Voir sa rie à ce jour
phes et des autres sciences profanes. Il paraît aussi qu’il ne négligea pas les écrits des hérétiques, puisque Origène, à qui l’on voulait faire un crime de cette étude, se défendit par l'exemple de Pantène. « Lorsque je me fus », dit-il, « appliqué entièrement à l'étude de la parole de Dieu et que la réputation de mon nom, répandue dans tout le monde, eut attiré autour de moi un grand nombre d’hérétiques et de philosophes, je crus devoir m’informer exactement, tant des erreurs que les uns ont inventées, que des progrès que les autres se vantent d’avoir faits dans la recherche de la vérité. J'imitai en ce point Pantène, mon prédécesseur, qui a beaucoup travaillé pour enseigner les vérités saintes de notre religion à un grand nombre de personnes, et qui était très-habile dans les sciences profanes ».
Pantène n’était pas moins instruit dans les divines Ecritures, qu'il avait étudiées sous les disciples des Apôtres. Cependant son humilité le faisait demeurer caché en Egypte. Mais Dieu éleva enfin cette lampe sur le chandelier, afin qu’elle éclairât ceux qui étaient appelés avec lui au festin, selon l'expression de saint Clément. Pantène fut donc tiré de sa retraite, pour gouverner la célèbre école d'Alexandrie; on ne sait pas au juste en quelle année ; ce qui est certain, c’est qu’il exerçait cette charge lorsque Julien fut fait évêque de la même ville, au commencement de l’an 479, en la première année de Commode. Sa grande réputation lui attira beaucoup de disciples, entre autres Clément d'Alexandrie et saint Alexandre de Jérusalem, un des plus illustres évêques du m° siècle. Il enseignait de vive voix et par écrit; «et cette véritable abeille de Sicile courait avec joie tous les prés spirituels, et, recueillant avec soin toutes les fleurs des écrits des Apôtres, elle formait dans les âmes de ceux qui l’écoutaient, comme dans une ruche sacrée, des rayons très-purs, non de miel, mais de reconnaissance et de lumière ». Saint Jérôme dit que saint Pantène enseigna à Alexandrie jusque sous le règne d’Antonin Caracalla ; c’est-à-dire, qu’il recevait chez lui ceux qui voulaient venir l’écouter; car, pour l’école publique des Catéchèses, elle était tenue alors par Origène, à qui on l’avait confiée dès avant la mort de Sévère, arrivée en 241.
Le commerce attirait les Indiens jusqu’à Alexandrie, et les chrétiens qui étaient en ces pays reculés, pouvaient avoir connu, par ce moyen, le mérite de saint Pantène. Sa réputation ayant passé jusque dans les Indes, les peuples de ce pays le firent prier, par leurs députés, de venir annoncer l'Evangile chez eux, et d’y combattre la philosophie des Brachmanes, par celle de Jésus-Christ. Démètre, qui était alors évêque d'Alexandrie, ayant succédé à Julien, la dixième année de Commode, de Jésus-Christ 189, connaissant que Pantène brüûlait d’un zèle ardent pour la propagation de la foi, n’eut pas de peine à le déterminer à se rendre aux vœux des Indiens. Ainsi Pantène fut établi par son propre évêque prédicateur de l'Evangile parmi les nations orientales. On ne sait si Démètre, avant de l’envoyer, lui conféra l’ordination épiscopale. Nous ne connaissons même aucun des anciens qui lui ait donné le titre de prêtre, excepté Anastase Sinaïte, qui l’ap- pelle prêtre ou pontife des Alexandrins.
Eusèbe ne donne aucun détail de ce que saint Pantène fit dans les Indes et dans les autres pays où il porta la lumière de l'Evangile. Il dit seulement que ce Saint trouva dans les Indes, entre les mains de quelques personnes qui connaissaient Jésus-Christ, un Evangile hébreu de saint Matthieu, que lapôtre saint Barthélemy avait laissé dans cette province, lorsqu'il y était Yenu prêcher. Il l’apporta depuis avec lui, lorsqu'il retourna à Alexandrie ; car il ne demeura pas dans les Indes jusqu’à la fin de sa vie. Il revint encore
-en Egypte, où il continua à enseigner, mais seulement en particulier, ceux que sa réputation lui attirait. Saint Jérôme dit qu’il avait laissé divers commentaires sur les Ecritures. Il ne nous en reste qu’un petit fragment, rapporté par Clément d'Alexandrie, et qui paraît tiré d’un commentaire sur le psaume xvim°. Il y donne cette règle, pour l'intelligence des Ecritures, savoir que, dans le style des Prophètes, on doit peu prendre garde aux temps des verbes, le présent, le passé et le futur se prenant souvent l’un pour l’autre. Routh a recueilli un autre fragment de saint Pantène, tiré des scolies de Maxime sur saint Grégoire le Théologien, éditées par Thomas Gal avec l’ouvrage de Jean Scot sur la Division de la Nature. La traduction latine est de Scot. Dans ce fragment, Pantène, l’ami et le maitre de Clément, est interrogé par des hommes superbés sur la manière dont Dieu, d’après les chrétiens, connaît les choses qui sont. Il répond que Dieu connaît comme ses volontés ce qui est, parce que volontairement il a fait ce qui est. Saint Anastase Sinaïte le met au nombre de ceux qui ont écrit sur la création et qui en ont appliqué l’histoire à Jésus-Christ. Mais Eusèbe et saint Jérôme ne disent rien de cet ouvrage. Saint Pantène mourut à Alexandrie, sous le règne d’Antonin Caracalla, et termina, selon l'expression de Ruffin, une vie pleine de gloire par une fin excellente et admirable.
Tiré de Dom Ceillier, Æistoire des auteurs sacrés et ecclésiastiques ; — Cf. Acta Sanctorum, tome 11 de juillet; Darras, Histoire de l'Eglise; Mgr Freppel, Cours d'éloquence sacrée : Clément d'Alexandrie.
SAINT FÉLIX, ÉVÉQUE DE NANTES 682. — Pape : Pélage II. — Roi de France : Childebert IT.
Virtutum bonum quoddam et stabile fundamentum humilitas est; si nutet, illa virtutum aggregatie nonnisi ruina est.
L'humilité est le seul bon et solide fondement des vertus ; si elle chancelle, tout l'édifice des vertus n'est bientôt qu'une ruine.
Saint Bernard.
Saint Félix naquit dans la ville de Bourges, en Berri. Son père s’appelait aussi Félix, et était fils d’un autre Félix qui fut élevé au consulat, avec Secondinus, en l’année 511. Sa mère était d’une race très-illustre au pays d'Aquitaine : de sorte qu’il n’y avait guère de noblesse en cette province, avec laquelle notre Saint n’eût quelque alliance, et même saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers, dans les vers qu’il a composés en son honpeur, lui fait tirer son origine des anciens rois de ce pays.
Lorsqu'il fut sorti des premières années de l'enfance, ses parents eurent soin de son éducation. Il se livra à l'étude avec beaucoup d’ardeur; et comme il avait le naturel docile, l'esprit excellent et la mémoire si heureuse, qu'il n’oubliait rien de ce qu’on lui avait appris, il y fit beaucoup de progrès. Il était d’ailleurs doux, modeste, sérieux et si porté à la vertu, qu’il ne se plaisait à aucun de ces jeux et divertissements que les autres enfants recherchent avec tant de passion. Ses études étant achevées, comme il se sentit appelé à l’état ecclésiastique, il entra dans les saints Ordres,