SAINTE MECHTILDE OU MATHILDE, ABBESSE
Les honneurs que ce prodige fit rendre à sainte Mechtilde l’engagèrent à retourner promptement dans son monastère. Elle n’y fut pas plus tôt arrivée, qu’on lui présenta une fille muette et possédée d’un démon qui lui faisait faire une infinité d'actions honteuses et extravagantes. Les sœurs avaient tâché de la délivrer en son absence ; mais elles n'avaient pas mieux réussi que les disciples du Fils de Dieu, lorsqu'ils tàächèrent de guérir le démoniaque sourd et muet, dont il est parlé en saint Marc, chapitre 1x. Mais la Sainte, qui était remplie de l'Esprit de Jésus-Christ, ayant fait sa prière,
-etayant ensuite commandé au démon de sortir du corps de cette chrétienne, il fut contraint d’obéir, et ne put résister à la force de la parole de cette vierge incomparable. Ce nouveau miracle, en faisant connaître de plus en plus son grand mérite, servit aussi beaucoup à encourager les religieuses et à les enflammer du désir de la perfection. Elles couraient toutes avec leur sainte abbesse aux « noces du Fils du Roi»; il y en eut qui arrivèrent plus tôt qu’elle par une mort précieuse devant Dieu et devant les hommes. Pour elle, n'étant pas encore fort âgée, elle eut révélation que son décès était proche, et qu'elle devait retourner à Diessen, lieu de sa naissance et de sa profession, pour y attendre l’heureux moment de sa délivrance et de son couronnement,
Elle s’y rendit au plus tôt, y fut reçue comme la mère et la dame du monastère, et s’y adonna avec une nouvelle ferveur à tous les exercices qui préparent une âme à paraître sûrement devant Dieu. Ayant encore assez de force, elle fit une puissante exhortation aux sœurs; les reprenant de ce qu'il y avait encore des jalousies et des démêlés entre elles, elle leur dit que «ni leurs jeûnes, ni leur abstinence et leurs veilles, ni leur diligence à assister aux divins offices, ni leur promptitude à obéir aux commandements de leurs supérieurs, ni l’éclat de leur virginité ne leur serviraient de rien, si elles n'avaient la charité et l'amour mutuel dans le cœur, et ne les faisaient paraître dans leurs actions ». Ensuite, ayant fait venir son père et sa mère, elle les supplia instamment que, puisqu'ils ne lui avaient point donné da dot, et qu’elle ne prétendait point hériter de leurs grands biens, ils eussent la bonté de donner à ce couvent de Diessen toute la dime qui leur appartenait autour de Diegen-sur-l’Issoire. Elle obtint aisément ce qu’elle souhaitait, parce que ses parents étaient pieux, et qu’ils donnaient volontiers une partie de leurs terres aux pauvres et aux monastères. Par ce moyen, ce couvent eut de quoi subsister honnêtement avec les frères qui étaient destinés pour l'assistance spirituelle des religieuses.
Le jour qu’on commença à recevoir les revenus, Berthold, père de la Sainte, donna à cette sainte communauté un innocent festin. Dans la crainte que Mechtilde n’y prît point part, et se contentât de pain et d’eau avec des légumes, le directeur lui commanda pour ce jour-là de manger de la viande et de boire du vin; ce qu’elle n’avait point fait depuis son enfance. Néanmoins, sacrifiant son jugement et sa volonté à celle de son père spirituel, elle fit ce qui lui était commandé, et, au sortir du réfectoire, comme les religieuses allaient au chœur en psalmodiant, une voix fut entendue d’en haut, qui disait : « O bienheureuse Mechtilde, sache que tu as été repue aujourd’hui, non pas avec Esaü le réprouvé, mais avec Elie qui a été transporté dans les airs ». Cette parole la consola merveilleusement, et donna aussi un souverain contentement à toute cette assemblée de saintes filles. Elles n’eurent pas de peine après cela à lui accorder ce qu’elle leur demanda : c'était qu’une partie des revenus que son père leur avait donnés, fut destinée à faire l’aumône aux pauvres et aux nécessiteux, en sorte qu’on ne la refusât jamais à personne.
Cependant le temps approchait où cette sainte colombe devait s'envoler dans le sein du Fils de Dieu ; elle guérit auparavant une fille qui s'était crevé l’œil avec son poinçon. Etant au lit de la mort, elle vit d’un côté les
démons qui lui reprochaient quelque chose : ce qui la fit paraître un peu
triste ; mais, au même moment, elle vit les anges qui repoussaient ces esprits infernaux, et qui l’attendaient pour la porter dans le ciel : ce qui la fit sourire pour la première fois de toute sa vie. La sainte Vierge lui apparut aussi avec une grâce et une beauté inestimables. (est ce qui lui fit détourner le tableau de la même Vierge qu’on lui présentait, parce que l’image était inutile là où la vérité paraissait en elle-même. Elle avait déjà reçu les sacrements que l'Eglise donne aux malades pour les secourir à l’heure importante de la mort; mais on croit qu’elle communia encore de la main des anges peu de temps avant d’expirer, car on la vit ouvrir la bouche et avancer la langue, la retirer et ensuite avaler quelque chose, comme on fait en recevant le corps de Jésus-Christ, et on la vit aussi faire de même qu’un prêtre qui boit le précieux calice de son sang. Cette action fut suivie d’un souffle presque imperceptible, qui la fit entrer dans la jouissance claire et manifeste de celui qu’elle avait reçu sous les espèces du Sacrement, Ce qui arriva le 6 juillet, vers l’année 4160.
Ses obsèques se firent avec la plus grande solennité ; bien que son corps fût si maigre, qu’on n’y voyait qu’une peau collée sur des os, son visage néanmoins était beau, luisant, agréable et comme couleur de rose. Elle fut portée en procession, en présence d’un grand concours de nobles et de peuple, en l’église de Diessen, devant l’autel de saint Jean-Baptiste. Les luminaires qu’on portait en cette cérémonie ne se purent éteindre, quoique le vent fût si impétueux, que les hommes mêmes avaient de la peine à se soutenir. Plusieurs miracles se firent aussitôt après à son tombeau. Les cheveux de sainte Mechtilde de Diessen furent d’un merveilleux secours contre les tonnerres et les tempêtes, et c'était assez de les suspendre en l'air pour en arrêter la fureur. On rapporte que cette merveille s’est renouvelée si souvent dans le pays, qu’il n’y a personne qui en doute.
Il ne faut pas confondre sainte Mechtilde de Diessen, dont nous venons de raconter la vie, avec sainte Mechtilde de Spanhein, dont il a été question au 26 février, ni avec une autre sainte Mechtilde, honorée le 10 avril.
On représente sainte Mechtilde : 4° sur son lit de mort ; à ses côtés des anges lui apportent le saint Viatique ; 2° guérissant, par le simple attouchement, une de ses religieuses qui avait perdu la vue; 3° avec Jésus-Christ dépeint trônant dans son cœur.
Acla Sunrtorum.
SAINTE SEXBURGE, ABBESSE D'ÉLY, EN ANGLETERRE (Fin du vu siècle).
Sainte Sexburge était fille du pieux Anna, roi des Est-Angles, et d'Héreswide, sœur de sainte Hilde. Elie fut élevée avec beaucoup de soins dans les principes de la piété et jeta, dès son enfance, les fondements de cette éminente vertu qui la rendit si recommandable le reste de sa vie. Elle épousa Ercombert, roi de Kent, et elle fortifia, autant par ses exemples que par ses conseils, les excellenies dispositions que ce prince avait recues de l’Auteur de la nature. Elle le seconda de toutes ses forces dans les entreprises qu’il forma pour procurer l’avancement de la piété et le