‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 37 sur 229 · S. GERVAIS, DIACRE DE L'ÉGLISE DU MANS · texte numérisé non relu

S. GERVAIS, DIACRE DE L'ÉGLISE DU MANS

MARTYR AU CHALONNAIS Ive ou vie siècle.

Si cupis vestimenta parare et ornare animam, eleemosyna et largitas præcipue sunt animæ vestimenta atque nitidissima indumenta.

Voulez-vous parer et orner votre âme ? l'aumône et la libéralité sont les principales parures et les plus beaux ornements de l'âme.

S. Joan. Chrys., Æomil. xxI.

Gervais naquit dans la cité des Cénomans, aujourd’hui Le Mans, où ses parents tenaient un rang très-distingué ; mais ils étaient plus remarquables encore par les vertus qu’ils pratiquaient que par leur naissance et leur fortune. Privés d'enfants et se voyant près de la vieillesse, ils tournèrent toutes leurs espérances du côté du ciel, et prièrent l’évèque du Mans, Innocent,

d’intercéder pour eux et de leur obtenir une postérité. Il le fit et il fut exaucé. Le saint évêque conféra lui-même le baptême au fils de ses prières et lui imposa le nom de Gervais, pour honorer encore de cette manière le nouveau patron de l'Eglise du Mans.

On raconte qu'au moment où, suivant une coutume fort ancienne, et qui était particulière à un petit nombre d’Eglises durant les premiers siècles, le pontife allait déposer l’Eucharistie dans la bouche de l’enfant, il aperçut sur ses lèvres une goutte de sang. Il reconnut à cette marque, et il annonça aussitôt, que celui auquel il venait de conférer la grâce qui fait les chrétiens, aurait un jour le bonheur de répandre son sang pour Jésus-Christ.

Le reste de la vie de saint Gervais fut digne d’un commencement aussi merveilleux ; ses vertus le firent admirer de toute la communauté des fidèles, et il n’y eut qu’une voix pour applaudir, quand il fut appelé par l’évêque du Mans au ministère de l'autel et ordonné diacre !.

On vit bientôt Gervais distribuer aux pauvres toutes les richesses qu’il avait héritées de ses parents, et partir avec un grand nombre de pèlerins manceaux, pour aller visiter les tombeaux des saints Apôtres à Rome. Son désir était de rester dans cette cité, loin de son pays et de ses proches, uniquement occupé au service de Dieu; mais fidèle observateur des règles de la discipline, il ne put obéir à cette pieuse pensée, parce qu’il était attaché par son ordination à l'Eglise du Mans, et qu’il n’avait pu obtenir de l’évêque qui la gouvernait alors l'autorisation de s’en séparer entièrement.

Après avoir satisfait sa dévotion près des tombeaux des saints Apôtres, il revint avec ses compagnons de voyage dans les Gaules. Mais pendant qu’il traversait le pays des anciens Eduens, dont les Burgondes s'étaient déjà rendus les maîtres, après avoir franchi la Saône, dans une forêt située sur les bords de ce fleuve et nommée Corinna ou Coriana, à quelque distance de Châlons, s'étant écarté un instant de sa route, il tomba seul entre les mains d’une troupe de brigands. Ils le prirent pour un espion, et croyant leur sûreté compromise, ils se jetèrent sur lui avec fureur, le percèrent de plusieurs coups et le laissèrent expirant. Après avoir commis ce crime, ils prirent la fuite, mais l’un d’entre eux, touché tout à coup de repentir, resta auprès du corps de Gervais pour le garder, et se prosterna devant sa victime, implorant son pardon.

Des fidèles de la contrée, avertis de cet événement, accoururent pour honorer le corps du saint Martyr, et lui donner la sépulture avec tout le respect qui leur fut possible. Bientôt la dévotion des peuples fut excitée par les miracles qui s’opérèrent à ce tombeau; on conserve avec soin et avec amour le récit des derniers moments du saint diacre. Il avait cherché à faire entendre à ses assassins des paroles de salut, il avait prié le ciel pour eux jusqu’à sa mort. Ces circonstances furent transmises par celui des brigands qui s'était converti, et l’on constata même que tous les autres périrent misérablement.

Les restes du martyr furent d’abord placés sur un char conduit par deux chevaux auxquels on ne donna aucune direction, dans l'espoir que Dieu marquerait le lieu où il voulait que son serviteur fût enterré. Ce fut en effet ce qui arriva. On bâtit un petit oratoire en bois sur la tombe de Gervais, et le peuple fidèle s’empressa d’y venir porter le tribut de ses hommages,

1. Cette promotion eut lieu, non par saint Innocent, mais par l’un de ses successeurs.

CULTE ET RELIQUES

Au commencement du vire siècle, saint Loup, évêque de Chälon-sur-Saône, fut averti par le saint diacre, qui lui apparut en songe, de faire élever une église en son honneur. Le saint prélat s’empressa d’obéir, fit construire une basilique sur le lieu où reposait le martyr, la dota de biens considérables, et l’unit au monastère de Saint-Pierre, le plus important de sa vilie épiscopale. Ge lieu, et le village qui a été construit autour de la basilique, portent encore aujourd’hui le nom de Saint-Gervais-en-Vallière £.

Les reliques du saint martyr ont échappé aux troubles religieux du xvie et du xvrne siècle ; elles sont conservées et vénérées dans l'église dont nous venons de raconter l’origine, et leur authenticité à été reconnue par acte canonique le 19 juin 1808. Le diocèse de Chälon-sur-Saône jusqu'à sa réunion à celui d'Autun, par le concordat de 4801, célébra la fête de saint Gervais, du rite semi-double, le 6 juillet.

Nous avons emprunté cette biographie à l'Æistoire de l'Eglise du Mans, pax le R. P. Dom Piolin. — Cf. Légendaire d'Autun, par l'abbé Pequegnot,

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