‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 8 sur 229 · SAINT RAYMOND DE TOULOUSE, CHANOINE RÉGULIER · texte numérisé non relu

SAINT RAYMOND DE TOULOUSE, CHANOINE RÉGULIER

fl ne se considéra plus comme le propriétaire de ses biens, mais seulement comme l’économe et le dispensateur, et il les distribuait silibéralement aux pauvres, qu’il semblait ne les avoir reçus que pour les mettre entre leurs mains : les malades, les prisonniers et toutes sortes d’autres malheureux, avaient part à ses charités, et il n’en excluait pas même les Juifs, parce qu’il savait distinguer en eux la qualité d'hommes, qui est l'ouvrage de Dieu, et celle d’infidèles et d’opiniâtres, qui est l’ouvrage du démon et de l’esprit humain.

Sa miséricorde ne pouvant se contenter de quelques aumônes particulières, il entreprit de grandes choses pour l'utilité du publie, il les mit heureusement à exécution. La première fut la fondation d’un collége pour l'entretien et l'instruction de treize pauvres clercs, en l’honneur de Notre- Seigneur et des douze Apôtres ; il en fit bâtir la maison à ses dépens, et lui donna ensuite de bons revenus, afin que ces serviteurs de Dieu, étant dégagés de tous les soins de la terre, n'eussent plus d’autre sollicitude que de se rendre capables de glonifier Jésus-Christ et de procurer le salut du prochain Il se trouvait ordinairement avec eux ; et, quoiqu'il ne fût pas encore dans les Ordres sacrés, il ne laissait pas de les animer beaucoup, par ses exemples et par ses discours pleins de feu, à remplir tous les devoirs de l’état ecclésiastique. Le second ouvrage, que sa charité lui fit entreprendre, fut la construction de deux ponts sur la rivière de l’Héro, près de Toulouse. On était auparavant contraint de la passer en bateau pour entrer dans cette grande ville ; et, comme il s’y élevait souvent de grandes tempêtes, les bateaux coulaient à fond et beaucoup de monde s’y perdait. Ce malheur toucha de pitié cet homme de miséricorde, qui prenait part à toutes les afflictions de son prochain ; il ne vit point d’autre remède que d'y faire construire des ponts ; et, bien que la dépense en fût fort grande pour un simple particulier, il trouva néanmoins, avec le secours de la divine Providence, qui ne manque point d’assister ceux qui mettent leur confiance en elle, plus qu’il ne fallait pour y satisfaire. Les deux ponts furent donc construits, et l’on peut dire que, par ce moyen, il donna la vie à autant de personnes que cette commodité publique en préserva du naufrage. Enfin, sa ferveur ne trouvant rien d’impossible, il forma le dessein de faire rebâtir à

neuf, et avec plus de magnificence et de splendeur, la basilique de Saint-

Sernin, qui tombait de vétusté. Il employa treize ans à cet ouvrage, fournaissant l'argent nécessaire pour une si grande entreprise, veillant à la belle disposition de l’édifice, et sollicitant les ouvriers d’y mettre toute leur industrie, parce que ce n’était pas une maison profane qu'ils bâtissaiont, mais la maison de Dieu.

Ce n’était pas encore assez de consacrer ses biens au service de Jésus- Christ et à l'utilité du prochain : il fallait, pour son entière satisfaction, qu’il fit aussi un parfait sacrifice de lui-même, en embrassant la vie religieuse. Lorsque cette église de Saint-Sernin fut presque achevée, il demanda d’être admis au nombre des chanoïnes réguliers qui la desservaient. Son mérite était trop grand, et ses bienfaits envers cette maison trop considérables pour n’y être pas reçu Il prit l’habit, fit son noviciat, et prononça ses vœux avec une ferveur peu commune, qui donna de l’admiration à tous ceux qui en furent témoins. Lorsqu'il fut profès, il fit une nouvelle entreprise beaucoup plus noble et plus agréable à Notre-Seigneur que toutes celles qu’il avait faites étant dans le monde ; ce fut de travailler à la réforme de cette communauté régulière, qui était extrêmement déchue de son ancienne splendeur, et ne gardait presque plus rien des observances ré-

gulières. Son exemple servit beaucoup à ce dessein; car sa vie était une leçon continuelle de silence, de modestie, de mortification, d’assiduité à l’oraison, de révérence dans le chant des psaumes et dans la célébration des divins offices, et de détachement de toutes les choses de la terre ; mais il y contribua encore beaucoup par ses remontrances, par ses prières et par mille autres pieuses industries dont il se servit pour gagner le cœur des autres religieux, et les porter ainsi à l’accomplissement des devoirs de leur profession. La bonne odeur de cette maison, renouvelée par ses soins, fit que plusieurs personnes quitièrent le monde et renoncèrent aux vanités du siècle pour se ranger sous le joug de Jésus-Christ, dans une si sainte école; de sorte que, s’il avait eu l’honneur d’être le restaurateur de l'édifice matériel de Saint-Sernin de Toulouse, on peut dire qu’il eut aussi la gloire d’en rétablir l'édifice spirituel, en rendant cette abbaye une des plus réglées et des plus florissantes qu’il y eut en France.

Enfin, lorsqu'il y eut vécu quelques années dans une grande réputation de sainteté, Dieu récompensa ses aumônes, ses austérités et son zèle pour le salut des âmes, par une heureuse mort qui servit de passage à une plus heureuse éternité, le 3 juillet de l’année 1073 ou 1074. Chose admirable! cet excellent religieux, qui avait si bien mérité de ses confrères, et qui était comme le second fondateur de l’abbaye, se jugea néanmoins indigne d’y être enterré. Il pria donc, avec instance, qu’on l’enterrât avec les pauvres clercs qu’il avait fondés, et dont nous avons déjà parlé. C'était ôter à sa maison un grand trésor et un gage plus précieux que toutes les richesses du monde ; mais on n’osa pas lui refuser sa demande. Ainsi il fut déposé dans un tombeu de pierre qu'il s'était fait creuser auprès du collége de ces treize clercs. Dieu a depuis illustré ce sépulcre par un grand nombre de miracles : les possédés y ont été délivrés, les aveugles, les estropiés, toutes sortes d’infirmes guéris.

Nous avons tiré cette vie des leçons de son office, qui sont au Bréviaire de Sainte-Geneviève de Paris — Cf. Histoire générale de l'Eglise de Toulouse, par l'abbé Salvan.

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