, avaient été obligés de fuir loin de leur patrie, loin de leur Eglise, loin du champ que le Seigneur leur avait donné à cultiver. La plus étroite amitié les unissait l’un à l’autre, et ils aimaient à se communiquer leurs pensées et leurs projets. Pendant son séjour à Verceil, saint Just fut témoin de la vie exemplaire qu’Eusèbe avait établie narmi ses clercs. Il régnait parmi eux une régularité presque égale à celle des moines du désert. La lecture et l’étude, le travail des mains et la prière, occupaient tous leurs moments. Ils jeûnaient sans relâche, s’assemblaient souvent le jour ou la nuit pour prier, et l’évêque vivait au milieu d’eux en présidant à leurs pieux exercices. Saint Eusèbe est le prenrier qui ait, selon saint Ambroise, établi la vie commune parmi les clercs !. Saint Just résolut de suivre cet exemple, quand il lui serait donné de retourner dans son diocèse. Il regrettait vivement son peuple ; sans cesse ses regards se portaient du côté de sa chère église de Besançon, et son cœur vivait toujours au milieu de son troupeau.

Il paraît que, même dans son exil, il fut obligé de se cacher pour échapper aux investigations des commissaires impériaux qui parcouraient l'Italie en recherchant tous ceux que la haine de Julien y poursuivait. Le saint évêque, ayant repassé les Alpes, put revenir en secret à Besancon. Bientôt on apprit dans les Gaules que Julien était mort en Asie en 363, et saint Just cessa d’être inquiété. Ce fut un heureux jour pour la cité, que celui où un pasteur si tendre lui fut rendu d’une manière aussi inattendue : chacun retrouvait un ami dévoué et le diocèse retrouvait un père.

A peine de retour de l'exil, saint Just, après avoir réparé les maux que son absence avait causés, put enfin réaliser le projet qu’il avait depuis longtemps conçu, et que les circonstances ne lui avaient pas permis jusqu'alors d'exécuter. C'était la réforme de son clergé. Ses clercs, vivant au milieu du monde, ne savaient peut-être pas toujours rester à l’abri de ses atteintes. Saint Just, qui, pendant son séjour à Verceil, avait pu contempler les fruits merveilleux produits par l’institution de saint Eusèbe, établit luimême celte grande œuvre dans son diocèse. Ce fut comme son testament avant de quitter la terre. En léguant à son église une institution d’où sortiraient de saints prêtres, il assurait par là le triomphe de la foi et de la vertu parmi son peuple, et continuait ainsi après sa mort l’œuvre de salut à laquelle il avait voué ses forces et sa vie. Si nous voulons avoir une idée de cette fondation nouvelle, lisons ce que raconte saint Ambroise des clercs de Verceil, dont saint Just proposa la vie pour exemple aux clercs de Besan-

çon. « Dans l'Eglise de Verceil », dit-il, « deux choses sont également exigées par l’évêque : la continence monastique et la discipline ecclésiastique. Car Eusèbe à voulu que les ecclésiastiques, même en vivant au milieu du monde, observassent les règles des moines et gouvernassent l'Eglise dans Ja pratique de la mortification ». Les clercs vivaient séparés de la compagnie des femmes, suivant le conseil de l’Esprit-Saint, qui regarde ce commerce comme dangereux. Ils devaient se garder les uns les autres contre les tentations, s’édifier mutuellement, et se porter à la pratique de toutes les vertus par les conseils et les bons exemples. Cette réforme et ces règles de discipline eurent le plus heureux succès. Le clergé de Besançon se distingua dès lors par sa science et par sa sainteté ; les peuples, édifiés de

tant de piété et d’une si exacte régularité, se réglèrent insensiblement sur ces modèles et profitèrent des exemples de vertu dont ils étaient chaque jour les témoins. De cette institution devaient sortir plus tard d'illustres prélats, et c’est jusqu’à elle que quelques historiens font remonter l’origine des chapitres dans le diocèse.

Saint Just vécut encore au moins deux ans depuis son retour au milieu de son troupeau ; son âme, toute sainte et purifiée par les tribulations de l'exil, n’aspirait plus qu’à s’unir à son Dieu. Le monde n’était plus rien pour lui, il n’avait que trop vu la vanité et le néant des choses d’ici-bas; son cœur, tout embrasé du divin amour, était détaché de la terre et ne soupirait qu'après sa délivrance des liens du corps. Après avoir porté pendant près de douze ans le fardeau de l’épiscopat, et fait éclater les plus sublimes vertus dans les diverses circonstances d’une vie si agitée, au milieu de son troupeau comme dans les rigueurs des perséculions, dans l’amertume de l'exil comme dans le calme de la retraite au milieu de ses clercs, saint Just était un fruit mûr pour le ciel. A sa dernière heure, Dieu voulut manifester aux hommes par un miracle la gloire de son serviteur. Au moment où son âme quitta la terre, on vit une blanche colombe, doux symbole de pureté et d’innocence, s'échapper de ses lèvres et s'envoler au ciel.

Ainsi s’écoulèrent les jours de saint Just au milieu des hommes. Dieu avait ménagé à cette âme les biens et les maux de la vie, mais toujours il la trouva fidèle ; un tyran avait voulu l’intimider par les persécutions, mais les persécutions n'avaient fait qu’augmenter l'éclat de ses vertus. Dieu, en le couronnant dans le ciel, lui a rendu au centuple ce qu’il avait fait et souffert pour la gloire de son saint nom.

Tiré des Saints de Franche-Comté, par les professeurs du collége Saint-François-Xavier de Besançon.

SAINT VANDRILLE OU VANDRÉGISILE *,

ABBÉ ET FONDATEUR DE PLUSIEURS MONASTÈRES DE FRANCE 667, — Pape : Vitalien, — Roi de France : Clotaire II.

Perseverantia sola meretur viribus gloriam, coronam virtulibus.

C'est la persévérance seule qui mérite la gloire à n0s travaux et la couronne à uos vertus.

S. Bernard, Æp. cxxix ad Januenses.

Voici encore un de ces grands personnages qui ont su joindre l’innocence et la piété avec les séduchons et le bruit de la cour, la fleur de la virginité avec les liens d’un légitime mariage, et l'humilité chrétienne avec la noblesse du sang, les emplois éclatants et les applaudissements du siècle. I était de Verdun (Meuse), fils du duc Walchise et de la princesse Dode, fille de saint Arnould, évèque de Metz, et sœur d’Anchise, dont la seconde race de nos rois, dits Carlovingiens, a pris son origine : de sorte que, du

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