‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 212 sur 229 · LES SAINTS HILAIRE, PANCHAIRE ET JUST, ÉVÊQUES DE BESANCON · texte numérisé non relu

LES SAINTS HILAIRE, PANCHAIRE ET JUST, ÉVÊQUES DE BESANCON

Le zèle de saint Hilaire pour la gloire de Dieu ne se borna pas à la construction de la cathédrale placée aujourd’hui sous le vocable de Saint-Jean ; il jeta les fondements d’une autre église sur le mont Cœlius. Mais il n’eut pas le temps de l’achever, et cet édifice, qui fut plus tard l’église de Saint- Etienne sur le Mont, ne fut terminé que longtemps après.

Saint Hilaire occupa environ quinze ans le siége de Besançon. La plupart des historiens fixent sa mort vers l’an 330 ; car les grands travaux qu’il accomplit supposent qu'il vécut au moins jusqu’à cette époque et peut-être au delà. Quelque temps avant sa mort, Dieu le favorisa d’une vision glorieuse, dans laquelle il lui annonça sa fin prochaine et le bonheur qui lui était destiné. Il mourut le 22 juillet; sa fête, indiquée pour ce jour-là dans un ancien Calendrier du diocèse, est fixée au 21 dans les martyrologes de Du Saussay et de Ferrarius.

Le successeur de saint Hilaire sur le siége de Besançon fut saint Panchaire ou Pancrace, qui avait vécu longtemps dans la confiance et dans l’intimité de l’évêque défunt. Les premiers pasteurs, avant de mourir, désignaient d'ordinaire, pour les remplacer, un de leurs disciples les plus fervents parmi les prêtres qu’ils avaient formés aux vertus chrétiennes et sacerdotales. Mais celui qui était élu se rendait à Rome avant d’exercer la charge épiscopale, et recevait l’onction sainte des mains du souverain Pontife. Saint Panchaire fut consacré par le pape Jules IT, comme saint Hilaire et saint Eusèbe l’avaient été eux-mêmes, l’un par Melchiade et l’autre par saint Sylvestre. Ce trait fait assez voir que, dans ces temps reculés, l’église de Besancon était déjà unie à l’Eglise romaine par les liens les plus étroits de subordination, d’obéissance et d'amour. L’épiscopat de saint Panchaire commença vers l’an 338. Saint Maximin de Trèves ayant convoqué un concile à Cologne en 346, pour opposer un prompt remède aux progrès de l’arianisme, il s’y trouva quatorze évêques ; dix autres y envoyèrent des députés. Saint Panchaire y figura au premier rang, et conclut, comme tous ses collègues, à la déposition de l’évêque de Cologne, qui s'était laissé gagner par les Ariens.

Devenu maître de tout l’empire romain après la mort de son frère (353), Constance mit au service de l’arianisme la grande autorité dont il jouissait. Les hérétiques ne gardèrent plus de mesure, et la persécution devint universelle dans les Gaules. Des officiers furent envoyés dans les principales villes, pour forcer les évêques catholiques à recevoir les Ariens dans leur communion. On leur donnait le choix ou de s’exiler, ou de souscrire aux désirs de l’empereur. Les magistrats de province qui hésitaient à s’associer à cette persécution et à faire exécuter les ordres de Constance, furent privés de leurs charges et condamnés à une amende. Dans des circonstances si difficiles, saint Panchaire souffrit généreusement pour la foi de Nicée. Ne voulant pas exposer son peuple aux fureurs des tyrans, il prit le parti de s’exiler lui-même. La solitude dans laquelle il se retira était dépourvue de tous les agréments de la nature ; mais il n’y a point d’exil pour un évêque, parce qu’il trouve partout Jésus-Christ. Uniquement occupé des soins de son âme et de la contemplation des choses célestes, saint Panchaire se laissa manquer des choses Jes plus nécessaires à la vie. Ce fut dans l’exercice de ces vertus sublimes que la mort vint le surprendre, vers l’an 356.

Quand saint Panchaire fut mort, le clergé et le peuple choisirent, pour le remplacer, un jeune prêtre qui avait été élevé sous ses yeux et formé par

ses soins. Ce fut saint Just. Devenu l'hérilier du siége où son maître s'était assis avec tant de gloire, il voulut l'être aussi de sa foi et de sa sainteté et se proposa de le suivre comme un modèle.

L'église de Besançon n’avait plus à redouter une persécution ouverte; mais les épreuves que Julien lui préparait purent lui faire regretter l’âge des martyrs et la hache des bourreaux. Cependant le passage de Julien à Besançon, en 355, ne fut, du reste, signalé par aucun événement. Car, à cette époque, loin de persécuter les évêques, il affectait même quelquefois de se déclarer leur protecteur.

Saint Juste profita de ce calme pour faire fleurir la religion au sein de sa province. Besançon possédait déjà plusieurs églises qui n'étaient point complétement terminées. Saint Hilaire, avons-nous dit, aidé des secours de sainte Hélène, avait bâli la première cathédrale de Besançon ; mais cet édifice n’était pas achevé. Il fut continué sous Panchaire, et ce ne fut que saint Just qui en fit la dédicace. Il ajouta le titre de Saint-Jean’ Evangéliste au titre de Saint-Etienne que portait déjà cette église, voulant par là, sans doute, montrer la reconnaissance de la cité à l’égard de la ville de Lyon, qui lui avait envoyé ses premiers Apôtres, et dont la cathédrale portait le nom du saint évangéliste. La cité de Besançon n’eut dès lors plus rien à envier aux autres villes des Gaules. Elle possédait un temple digne d’elle et du diocèse tout entier. Mais le zèle du prélat ne devait pas se borner à élever des édifices de pierre et de marbre au Seigneur. Il songeait bien plus sérieusement encore à lui dresser des autels dans le cœur de tous ses fidèles. Comprenant bien qu’il ferait peu s’il ne s’adjoignait des collaborateurs animés de l’esprit de l'Evangile et nourris dans le recueillement et la piété, il médilait depuis longtemps la réforme de ses clercs : toutefois, ce ne fut que plus tard qu’il put réaliser son projet. Dieu voulait auparavant conduire notre Saint dans des voies moins communes. Jusqu'ici saint Just avait fait le bien sans rencontrer de grands obstacles au dehors, et s'était sanctifié lui-même en sanclifiant son troupeau à l'ombre de la paix. Mais Dieu voulut éprouver sa vertu par les persécutions.

Julien étant devenu maître de l’empire par la mort de Constance, il ourna toutes ses forces contre le christianisme, et l'Orient fut le théâtre de sa folie et de ses fureurs. Les Gaules ne furent pas plus heureuses que le reste du monde. Julien y avait laissé Salluste, son ami dévoué et le plus cruel ennemi du nom chrétien. Sous un tel gouverneur, Just eut beaucoup à souffrir. Exposé aux vexations et aux embüûches de Salluste, et ne pouvant plus sans danger rester au milieu de son peuple, il fut obligé de s'enfuir de son diocèse. Il quitta sa ville épiscopale en 362. Comme son prédécesseur, il était obligé d'abandonner son Eglise dans le moment où l’ennemi s’apprètait à la décimer de nouveau. Cette épreuve terrible était plus dure pour lui que le martyre. Le courage et la vertu peuvent triompher de la fureur d’un tyran; mais le cœur supporte difficilement de si cruelles séparalions. Saint Just prit donc le chemin de l’exil et passa les Alpes. Il se réfugia à Verceil, en Piémont, auprès de saint Eusèbe, qui rentrait à peine de l'Asie (362), où Constance l’avait relégué pour n’avoir pas voulu souscrire à la condamnation de saint Athanase. Jours heureux pour l'Eglise, où les pasteurs savaient souffrir et mourir pour elle, et où la tyrannie et la séduction des princes ne pouvaient rien contre la foi des peuples !

Saint Eusèbe, après avoir été l’un des plus intrépides défenseurs de la religion contre les Ariens, avait eu l’insigne honneur d’être persécuté pour le nom de Jésus-Christ. Ce saint confesseur offrit à saint Just la plus géné-

Page 1