‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 55 sur 229 · TROISIÈME ABBESSE DE FAREMOUTIER, AU DIOCÈSE DE MEAUX · texte numérisé non relu

TROISIÈME ABBESSE DE FAREMOUTIER, AU DIOCÈSE DE MEAUX

Cette Sainte était fille d'Anna, roi des Est-Angles. Animée d’un désir ardent de parvenir à la perfection chrétienne, elle passa en France et s'y consacra à Dieu dans le monastère de Faremoutier. C'était une abbaye de femmes, appelée en latin Faræ monasterium, du nom de sainte Fare, fille d'Agnéric, l’un des principaux officiers de la cour de Théodebert IT, roi d’Austrasie, qui en fut la fondatrice. Il était de l'Ordre de Saint-Benoît, dépendait du diocèse de Meaux et datait de 617. Sainte Fare étant morte ainsi que la première supérieure qui lui succéda, Aubierge, que ses vertus rendaient depuis longtemps recommandable, eut le gouvernement du monastère. Elle ÿ mourut, aimée de ses religieuses, chérie des pauvres, des infirmes, et de tous ceux qui l’avaient connue.

On l’a peinte quelquefois tenant dans ses mains les instruments de la Passion, et avec une couronne auprès d'elle. Cet attribut caractérise parfaitement celle qui, par amour pour le céleste Epoux, a quitté la pompe, pour revêtir la pauvreté de Jésus-Christ.

Le nom de sainte Aubierge est célèbre en Brie, pour .qu'il se rattache, quoique par une grossière erreur chronologique, à un monument druidique appelé Pignon de Sainte-Aubierge.

C’est sous ce nom que l’on désigne, à cause de sa forme, un immense bloc de grès qui se voit à Beauteuil, dans l'arrondissement de Coulommiers, entre l’Yères et l’Aubetin, sur le point culminant du plateau qui sépare ces deux rivières. Il est à cent mètres environ de la digue du vaste étang des Rigauds et au sommet de celui de Pierrefitte. Sa hauteur est de 3 mètres 50 centimètres au-dessus du sol ; son épaisseur ne dépasse pas 50 centimètres. Large de 2 mètres 25 centimètres à sa base, il va s'étrécissant peu à peu et se termine en pointe. On remarque, à 80 centimètres de terre sur la grande face exposée au sud-est, une rainure peu profonde de 3 centimètres de largeur qui s'étend horizontalement d’un bord à l’autre. Cette pierre, dont la pose est antérieure à notre ère, appartient aux monuments primitifs. Elle est de celles que l'on appelle druidiques.

Les preuves du caractère monumental de cette roche abondent. Plantée debout dans un terrain sans aspérité et mollement ondulé, elle se distingue par un cachet spécial et grandiose des pierres de la contrée que, dans leur état naturel, on trouve couchées et recouvertes par la terre végétale. Ce contraste témoigne de l'intervention humaine. En un temps éloigné de notre civilisation, il fallut déployer beaucoup d'art et de force pour dresser sur sa tranche un bloc dont le poids, en y comprenant la partie enfoncée, ne peut être moindre de trente mille kilogrammes. Aussi les voyageurs qui parcourent les chemins voisins du champ où il se fait remarquer, sollicités par son aspect extraordinaire, s’en approchent, et plusieurs, s’en faisant un passeport pour la postérité, ont eu la patience d’y graver leurs noms.

Une autre preuve, indépendante des conditions physiques du menhir, consiste dans le nom que lui a emprunté la contrée. La terre où il se dresse, l’un des étangs qui l’avoisinent, les bois de chênes qui l'entourent, s'appellent le champ, l'étang et les bois de Pierreñtte {petra fixa), dénomination usitée pour la désignation des Menhirs. Il est donc vrai de dire que le doute n’est pas possible, puisque la chose frappe notre vue, et le nom, qui la caractérise, nos oreilles.

La légende fournit une nouvelle preuve, quoique sa tendance soit de rapporter au christianisme une œuvre qui l’a précédé. — Sainte Flodoberte, ayant achevé sa enapelle d'Amilis, voulut offrir à sa sœur sainte Aubierge, qui construisait la sienne à Saint-Augustin, une pierre propre à constituer l'un des pignons de l'édifice. Elle la lui portait sur l’épaule, lorsqu'à mi-chemin les deux sœurs se rencontrèrent. Comme sainte Aubierge lui apprit qu’elle avait également terminé son oratoire, elle laissa tomber la pierre devenue inutile qui, de son propre poids, entra en terre et y demeura debout. Cette tradition, suivant l'usage, fait une large part au surnaturel. Ici le transport et l’érection de la roche sont le fait d’une religieuse qui la laisse tomber en chemin; ailleurs, c’est le travail d’une fée accompli dans des conditions analogues ; ailleurs encore c’est le diable qui, effrayé à la vue de la vierge, abandonne la pierre qu’il portait. La légende est nécessairement apocryphe, puisqu'elle présente sainte Flodoberte et sainte Aubierge comme sœurs et contemporaines, tandis qu'elles ont vécu à cent ans l’une de l’autre. Toutefois nous avons cru devoir la rapporter, car nous ne pouvions passer à côté d'un monument que la piété des fidèles rattache au nom vénéré de sainte Aubierge, sans en dire un mot.

Godescard. — Pour plus de détails sur le Pignon de Suainte-Aubierge, voir Bulletin archéologique de Meaux, 1866.

Page 1