‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 69 sur 229 · IX JOUR DE JUILLET · texte numérisé non relu

IX JOUR DE JUILLET

MARTYROLOGE ROMAIN

À Rome, au lieu nommé la Goutte qui coule toujours 1, la fête de saint Zénon et de plusieurs autres saints Martyrs, au nombre de dix mille deux cent trois. 1119 s. — A Gortyne, dans l'ile de Crète, saint Cyrille, évèque, qui, durant la persécution de Dèce, sous le président Lucius, fut jeté dans les flammes ; mais ses liens ayant été brûlés, il en sortit sain et sauf : alors le juge, stupéfait de ce miracle, le relâcha. Voyant ensuite qu'il continuait à prècher Jésus-Christ avec une nouvelle ardeur, il lui fit trancher la têle. tro s. — A Thora, sur le lac du Vélino, en Italie, le martyre de sainte Anatolie et de saint Audax, sous l’empereur Dèce. Anatolie, vierge consacrée à Dieu, ayant altiré à la foi de Jésus-Christ nombre de personnes qu’elle avait guéries de leurs maladies dans toute la Marche d'Ancône, fut, par arrêt du juge Fauslinien, appliquée à diverses sortes de tourments. Ayant élé délivrée d’un serpent lancé contre elle, elle convertit Audax : enfin, tandis

1. Il s'agit des Eaux Sulviennes, lieu où saint Paul fut décapité.

que la sainte fille priait, les bras étendus, on la perça d’un coup d’épée ; pour Audax, il fut mis en prison et aussitôt décapité. 251. — A Alexandrie, les saints Pathermuthe, Coprès et Alexandre, martyrisés sous Julien l'Apostat. 1V® s. — A La Brille, en Hollande, la mort cruelle des DIx-NEUF Martyrs DE GoRKUM, qui, pour avoir défendu l'autorité de l'Eglise et la présence réelle de Jésus- Christ dans l’Eucharistie, furent outragés et tourmentés de diverses manières par les Calvinistes, et consommèrent enfin leur martyre par le dernier supplice. 1512. — A Martole, en Ombrie, saint Brice, évêque, qui, ayant beaucoup souffert pour la foi, sous le Juge Marcien, et converti à Jésus- Christ une multitude infinie de peuple, mourut en paix avec la qualité de confesseur. Fin du vre 8. — À Citta di Castello, en Italie, sainte VÉRONIQUE GruLrANI, de l'Ordre des Mineurs Capucins, abbesse du monastère de cette ville et native de Mercatello, au diocèse d’Urbin. Elle s’est illustrée par son ardeur pour les souffrances, par toutes ses autres vertus et par les faveurs célestes dont elle fut comblée. Le pape Grégoire XVI l’a mise au nombre des vierges. 17217.

MARTYROLOGE DE FRANCE, REVU ET AUGMENTÉ

À Cologne, saint Agilulf ou Agilolf, évèque de ce siége et martyr. D'une naissance illustre, il se livra à l'étude avec beaucoup de zèle dans sa jeunesse, et, quand il fut élevé sur le siége épiscopal de Cologne, il l'illustra par son caractère ferme et sa vigilance. Il fut massacré en haine de la foi pendant les troubles qui désolèrent l'Eglise d'Allemagne au vitre siècle. Vers 770. — Au monastère de la Ferté-sur-Grône ({Färmitas ad Gronam, Ordre de Citeaux), au diocèse de Chälonsur-Saône, diocèse actuel d’Autun, la mémoire de cinquante religieux de cette abbaye, égorgés avec leur abbé par les hérétiques. 1300. — À Arras, sainte Godeleine, dont nous avons donné la vie au 6 juillet. — À Autun, saint AGRIPPIN, évêque de ce siége, et dont la naissance au ciel est marquée au 4cr janvier. Il eut la consolation d’ordonner diacre et ensuite prêtre saint Germain de Paris !. 541 — À Nimes, saint Honnèt ou Honeste, prêtre et martyr, que saint Saturnin convertit en passant par Nimes et qui fut plus tard apôtre de la Navarre 2. 119 s. — A Sens, la fête de saint Héracle, évêque de ce siège. Né en 487, ami et contemporain de saint Remy, évêque de Reims, il assista, en 496, au baptême de Clovis et fonda, vers 505, le monastère de Saint-Jean l’Evangéliste où il eut sa sépulture. Son corps fut plus tard transféré dans la cathédrale de Sens, et son tombeau devint bientôt célèbre par de nombreux miracles. Le martyrologe romain mentionne saint Héracle de Sens au 8 juin. Vers 515. — Encore à Sens, saint Paul, frère et successeur du précédent. On l’mhuma auprès de son frère dans l’abbaye de Saint-Jean. Vers 525. — A Orléans, saint Ithère ou Ithier, évêque de Nevers, dont nous avons donné la vie au jour précédent. Vers 695. — Dans le Maine, saint Brice, cité au martyrologe romain de ce jour. Après avoir mené la vie cénobitique à Micy ou Saint-Mesmin ({Hzciacum), très-ancienne abbaye de l'Ordre de Saint-Benoît, fondée près d'Orléans, vers l’an 498, sous l’invocation de saint Etienne, il habita la solitude du Passais. On voit encore aujourd’hui, au même lieu où était l’ermitage de saint Brice, un bourg et une église qui portent son nom et le reconnaissent pour patron. Cette paroisse est maintenant du diocèse de Séez. Il y a dans celui du Mans une autre paroisse qui porte le même nom et honore le même patron. Saint Brice mena sur la terre une vie tout angélique, et parvint, malgré ses austé-

- rités, à une extrème vieillesse. Fin du vis s. — A Trèves, saint Cyrille, évêque, qui florissait au milieu du ve siècle. Son corps fut inhumé dans l’église de Saint-Matthias, et, dans la suite, une partie de ses reliques fut portée à Prague, en Bohème. Vers 458. — A Gannat (Allier), au diocèse de Moulins, fête de sainte PROCULE, vierge, mise à mort par son fiancé. x1e ou x119 s. — Dans un grand nombre de diocèses de France, fète des miracles de la très-sainte Vierge, honorée sous le titre de Notre-Dame des Prodiges. Ce n’est pas sans raison que l'Eglise honore la sainte Vierge sous ce titre, car tout est miraculeux dans cette Créature incomparable : 40 Prodiges dans sa Conception : par une grâce spéciale et par un privilége tout particulier de la Bonté divine, Marie est non-seulement sanctifiée dans le sein de sa mère, mais elle est exempte et entièrement préservée de toute tache du péché originel au premier instant de sa Conception. 20 Prodiges dans sa naissance : par une faveur toute céleste, Marie vient au monde avec le parfait usage de sa raison et de sa liberté, ornée de toute ja plénitude de la grâce. 30 Prodiges dans l’Incarnation et la naissance du Fils de Dieu : Marie, par le miracle le plus inconcevable, devient la Mère de Dieu, et, par lopération de l'Esprit-Saint, et sans cesser d’être vierge, Marie concoit dans son sein et de son propre sang elle enfante, elle nourrit de son lait le Fils de l'Eternel, le Créateur et le Sauveur du monde. 40 Prodiges dans sa mort : pour la récompenser'de son exemption de tout péché, Dieu la préserve de toute douleur dans son trépas. 5° Prodiges dans son sépulcre, car si Marie descend dans le sein de la terre, elle triomphe de la corruption du tombeau, pour prix de sa pureté angélique et de sa maternité divine. 60 Prodiges dans son assomption et son couronnement dans le ciel, car, tandis que les corps des autres mortels tombent en dissolution et demeurent dans le sein de la terre jusqu’an jour de la résurrection, le corps de Marie sort de la tombe trois jours après sa

1 Voir au Supplément. — 2. Voir le martyroloze de France du 16 février

mort, et, revêtu de toutes les qualités des corps glorieux, il est porté triomphalement vers le ciel sur les ailes des anges . — Aux diocèses de Quimper et de Rennes, saint Goulven, évêque de l'ancien siége de Léon, dont nous avons donné la vie au 4er juillet. — Au diocèse de Poitiers, saint Auremonde, abbé de Mairé, disciple et successeur de saint Junien. Il fut appelé Auremonde, c'est-à-dire or pur, parce que saint Junien donna une somme d’or à sa mère qui était très-pauvre pour subvenir aux besoins de son éducalion. j

MARTYROLOGES DES ORDRES RELIGIEUX

Martyrologe des Chanoïnes réguliers. — À La Brille, en Hollande, le supplice des dix-neuf Martyrs de Gorkum, au nombre desquels se trouvaient trois chanoines réguliers, Jean d'Oosterwyck, Adrien Becan et Jacques Lacop.

Martyrologe des Bénédictins. — Sainte Elisabeth, reine de Portugal.

Martyrologe des Cisterciens. — La Visitation de la sainte Vierge.

Martyrologe des Dominicains. — Dans la ville de Gorkum, le bienheureux Jean de Cologne, de l'Ordre des Frères Prêcheurs, et ses compagnons.

Martyrologe des Franciscains. — À La Brille, en Hollande, le supplice des dix-neuf Martyrs de Gorkum, parmi lesquels se trouvaient onze frères mineurs, Nicolas Pik, Jérôme de Werden, et neuf autres.

Martyrologe des Augustins. — La fête des Prodiges de la sainte Vierge Marie.

Martyrologe des Capucins. — À Citta di Castello, en Italie, sainte Véronique Giuliani.

Martyrologe des Carmes déchaussés. — L'Octave de la Visitation de la très-sainte Vierge. — À Regsio, dans le duché de Modène, la bienheureuse JEANNE SCOPELLI, vierge, carmélite, dont Clément XIV approuva le culte immémorial, et permit de célébrer la fête le 9 juillct dans tout l'Crdre des Carmes, et dans les Etats du duc de Reggio et de Modène. 1491. :

ADDITIONS FAITES D'APRÈS LES BOLLANDISTES ET AUTRES HAGIOGRAPHES

À Milan, saint Moch, martyr, cité au martyrologe de saint Jérôme. — A Tomes, ville de la Mésie inférieure, les saints Zénon, Mimia, Vital, Rufin, Evangèle, Vrise et Agnite, martyrs, cités par le même. — En Sicile, saint Félicien, martyr. — A Rome, les saintes Flurienne et Faustine, vierges et martyres. — À Todi, en Italie, saint Pontien, évêque et martyr. Pendant la cruelle persécution des empereurs Dioclétien et Maximien, il se réfugia chez une pieuse matrone de Todi qui le cacha dans une citerne ; mais les espions du persécuteur finirent par le découvrir et lui firent endurer la prison, les chaines et tous les tourments. 1119 s. — Dans l’ancienne ville de Furconium, dans l’Abruzze ultérieure, saint Eusiane et ses compagnons, martyrs. Emprisonné en haine de la foi pendant la persécution de Maximien, un ange lui apparut dans son cachot, comme à un autre saint Pierre et l’encouragea à souffrir générensement pour Jésus-Christ. 1119 s. — Chez les Grecs, les saints André et Probe, martyrs, qui endurèrent le supplice du feu. — A Gênes, saint Félix, évêque et confesseur, Né à Gênes, il fut instruit dans les lettres sacrées par saint Valentin, évèque de ce siége, à qui il succéda. On rapporte que, pendant qu’il célébrait la sainte messe, on vit une flamme descendre sur sa tête et la main de Notre-Seigneur s'étendre sur la sainte hostie. Après avoir sagement gouverné son diocèse, il mourut à l’âge de soixante-dix ans. 1ve s. — A Cornelo, en Ilalie, saint Théophane, confesseur, dont saint Grégoire de Tours fait l’éloge. vis s. — En Angleterre, sainte Evérilde, vierge. Kinéglis, roi des Saxons occidentaux, ayant été baptisé, en 635, par saint Bertin, Evérilde eut le bonheur de parvenir à la connaissance de Jésus-Christ. Le désir de se consacrer plus entièrement au service de Dieu la porta à s'enfuir secrètement de la maison palernelle pour aller chercher quelqne monastère. Etant en route, elle fut jointe par deux autres vierges nommées Bège et Wuldrède. Ayant trouvé un lieu convenable, elle forma plusieurs personnes de son sexe à la perfection, et ne cessa de leur donner l'exemple des plus sublimes vertus jusqu'à sa mort. vrie s. — À Minden, dans la Westphalie, saint Hérombert, évèque et confesseur. 1] montra son zèle dans la conversion des Saxons encore idolätres. Charlemagne, connaissant sa valeur, le plaça sur le siége de Minden, qu’il venait de fonder. Vers l’an 800,

1, L'abbé C. Martin,

PATRONNE DE GANNAT, AU DIOCÈSE DE MOULINS x19 ou x11e siècle.

Omnis qui reliquerit patrem aut matrem propter nomen meum, cenluplum accipiet et vitam æternam possidebit.

Celui qui pour plaire à Dieu quitte son père et sa mère de la terre, recevra le centuple en ce monde et la vie éternelle en l’autre.

Matth., xix, 29.

Sainte Procule , fille unique d’une des plus illustres familles du Rouergue, naquit à Rodez. Dès sa plus tendre enfance, Dieu sembla la prédestiner visiblement à une haute sainteté; car, semblable en cela à quelques autres saints, le mardi et le jeudi de chaque semaine, elle ne suçait le lait de sa mère qu’une seule fois le jour. Ainsi, dans un âge où les enfants ne suivent que l'instinct de la nature, elle obéissait déjà aux mouvements de la grâce.

Prévenue de si bonne heure des bénédictions du ciel, à peine put-elle connaître son Dieu qu’elle se consacra entièrement à son service. Quoique née et élevée au milieu du luxe et des grandeurs, elle n’y attacha point son cœur ; elle ne montra que de l'éloignement et du dégoût pour les amusements frivoles et les fêtes profanes. Elle visitait souvent les églises et ne paraissait en public que quand la nécessité ou la bienséance l’y obligeait ; alors elle montrait une modestie si aimable, un tact si délicat, une urbanité si chrétienne, que tous en étaient saisis d’admiration.

Elle était douée de tous les dons qui pouvaient la rendre agréable aux hommes. Son esprit vif et pénétrant, son naturel doux, affable et bienfaisant, sa piété surtout qui donnait une forme si aimable à ces qualités naturelles, et enfin sa beauté remarquable, qui n’était que le reflet de son âme, faisaient de la jeune Procule un objet d’estime et d’admiration pour tous ceux qui la voyaient.

Mais Dieu avait formé ce cœur pour se le réserver à lui seul ; le monde n’en était pas digne, et Procule, poussée par la grâce de l’Esprit-Saint, avait de bonne heure consacré et voué sa virginité à l’Epoux céleste, à l’Agneau sans tache ; elle lui avait donné son cœur tout entier.

Ses parents, chrétiens d’ailleurs, mais imbus des maximes du monde, avaient d’autres vues sur elle ; ils ne possédaient que cette fille pour héritière de leur nom illustre et de leurs grands biens ; en elle résidaient leurs espérances mondaines. Aussi suivirent-ils d’un œil inquiet ses progrès dans la sainteté ; ils avaient déjà quelques pressentiments ; maïs ils se rassuraient à cause de sa grande jeunesse et de sa parfaite obéissance. Ils ne connaissaient pas encore la généreuse fermeté de son cœur.

Dès qu’elle eut atteint l’âge de seize ou dix-sept ans, ils songèrent à lui chercher un époux qui fût digne d’elle et des grands biens dont elle devait être l’unique héritière. Ils crurent avoir trouvé ce qu'ils désiraient dans la

personne d’un jeune et riche seigneur, nommé Géraud, qui, charmé des qualités de Procule, aspirait à devenir son époux. Les parents de la Sainte s'empressèrent de faire connaître à leur fille ce désir et ce choix de leur cœur. Procule leur répondit avec beaucoup de respect et de douceur, mais avec une fermeté qu’on ne lui connaissait pas, qu’elle avait déjà disposé de ses affections, et que Jésus-Christ seul était le roi de son cœur et seul serait son époux pour l'éternité.

Ses parents, fort surpris d’une réponse si peu attendue, employèrent tout ce que leur amour leur suggéra de plus propre à ébranler sa constance : ils n’épargnèrent ni les larmes, ni les caresses, ni même les menaces, pour la faire changer de dessein ; mais tous leurs efforts furent inutiles. :

Quand la Sainte se fut retirée dans son appartement, elle s’empressa de se jeter à genoux pour renouveler à son divin Epoux l’engagement qu’elle avait déjà pris, et pour lui demander la force de surmonter les obstacles qui menaçaient de la séparer de lui. Jésus-Christ, qui aime tant le don des cœurs purs et qui veut bien être l'époux des âmes chastes, fut touché de tant d'amour et de générosité. Il voulut à son tour honorer la Sainte de ses faveurs et lui accorder un témoignage sensible de l’acceptation de son cœur. Il lui envoya donc, par le ministère de l’ange Gabriel, une bague d’or pour gage de son amour et de la sainte alliance qu'il contractait avec elle. Sainte Procule fut tellement fortifiée par cette glorieuse marque de l’amour de son céleste Epoux, qu’elle ne craignit plus de soutenir les plus rudes combats pour lui garder sa fidélité.

L'occasion ne tarda pas à s’en présenter. Les parents de la Sainte, obstinés dans leur dessein, après avoir passé quelque temps sans lui parler de mariage, résolurent de briser sa résistance en lui faisant une violence subite. Ils la fiancèrent malgré elle à Géraud, et fixèrent l’époque de la cérémonie des noces. Procule, ferme dans sa résolution et confiante dans son fidèle époux, attendait sans crainte le jour redoutable.

Il arriva, et, dès le matin, tout était disposé pour la fête avec la pompe et la magnificence qui convenait à une famille de ce rang. Les amis de la maison étaient venus assister à cette brillante cérémonie, et le fiancé Géraud était déjà arrivé, suivi d’un train magnifique : il attendait, avec tous les invités, Procule sa fiancée, qui seule manquait, pour commencer la cérémonie.

Pendant ce temps, Procule, retirée seule dans son appartement, se jeta aux pieds de son divin Jésus, et le pria instamment de la protéger dans une conjoncture si périlleuse, et de lui faire connaître ce qu’elle devait faire. Elle entendit alors une voix qui lui adressa les mêmes paroles que Dieu avait adressées à Abraham : «Sortez de votre famille et de votre pays, et venez dans la terre que je vous montrerai ».

Aussitôt elle se relève, pleine de force et de courage, quitte les vêtements somptueux dont on l'avait parée, et se revêt de méchants habits pour mieux cacher sa fuite, et pour se rendre plus conforme à la pauvreté de son céleste Epoux. Sous ce déguisement, elle sort furtivement de la maison de ses parents, et s'enfuit dans les bois et dans les montagnes, sans autre guide que l’ange gardien qui l'accompagne.

Elle traverse ainsi tout le pays très-montagneux qui sépare le Rouergue de l'Auvergne ; rien ne l’arrête, ni les rochers, ni les précipices, ni les forêts sombres. Elle traverse encore l'Auvergne entière, échappe à tous les dangers, saurmonte toutes les fatigues auxquelles elle était si peu accou-

tumée ; maïs l'amour de son Dieu lui donne de la force et des ailes, et la protége contre tous les périls.

Elle arriva jusque dans le Bourbonnais, à un quart de lieue de la petite ville de Gannat. Là elle s'arrêta devant ce site pittoresque et désert : au fond, le ruisseau limpide d’Andelot, dominé par deux collines gracieuses, et à ie pied, un rocher dans lequel élle découvrit une petite caverne. La Sainte, fatiguée de son voyage, s’établit dans cette caverne pour se reposel!, et pour s’entretenir dans la solitude avec son céleste Epoux, en attendant qu'il disposât d’elle comme il voudrait.

Géraud et toute l’assistance étaient dans une impatience extrême de voir commencer la solennité des noces ; on n’attendait plus que la fiancée. Enfin, on envoya une servante de la maison pour amener la reine de la fête ; elle trouva l'appartement désert et la robe de noce jetée à terre. Elle revint aussitôt, pour faire part de cette triste nouvelle, et, à la vue des habits de fête que Procule avait laissés, on ne douta plus de son déguisement et de sa fuite.

Toute la maison fut alors remplie de confusion, de bruit et de trouble; les préparatifs de la fête brillante accrurent encore la déception universelle. Le père de Procule, consterné tout d’abord, entra bientôt dans une violente colère ; il fit quelques excuses à Géraud, lui permit, le pria même de chercher la fugitive, non plus pour lui offrir une alliance dont elle s'était rendue indigne, mais pour la châtier, comme elle méritait ; et, dans l’'emportement de sa fureur, il lui céda tous ses droits de père et lui recommanda même de ne pas épargner la vie de Procule, si, après l'avoir trouvée, il ne pouvait la ramener. Géraud, plus irrité qu'aucun autre, et de son amour méprisé, et de son orgueil blessé, s’élança avec ardeur à la poursuite de la fugitive.

Il erra quelque temps, comme au hasard, mais il finit par découvrir les traces de celle qu’il recherchait, et, d'indications en indications, il réussit à suivre lentement, mais sûrement, celle qui ne pouvait plus désormais lui échapper. Il traversa ainsi l'Auvergne et vint dans le Bourbonnais, jusque près de la retraite de sainte Procule, qui se croyait en sûreté.

Non loin de là, il rencontra des bergers qui gardaient leurs troupeaux, et il leur demanda s'ils n’avaient point vu une étrangère dont il leur dépeignit le portrait. Les bergers répondirent qu'ils l'avaient vue ; mais soupçconnant quelque mauvais dessein de la part de ce jeune seigneur, ils refusèrent de trahir la retraite de celle qu'ils vénéraient déjà comme une sainte. Géraud fit alors briller à leurs yeux l’appât d’une riche récompense, en les assurant que son dessein était de la ramener chez ses parents, d’où elle s’était échappée. Les bergers, éblouis et vaincus, livrèrent leur secret et découvrirent la retraite de la Sainte.

Géraud s’avança vers elle ; à sa vue, il retrouva toute la at de sa passion, et entreprit de la ramener par les moyens de la douceur et de la persuasion. Celle-ci, après le premier moment de surprise, demeura inflexible dans sa résolution et ne fit à toutes les instances de Géraud que cette ferme réponse : « Je ne reconnaîtrai jamais que Jésus-Christ pour mon époux, et je lui serai fidèle jusqu’à l’effusion de mon sang, s’il le faut ».

Ce refus changea la modération de Géraud en une rage violente et une haine insensée ; il se rapproche vivement de sa victime, afin d’exercer sur elle l’autorité dont le père l’avait investi, et de l'emmener de force ou de la faire mourir. Procule prend aussitôt la fuite, et, pour éviter son

persécuteur qui lui ferme le chemin, elle passe à travers des rochers inaccessibles, qui, semblant vouloir lui livrer passage, se ramollissent sous son poids, et gardent encore l’empreinte de ses doigts et de ses genoux.

Son bourreau, plus insensible et plus dur que les rochers eux-mêmes, s'élance à sa poursuite et l’atteint à cent pas de la ville de Gannat. Là, il lui réitère ses ordres; la Sainte persiste dans sa résolution, et Géraud, exaspéré par une telle résistance, tire son épée et lui dit : « Procule, vous n’êtes pas moins indigne de la vie que de mon alliance; vous n’avez pas voulu de moi pour époux, vous m’aurez pour bourreau »,

La Sainte, à ces mots, tombe à genoux, fait le signe de la croix, prononce le nom de Jésus, son divin Epoux, en lui offrant son cœur et sa vie; et sa tête roule sous le glaive du meurtrier.

Mais, Ô prodige ! la vierge se relève, comme si elle eût été pleine de vie ; elle prend sa tête entre ses bras, et marche d’un pas assuré vers la ville de Gannat qui était toute voisine. À la vue d’un miracle si étonnant, Géraud, éclairé par la grâce, se prosterna aux pieds de la Sainte, pour implorer son pardon. La Sainte, s’arrêtant alors, se tourna vers son bourreau tout baigné des larmes du repentir, et, par un nouveau miracle, l’assura en quelques paroles de son pardon le plus généreux; puis elle reprit sa marche vers la ville.

Géraud persévéra dans sa conversion; afin d’expier son crime, il passa le reste de ses jours dans une solitude, menant la vie d’anachorète, et, après avoir pratiqué les vertus les plus admirables, il mourut en odeur de sainteté, et fut même honoré comme Saint.

Sainte Procule, arrivée à Gannat, traversa plusieurs rues, à la stupéfaction des habitants. Plusieurs d’entre eux lui jetèrent mille insultes, la traitant de sorcière, et attribuant à l’action du démon un prodige si surprenant. Ils portèrent la peine de leur impiélé; les uns furent affligés de maladies incurables; les autres, réduits à une extrême indigence, après avoir possédé de grands biens; les autres furent privés de sépulture après une mort violente ou honteuse.

Sainte Procule arriva ainsi jusqu’à l’église de Sainte-Croix, et alla se prosterner au pied d’un autel, où un prêtre, nommé Paul, célébrait le saint sacrifice. On la vit à genoux, tenant entre ses mains sa tête tranchée et sanglante, et l’offrant à Jésus-Christ, comme un témoignage suprême de sa fidélité et une preuve éclatante de son amour; puis, ses mains défaillantes laissèrent échapper sa tête, et son corps s’affaissa sur lui-même pour ne plus se relever. Les prêtres s'étant assemblés, délibérèrent au sujet de la sépulture dont il fallait honorer de si saintes reliques; ils députèrent deux des plus anciens d’entre eux à Clermont, pour donner avis à l’évêque de ce qui s'était passé.

A cette nouvelle, le prélat, accompagné de son archidiacre et des principaux de son clergé, se rendit à Gannat, pour célébrer en personne les obsèques de la sainte Martyre. Le bruit de ces prodiges si extraordinaires, se répandit promptement dans le pays, et une prodigieuse affluence de peuple se pressa pour assister à la cérémonie, et pour vénérer le corps de la Sainte, qui fut ensuite inhumé près du grand autel de l’église de Sainte- Croix.

CULTE ET RELIQUES. — PÈLERINAGE

Le tombeau de sainte Procule devint bientôt célèbre; il fut le but du pèlerinage d’une multititude de fidèles qui venaient le vénérer et lui demander de nombreuses guérisons. Les miracles qui s’y opérèrent y attirèrent encore plus d’affluence, et l'évêque de Clermont se vit obligé de faire la translation de ces saintes reliques. Il se rendit donc à Gannat, accompagné d’un nombreux clergé, enferma le corps de la Sainte dans une chässe de bois enveloppée d’une étoffe rouge, et la plaça sur l'autel.

Les miracles s’y multiplièrent encore tellement, et les habitants de Gannat en reçurent des bienfaits si signalés, que la reconnaissance les obligea d'opérer une seconde translation de ces reliques si précieuses dans une magnifique châsse d'argent, afin qu’elles fussent mieux honorées Cette cérémonie se fit sous l’épiscopat de Joachim d'Estaing, évêque de Clermont.

Le bruit des miracles nombreux opérés par sainte Procule se répandit jusqu’à Rodez qui avait été sa patrie. Les habitants de cette ville, désireux de rendre à leur sainte compatriote un culte plus particulier, et de s’attirer ses faveurs spéciales, conçurent le dessein d'acquérir une relique insigne de cette sainte Martyre. Les religieux et les prêtres de la fraternité de Saint-Amans, présidés par Antoine Monmaton, curé de celte église, députèrent, le 17 juillet 1613, deux prêtres de leur société, pour présenter au curé et aux prêtres de Sainte-Croix de Gannat une pétition leur demandant une relique insigne de leur glorieuse patronne, et leur offrant en échange une relique de saint Naamas, l’os du fémur. Les deux députés se rendirent à Gannat, le 7 août, et présentèrent leur requêle qui fut agréée du clergé.

On fit l'ouverture de la chässe d'argent et on en retira un os du bras, le cubitus qu'on mit dans une boîte scellée, et tout le peuple avec le clergé accompagna processionnellement la relique jusque hors de la ville, avec les témoignages du respect dû à une sainte si illustre.

Lorsqu'on fut prévenu, à Rodez, de l’arrivée de cette relique, une foule de peuple précédée da clergé, de tous les corps religieux et de toutes les corporations civiles, ainsi que de toutes les musiques, s’avança à plus d’une lieue hors de la ville, pour recevoir avec honneur un trésor si vénérable et si précieux.

Une partie de cette relique se perdit pendant la Révolution; ce qu’on put en sauver a été depuis partagé avec la cathédrale.

Les habitants de Gannat, pleins de vénération et de reconnaissance pour leur bienfaisante patronne, élevèrent une chapelle à l’endroit où sainte Procule s'était arrêtée, à son arrivée dans le pays ; elle fut nommée le Pas de sainte Procule; ils en construisirent une autre au lieu où elle avait subi le martyre. De plus ils établirent en l'honneur de leur Sainte deux confréries qui furent longtemps florissantes, et ne contribuèrent pas peu à entretenir la ferveur de la piété dans les âmes.

L'église de Saint-Amans a une chapelle ornée d’un vitrail, dédiée à sainte Procule ; cette sainte est l’une des principales palronnes de la congrégation des jeunes personnes, et sa fête se célèbre chaque année avec une solennité particulière. Le diocèse de Rodez célèbre son martyre le 3 septembre ; la ville de Gannat, le 43 octobre, et la translation de ses reliques, le 9 juillet.

Les miracles que sainte Procule a opérés sont innombrables ; ils ont attiré à Gannat un grand concours de pèlerins. Les reliques de sainte Procule y furent religieusement conservées jusqu'au moment où l'ouragan révolutionnaire souffla sur elles et les dispersa sans retour. Toutefois, quand après la tempête revinrent des jours calmes et sereins, la ville de Rodez, qui avait obtenu de la ville de Gannat une relique insigne de sainte Procule, fit don, à son tour, d’un fragment de cette relique à la piété toujours subsistante des habitants de Gannat. On la conserve encore de nos jours dans la chapelle de Sainte-Procule, et chaque année, les jeunes filles de la ville, vètues de robes blanches et ceintes de cordelières couleur de pourpre, alin de rappeler, par ce double symbole, la pureté et le martyre de sainte Procule, se font un honneur de la porter en triomphe à la procession qui se fait, autour de la ville de Gannat, ie jour de sa fête. Cette fête primitivement fixée au 12 octobre, se célèbre maintenant dans tout le diocèse de Moulins, le 9 juillet de chaque année. À Gannat, lorsque le 9 juillet n’est point un dimanche, la fête solennelle est renvoyée au dimanche suivant,

Nous avons extrait cette biographie des Saints du Rouergue, pax M. l'abbé Servières, et de la Vie de sainte Procule, par M. l'abbé Cornil, prêtre du diocèse de Moulins.

Page 1