‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 59 sur 229 · SAINT PROCOPE, MARTYR EN PALESTINE. À · texte numérisé non relu

SAINT PROCOPE, MARTYR EN PALESTINE. À

plein de zèle pour son prince et pour la religion de l'empire. On ne pouvait faire à cet empereur une proposition plus agréable : il embrassa ce jeune homme, le complimenta de la bonne éducation, disait-il, qu’il avait recue de sa mère, et lui promit de le considérer et de l’avancer selon ses mérites. En effet, la charge de gouverneur d’Alexandrie étant venue à vaquer, il l’en pourvut, et lui ordonna de s’y transporter au plus tôt, pour en exterminer tous les chrétiens. Et, comme ce nouveau gouverneur lui remontra que cette entreprise était très-difficile et qu’il n’en viendrait jamais à bout, s’il n’était assisté d'un grand nombre de soldats pour empêcher les séditions, il lui donna deux troupes d'hommes d’armes, à qui il commanda d'exécuter fidèlement tous ses ordres.

Procope, environné de cette milice, partit donc d’Antioche, et prit la route d'Alexandrie, dans le même dessein que saint Paul était autrefois sorti de Jérusalem avec des lettres des pontifes pour aller à Damas. Mais celui qui avait arrêté la fureur de cet Apôtre au milieu du chemin, et d’un persécuteur en avait fait un vase d'élection, opéra avec un même succès dans l’âme de ce même capitaine, et avant qu'il arrivât à Alexandrie, l’assujétit au joug de son Evangile. En effet, comme il marchait une nuit avec ses gens, à cause des grandes chaleurs qui n’étaient pas supportables pendant le jour, il se fit subitement un tremblement de terre, et au milieu des foudres et des éclairs qui tombèrent et écartèrent tout son monde, il entendit une voix qui lui dit: « Néanie, où vas-tu, et contre qui marches-tu avec tant d'impétuosité et de fureur ? » — « Je vais », répondit-il, « de la part de l’empereur, à Alexandrie, pour y faire mourir tous les Galiléens (c’est ainsi que, par mépris, on appelait les chrétiens), s'ils ne veulent renoncer à Jésus-Christ ». — « C’est donc à moi», ajoute la même voix, « que tu vas faire la guerre ». — « Et qui êtes-vous, Seigneur ? » dit ce capitaine; «Car je n’ai pas l'honneur de vous connaître ! » Au même instant, une croix comme de cristal lui apparut, et Notre-Seigneur lui répliqua du milieu de cette croix : « Je suis Jésus-Christ, Fils de Dieu, crucifié ». Cette parole, qui avait autrefois converti saint Paul, fit aussi un merveilleux effet dans le cœur de ce furieux ; néanmoins, il prit encore la hardiesse de parler à celui dont il voyait le signe, et lui dit : « J’ai appris de l’empereur que le Dieu que les chrétiens adorent n’a point de femme : comment donc pouvez-vous être son Fils ? Et si vous êtes si grand et si noble, d’où vient que vous avez été condamné, fouetté, couronné d’épines et crucifié ? » Il parlait en païen et infidèle; mais, Notre-Seigneur, l’éclairant subitement sur les mystères de sa génération éternelle, de son incarnation et de sa mort pour les péchés des hommes, lui changea tellement le cœur, qu’il en fit sur-le-champ un véritable chrétien. En effet, s’étant rendu la nuit même à Scythopolis, il fit venir un orfévre à qui il commanda de lui faire une croix d’or et d'argent, suivant un modèle qu’il lui en traça. L’orfévre s’en défendit d’abord, parce que la croix étant le signe des chrétiens, l’empereur ne permettait pas qu’on en forget ni qu’on en jetât aucune en moule : mais, sur la parole que lui donna le capitaine de ne le jamais déceler, il en coula une, où, par un grand miracle, l’image de Notre-Seigneur se trouva gravée en haut, avec le mot Æmmanuel, et aux deux côtés, les images de saint Michel et de saint Gabriel, avec leurs noms.

Procope, forüfé par ce prodige, consolé de porter une croix sur lui, passa à Jérusalem, lieu de sa naissance, où la faveur de l’empereur et sa nouvelle dignité de gouverneur lui firent faire un accueil très-magnifique. Peu de jours après, les habitants se plaignirent à lui de la tyrannie des

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Arabes, qui venaient continuellement dans les villages et les petites villes voisines pour en enlever les jeunes filles, qu’ils épousaient ou qu'ils faisaient épouser à leurs enfants. Il leur promit de les affranchir de cette servitude; et, prenant sa croix avec lui, il se mit en campagne, alla attaquer ces barbares dans leurs retranchements, et en tua jusqu’à six mille, sans perdre un seul homme de son armée. Il vit bien que cela était un effet miraculeux de la croix, d'autant plus que Notre-Seigneur l'avait assuré, par deux fois, qu'il serait victorieux par ce signe. Cependant sa mère, qui ne savait rien de son changement, l’ayant embrassé après sa victoire, le sollicita d’en rendre grâces aux dieux de l’empire, et de leur offrir, pour cela, des sacrifices. « Ce n’est pas à eux », lui répondit Procope, « que je suis redevable de ce grand bonheur, mais à Jésus-Christ crucifié, dont j'ai reconnu et adoré la divinité ». — « Que dites-vous », lui répliqua sa mère, « avez-vous donc renoncé au culte et à la religion de nos dieux ? » — « Ce ne sont pa des dieux », dit Procope, « mais des statues insensibles qui ne peuvent écouter nos prières, ni nous donner des secours dans nos besoins et nos plus pressantes nécessités ». Entrant alors dans la chambre, où sa mère avait un certain nombre d’idoles, il les renversa, les foula aux pieds, les rompit, et en fit de l’oret de l’argent monnayé, qu’il distribua libéralement aux pauvres.

Cette action jeta Théodosie dans une fureur extraordinaire. Elle renonça à l’heure même à tous les sentiments de la nature; et, sans considérer l’amour qu’elle devait à son fils unique, elle alla le dénoncer ellemême comme chrétien à l’empereur Dioclétien, qui était encore à Antioche. Ce prince la consola, et lui fit espérer qu’il viendrait aisément à bout de ramener son fils dans la religion de ses ancêtres. Il lui donna donc un rescrit, adressé au préfet de la Palestine, nommé Juste : « Ayant appris », disait-il, « que Néanie, gouverneur de la ville d'Alexandrie, avait embrassé la superstition du Christianisme, il lui ordonnait de l’arrêter, d'employer toute sorte de moyens pour le faire rentrer dans son devoir, et, s’il demeurait opiniâtre dans sa résolution, de le priver de ses dignités, et même de la ceinture militaire, et de le faire passer par les plus cruels supplices ». Juste, ayant reçu cet ordre, vint trouver Procope, lui en denna communication, le pria d’en faire la lecture, et, lui témoignant la douleur qu’il aurait s’il était contraint d’en exécuter la teneur, il le conjura d’y déférer de luimême, sans le mettre dans la nécessité, ou de lui ravir sa fortune, s’il désobéissait à l’empereur, ou de le maltraiter malgré tout le respect et toute l'amitié qu'il avait pour lui. Procope, sans s'étonner, prit le papier qu’il lui présenta; mais, y ayant vu des blasphèmes exécrables contre Jésus- Christ, il le mit en pièces, et en jeta les morceaux au vent. Ensuite, bien qu'il se pût défendre contre le préfet, et l’obliger par force à se retirer, désirant néanmoins ardemment de souffrir pour Jésus-Christ, il renonça en sa présence à sa qualité de gouverneur, lui jeta son baudrier et se mit entre ses mains pour être éprouvé par tous les supplices qu'il lui plairait. Ainsi, celui qui était hier à la tête d’une armée victorieuse, est aujourd’hui captif et chargé de chaînes; celui dont on recherchait hier la bienveillance et l'amitié avec ardeur, est aujourd’hui abandonné des siens et méprisé de ceux-là mêmes qui le regardaient comme l’auteur de leur fortune. Mais le

1. Ce zèle de Procope ne peut être louable que dans l'intention, ou dans le cas où il eût agi sous une inspiration du Saint-Esprit : il n'est donc pas imitable. Qu'un fils fasse de respectueuses remontrances à sa mère pour la tirer de l'erreur, rien de micux ; inais il ne serait ni raisonnable ni chrétien, ni prudent de briser chez elle les objets de sa superstition,

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