‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 226 sur 229 · LE BIENHEUREUX JEAN CASSIEN, PRÊTRE · texte numérisé non relu

LE BIENHEUREUX JEAN CASSIEN, PRÊTRE

explique les vertus contraires. Il montre que la chasteté ne peut s’obtenir que par une grâce spéciale de Dieu, et qu’on doit la demander par des prières ferventes, accompagnées du jeûne et des veilles. S'il recommande un jeûne continuel, il veut que l’on y observe les règles de la modération. Il remarque que la vaine gloire est le dernier vice que nous vainquions, et qu’il prend occasion de la victoire même remportée sur lui pour renouveler ses assauts.

Les Institutions de la die monastique sont peut-être le meilleur et le plus utile des ouvrages de Cassien. Nous voyons cependant que la lecture de ses Conférences a été fortement recommandée aux moines par saint Benoit, saiut Jean Climaque, saint Grégoire, saint Dominique, saint Thomas, etc.

30 Cassien, dans ses Conférences, a recueilli les maximes spirituelles des plus sages et des plus expérimentés d’entre les moines d'Egypte avec lesquels il avait vécu. Cet ouvrage peut se diviser en trois parties : La première, qui contient dix conférences, fut écrite en 423 ; la seconde, qui en contient sept, fut composée deux ans plus tard ; la troisième, où il y a sept autres conférences, fut achevée en 428.

Selon Cassien, le but que doit se proposer un moine est d'acquérir plus facilement dans la solitude que dans le monde cette pureté ou cette simplicité de cœur sans laquelle personne ne peut voir Dieu dans sa gloire, ni jouir de sa présence par la grâce dans cette vie; pour cela, il doit quitter le monde avec ses biens et ses richesses, renoncer ou mourir à lui-même, dégager son cœur de toute affection désordonnée, se détacher de toutes les choses visibles, pour s'appliquer uniquement à ce qui est spirituel et divin. Le voile des passions étant une fois déchiré, les yeux de l’âme commenceront, pour ainsi dire, à contempler naturellement les mystères de Dieu, qui sont toujours obscurs et inintelligibles pour ceux qui n’ont que les yeux de la chair, ou dont le cœur est souillé par le péché et par l’amour du monde. Le cœur se purifie par les exercices de la componction, de la pénitence et du renoncement. On doit poser pour fondement une humilité profonde et capable de porter une tour qui atteigne jusqu’au ciel ; car c’est là-dessus qu'est appuyé l'édifice de toutes les vertus spirituelles. Pour remporter la victoire sur ses vices, il faut qu’un religieux découvre toutes ses tentations à son supérieur. Les tentations ainsi découvertes perdent leur force. Le tentateur, voyant ses ruses mises au jour, se retire de lui-même. Ses suggestions ne sont dangereuses qu’autant qu’elles restent cachées dans le cœur. Cassien confirme ceci par l'exemple de Sérapion qui fut guéri de l'habitude invétérée de faire une chose contraire à la règle de sa communauté, en confessant sa faute.

Mais tous ces exercices dont Cassien vient de parler ne sont que des préparatifs. Car, selon lui, la fin et la perfection de l’état monastique consistent dans une continuité de prière telle que la fragilité humaine la peut comporter, et c’est ce qu’on appelle l’union constante du cœur avec Dieu ; mais cet esprit de prière ne peut s’obtenir que par une contrition véhémente, un affranchissement de tous les liens des affections terrestres, par Ja lumière de l’Esprit-Saint dont les rayons purs ne peuvent entrer dans un cœur souillé. Cassien compare l’âme à une plume qui s'élève par sa propre légèreté quand on souffle doucement dessus, mais que la moindre humidité fait retomber à terre. En effet, l’âme ne peut monter vers Dieu, si elle n’est dégagée du poids de la corruption terrestre.

Cassien iaculque avec force l’usage des aspirations fréquentes, et recommande surtout celle dont l'Eglise se sert, et qui commence par ces mots : Deus, in adjutorium meum intende, etc. Revenant à la fin et à la perfection de l’état monastique, il dit que, pour y parvenir, il faut se purifier de tout attachement terrestre et s'élever aux choses spirituelles, jusqu'à ce que l’âme, par des progrès insensibles, acquière le don de la prière continuelle, et que son amour et ses désirs se terminent en Dieu. Dans cette union que forme la charité, elle possède une image du bonheur futur et un avant-goût des délices éternelles.

Le même auteur, parlant de la tiédeur, fait cette remarque : « Nous avons souvent vu des âmes passer à la perfection, de la froideur, c’est-à-dire, du monde et du paganisme ; mais nous n'avons jamais rien vu de tel parmi les chrétiens tièdes. Dieu a tant d’aversion pour ceux-ci, que le Prophète ordonne de sa part aux prédicateurs de ne leur adresser aucune exhortation, mais de les abandonner comme une terre stérile, et de jeter la semence de la divine parole dans les cœurs nouveaux parmi les pécheurs et les paiens. Labourez ce champ qui a été en friche jusqu’à présent, et ensemencez celte terre qui est couverte de ronces ».

Le saint abbé fait un bel éloge de la paix et du bonheur dont jouit une âme qui cherche Dieu; il expose les merveilleux effets que le Seigneur opère dans ses saints, et qui ne peuvent être connus que de ceux qui les ont éprouvés.

Dans sa treizième conférence, Cassien, sous le nom de l'abbé Chérémond, favorise les principes des Semi-Pélagiens, qui n'avaient point encore été condamnés, les erreurs de ces hérétiques ayant été proscrites pour la première fois dans le Concile d'Orange, tenu en 529. C’est pour cela que saint Prosper d'Aquitaine, disciple enthousiaste de saint Augustin, appelait l’attention de ce dernier sur les opinions de Cassien et des autres Marseillais, et écrivait une réfutation expresse de Cassien sous ce titre : De gratia Dei et libero arbitrio, contra Collatorem. Toutefois il ne nomme jamais par son nom l’auteur des Conférences, et lui donne même le titre de docteur catholique.

Le style de Cassien n’est ni pur ni élégant; mais il est clair, plein d’onction et persuasif. La meilleure édition de ses œuvres est celle d’Alard Gazée, qui renferme aussi l'écrit de Prosper contre Cassien et les précieuses censures de Henri Cuyk, évèque de Ruremonde. Douai, 1616, 2 vol. in-80;

Arras, 4698, in-fol.; Francfort, 1722, in-fol. — Cf. Wigger, De J. Cassiano Mass., qui semipelagianismi auctor vulgo perhibetur, Rostock, 1824, 1825. Les œuvres de Cassien se trouvent comprises dans la collection de l'abbé Migne (2 vol. in-4e). Une traduction française des Conférences et des Institutions a été donnée par Nicolas Fontaine, sous le nom de Saligny, qui les a purgées de tous les endroits favorisant le semi-pélagianisme (2 vol. in-8°, Paris, 1663).

Tiré des Acta Sanctorum, et complété avec Godescard; Dom Rivet, Aistoire littéraire de la France; Goschler, Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique ; Migne, Dictionnaire des Abbayes ; De Montalembert, Les Moines d'Occident.

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