CULTE ET RELIQUE. — PÈLERINAGE. — ÉCRITS
En 1741, le chapitre général de la Congrégation de Notre-Sauveur décida que, pour l'avenir, on transfèrerait au dimanche, afin de lui donner plus de solennité, la fèle du Bienheureux, qui, auparavant, se solennisait au jour de son échéance, le 7 juillet. Cette fète se célébra de la sorte, au milieu des populations enthousiastes, jusqu'au moment de la grande Révolution de France. Vinrent enfin les jours terribles, les jours de sang et de deuil. Pendant cette horrible tempête, les cendres du bienheureux Fourier reposèrent en paix dans leur châsse vénérée : c’est qu’elles étaient confiées à la garde de ses enfants. Les catholiques de Mattaincourt mériteront à jamais la reconnaissance des fidèles, pour leur empressement à soustraire le précieux dépôt aux mains dévastatrices. d
Le culte envers le bienheureux Pierre Fourier ne cessa pas un seul instant, même pendant les moments les plus affreux de la Terreur. Des âmes pieuses venaient encore à Mattaincourt des diverses provinces environnantes, et, ne pouvant pénétrer dans les Heux qui gardaient ses précieux restés, elles s’agenouillaient sur le cimetière qui environne l’église, ou bien elles allaient accomplir leur pèlerinage sous un arbre antique, près d’une fontaine, appelés l’arbre et la fontaine du bon Père. Quant aux fidèles de Mattaincourt, ils priaient et gémissaient en secret, comme tous les chrétiens de France, mais ils invoquaient incessamment leur saint pasteur, pour obtenir un terme aux maux effroyables qui pesaient sur la patrie. Chaque année, ils célébrèrent la fête du Bienheureux, en faisant offrir, dans le silence de la nuit, le sacriñäce auguste des autels.
Des jours plus beaux se levèrent enfin sur notre pauvre France. Les reliques de notre Bienheureux devaient reprendre leur place dans le chœur de son église. On procéda soigneusement à la reconnaissance et à l'exposition de la châsse dans laquelle elles sont renfermées. Les fidèles purent continuer leur pieuse dévotion, et plusieurs faveurs nouvelles furent obtenues.
L'époque approchait du premier anniversaire séculaire de la héatification de Pierre Fourier. On voulut en faire une fête solennelle. Le soleil du 30 août 1832 éclaira ce beau jour. En cette même année, un horrible fléau, le choléra, étendait sur la France un immense voile de deuil et de désolation : il fondit sur la Lorraine ; il sévit cruellement à Mattaincourt, et les habitants épouvantés ne songeaient point à implorer leur bon Père. Tout à coup, une idée de salut parait, elle circule dans le peuple comme une étincelle électrique : on vole en foule au pied du saint pasteur qui aima tant ce village désblé, et le fléau, depuis lors, suspendit et cessa tout à fait ses ravages.
Enfin, le 7 juillet 1853, Mattaincourt fut le théâtre d'une fête splendide, celle de la dédicace de la magnifique église élevée sur le tombeau du bon Père, par les soins de M. Hold, curé de la paroisse, avec les aumônes des pieux fidèles de la France, de la Belgique et des bords du Rhin. et les subsides de l'Etat et de la commune. Cette belle manifestation de l’art chrétien réalise, et au delà, toutes les espérances qu'on avait conçues : nous y voyons, ressuscitée, à nos yeux une des féeries architecturales et monumentales du christianisme au moyen âge. Le prélat consécrateur fut son Eminence Mgr le cardinal Mathieu, archevêque de Besançon, assisté de tous les évêques, ses suffragants. Une foule immense de pèlerins ecclésiastiques et laïques se pressaient dans l'enceinte de ce temple admirable, et, au milieu de ce vaste auditoire, le panégyrique du Bienheureux fut prononcé par le premier des orateurs religieux de la France, le R. P. Lacordaire. Le bon curé de Mattaincourt, le fondateur de la Congrégation de Notre-Dame, le réformateur des Chanoines réguliers trouva un digne interprète dans l'illustre disciple de saint Dominique. Chaque année, le 7 juillet, la fête du bon Père est comme la fête du patron de tout le pays; elle se célèbre avec une octave solennelle, et, à chaque jour de l’octave, la foule se présente continue et compacte au tombeau du Bienheureux. Non-seuleument à l’époque de celte fête, mais dans tous les jours de la belle saison, des bandes de pèlerins descendent sans cesse des montagnes des Vosges, on affluent des plaines de la Franche-Comté, de la Lorraine et de la Champagne.
Nous avons dit que le cœur du Bienheureux se conserve précieusement à Gray; il y repose dans un reliquaire richement orné : tous les ans, à pareil jour, on l’expose sur l'autel à la vénération des fidèles. Les Ursulines d'Amiens possèdent une relique du Bienheureux.
Les écrits du Père Fourier sont : 40 un manuscrit sur les Constlilulions de l'Ordre, dont il est le fondateur ; 20 un autre ayant pour titre: Des biens ecclésiastiques, et contre l'abus de ces biens; 3° une lettre sur Les principaux Devoirs des curés ; 4° une ampliation de textes de \'Ecriture sainte, ou La Voie du salut ; 5° des Conférences et Discours spiriluels, adressés à ses religieux ; 6° des Règles pour les jeunes gens agrégés à la confrérie de l'Enfant Jésus.
Les additions que nous avons faites à l’abrégé que contenaient les anciennes éditions de cet ouvrage, ont été prises dans une histoire de notre Bienheureux, par M. l'abbé Chapia, du diocèse de Saint-Dié; dans le Panégyrique de Pierre Fourier, par le R. P. Lacordaire ; et dans les Analegta Juris pontificü.
St EDELBURGE, APPELÉE VULGAIREMENT AUBIERGE ET ADALBERCE,