CULTE ET RELIQUES. — ABBAYE DE FONTENELLE
Son corps fut d’abord enterré dans l'église de Saint-Paul; mais, quarante ans après, ayant été trouvé entier, il fut transféré, par saint Bain, un de ses successeurs et évêque de Thérouanne, dans la principale église dédiée en l'honneur de saint Pierre. Depuis, par crainte des Normands, qui se jetèrent sur la Neustrie, il a encore été transporté, avec ceux de saint Ansbert, archevêque de Rouen, et de sant Vulfran, archevêque de Sens, d’abord à Boulogne- -sur-Mer, puis au monastère de Blartdinberg, dans la ville de Gand, en Flandre. Ces saintes reliques ont été perdues pendant la persécution des Calvinistes, en 1578, à l'exception des deux bras de saint Vandrille, dont l'un avait été donné à l’abbaye de Fontenelle et l’autre à celle de Brone.
Quant à l’abbaye de Fontenelle (Fontanella, pette fontaine) ou de Saint-Vandrille, qui, avec ses quatre églises, formait, ainsi; que celle de Jumiéges, l’un des plus beaux ornements des bords de ja Seine, il n'existe pius que le monastère, transformé en filature. On admire le cloître, monument des xive et xvie siècles. Mais des quatre églises, dont la principale, l'église abbatiale, avait été magnifiquement reconstruite au xrr1e siècle, il ne reste plus rien. En 1828, leurs ruines étaient encore belles et admirées : depuis lors le propriétaire, M. Cyprien Lenoir, a employé la sape pour les renverser. Les pierres des meneaux et des colonnes ont été employées à paver les chemins du voisinage. Un Anglais, plus intelligent que les barbares successeurs des contemporains de Dagobert, a acheté des fragments considérables de ces précieux débris et les a fait transporter au-delà de la Manche, pour les relever dans son parc.
La vie de ce saint abbé a été écrite par un auteur qui était presque de son temps. Voir Surius, les Bollandistes et Mabillon; Les Moines d'Occident, par M. de Montalembert ; Les églises de l'arrondissement d'Yvetot, par M. l'abbé Cochet.
SAINT MÉNELE, ABBÉ, RESTAURATEUR DE L'ABBAYE DE MENAT, AU DIOCÈSE DE CLERMONT. Vers 100. — Pape : Sergius Ier. — Roi de France : Childebert I.
Haæc vera est sæculi fuga, abdicatio domesticorum, et quædam alienatio carissimorum.
La véritable fuite Au monde, c'est le renoncement à la famille, avec un certain éloignement de ceux qui nous sont les plus chers.
S. Ambr., De fuga sæouli.
On croit que saint Ménelé naquit à Précigné, petite ville du départe-' ment de la Sarthe, au diocèse actuel du Mans, diocèse primitif d'Angers. Son père se nommait Amanulfus et sa mère Docula, de race illustre. Tout jeune encore, notre Saint montra ce qu’il serait un jour : la pureté, la candeur, la chasteté qu'il fit paraître dès ses plus tendres années émerveillaient tous ceux qui le connaissaient. A l’âge de sept ans, agenouillé devant les saints autels, il fit vœu au divin Jésus, que son cœur vierge aimait déjà d’un amour si fort, de garder une perpétuelle virginité.
Hélas! la vertu rencontre en ce monde tant et de si grands obstacles! Dès qu’il fut en âge d'accepter une position dans le monde, son père, jaloux de perpétuer par son fils le noble sang qui coulait dans ses veines, voulut lui faire épouser une jeune personne de grande naissance : c'était Sensa, fille du duc Barontus. Aux premières propositions qui lui en furent faites, Ménelé répondit courageusement qu'il n'avait jamais rêvé que les sublimes délices des âmes chastes, et qu’il ne consentirait jamais à en connaître d’au-
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tres. Le père, irrité de l’insuccès de sa démarche, fit retomber sur son fils rebelle tout le poids de son indignation; il s’oublia même jusqu’à le frapper, jusqu’à lui faire subir les plus durs traitements. La lutte dura plusieurs jours. Fatigué d’un combat si inégal et désireux de couper court à une position d'autant plus fausse qu’elle le vouait à des embarras inextricables, Ménelé finit par acquiescer aux désirs de son père.
Cet acte de condescendance, qu’il se reprochait comme un acte d’indigne faiblesse, troubla la paix de son cœur. Il consulta deux de ses amis intimes, Savinien et Constance, et tous trois ils résolurent de s’enfuir du château paternel. Guidés par la Providence, ils quittèrent Précigné, et, après quelques jours de marche, ils arrivèrent près des ruines d’un antique monastère appelé Menat (Menatum, Bracum). C'était une abbaye de l’Ordre de Saint-Benoît, située entre la Sioule et la Bouble, à neuf lieues de Clermont, fondée sous le règne de Clovis, avant l’an 500, et consacrée sous l’invocation de saint Sauveur et de saint Martin.
Nos jeunes voyageurs s’étaient déjà établis pour jamais dans cette solitude, quand ils furent visités par un jeune moine nommé Théofride, connu en Auvergne sous le nom de saint Chaffre, et neveu de saint Eudes, abbé de Calméry, en Velay /Calminiacum), monastère bénédictin fondé vers 570 en l'honneur du prince des Apôtres, et appelé plus tard Saint-Chaffre. Théofride leur proposa de venir se mettre sous la direction de son oncle : ils accepièrent, et passèrent ayec saint Eudes sept ans entiers dans l’accomplissement de tous les devoirs de la vie monastique. Cependant, sur la foi d’une vision, Ménelé et Savinien sollicitèrent de saint Eudes la permission de retourner à Menat : ils défrichèrent le terrain qui entourait l’antique monastère, construisirent un oratoire où Savinien, qui était prêtre, put offrir le saint sacrifice, et relevèrent une partie des ruines de la vieille abbaye.
Cependant les vertus de nos jeunes solitaires ne purent rester longtemg cachées : la renommée s’en répandit au loin, et la mère de Ménelé, Docula Bocula, sa sœur , et sa fiancée Sensa vinrent se présenter un jour au seuil du monastère. Ménelé craignit d’abord qu’elles ne vinssent l’arracher de sa solitude, mais il fut tout à coup rempli de joie quand il apprit d’elles qu’elles venaient près de lui pour se consacrer à Dieu. Ménelé s’empressa de construire à quelque distance de Menat des cellules et un oratoire qu’il plaça sous le patronage de la sainte Vierge, et qu’il abandonna aux trois servantes de Jésus-Christ. C’est autour de cet oratoire que se forma dans la suite le monastère de Lisseuil et la paroisse de ce nom. C’est aujourd’hui une humble église de village en forme de croix latine et de la structure la plus simple, sans que rien laisse soupçonner qu’elle ait remplacé un édifice plus important. Lisseuil était autrefois très-fréquenté comme lieu de pèlerinage : on y venait de plusieurs lieues à la ronde, surtout le 8 septembre, qui est la fête patronale, et l’affluence, aujourd’hui encore, y est considérable, Des personnes pieuses viennent y demander à Marie leur guérison, boivent de l’eau de la fontaine voisine, ou en emportent avec elles pour leurs parents malades.
Depuis cette heureuse rencontre, les jours de Ménelé s’écoulèrent en paix ; des disciples en grand nombre s’attachèrent à ses pas; et, joignant ses efforts aux leurs, il construisit sur les ruines du petit monastère de Menat l'immense abbaye de ce nom. Hélas! un affreux incendie vint détruire en un jour le fruit de longues fatigues ; toutefois, au seul nom de Ménelé, tous les paysans d’alentour accoururent, et le nouvel édifice s’éleva plus splen-
dide encore que le premier. Notre Saint en fit consacrer l’église par saint Bonnet, évêque de Clermont.
Epuisé par les fatigues d’une vie si bien remplie, saint Ménelé sentant sa fin approcher, désigna saint Savinien pour son successeur, et s’endormit doucement dans le Seigneur quelques jours après.
Il existe encore, sur la paroisse de Précigné, une chapelle dédiée sous le vocable de saint Ménelé : le 23 août 1712, il y eut dans cette paroisse une translation solennelle d’une portion insigne de ses reliques et de celles de saint Savinien, obtenues de l’abbaye de Menat.
Nous nous sommes servi, pour composer cette biographie, des Acta Sanctorum; de Notre-Dame de France ; et des Saints d'Anjou, par le R. P. Dom François Chamard.