LE BIENHEUREUX FRÈRE PACIFIQUE
DE L'ORDRE DE SAINT- FRANÇOIS (xIm° siècle).
Au moment où le séraphique saint François commençait à évangéliser les villes et les campagnes
de l'Italie, et, à opérer partout sur son passage les plus étonnantes conversions, vivait dans les
cours et les palais des grands un personnage devenu l’une des gloires religieuses de ce pays. I était du nombre de ceux qu’on appelait en Provence trouvères ou troubadours. L'empereur Frédéme l'avait couronné en qualité de prince des poëtes, ce qui le faisait nommer ordinairement le Roë des vers.
Un jour qu’il traversait le petit bourg de San-Severino, il entra dans l'église d’un monastère pour y entendre la prédication. C'était François d'Assise lui-même qui parlait aux fidèles asseuim blés. Notre troubadour ne le connaissait point encore; mais, pendant qu’il écoutait attentivemeut les yeux fixés sur le visage du Saint, il vit comme deux épées lumineuses former une croix sur sa tête et deux autres sur sa poitrine. Frappé de cette vision, le jeune mondain reconnait tout le néant des vanités auxquelles il a livré sa vie; il vient, le sermon fini, se jeter entre les bras de saint François et lui demande de le recevoir au nombre de ses disciples. Le Saint rendit grâces au Seigneur en voyant ce nouveau fils spirituel passer presque sans intervalle des agitations du siècle à la paix de Jésus-Christ : il le nomma frère Pacifique.
En 1216, la mission de France fut confiée au nouveau franciscain, qui commença, avec plusieurs frères, à prècher en différents lieux. Ils supportaient le froid, le chaud et toutes les incommodités
1, Ce monastère de Fiscau devint depuis un prieuré de l'abbaye de Liessies. Fissiaux ou Fussiaux, n'est plus aujourd'hui qu'un des neuf hameaux de la commune de Dompierre.
des saisons sans jamais se plaindre. S'il y avait dans la localité une église ou communauté dans laquelle on chantät l'office des Matines durant la nuit, ils s’y transportaient tous ensemble ; sinon ils les récitaient en particulier, à la maison qu'ils habitaient. La première partie de la journée était consacrée à adorer Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement de l'autel, et si personne à midi ne leur avait fourni un peu de nourriture, ils allaient demander l’aumône de porte en porte. Le reste du jour, jusqu'au soir, était employé à visiter les hôpitaux, à consoler les pauvres, à soigner les lépreux, à soulager les malades et tous ceux qui étaient dans quelque besoin spirituel ou corporel. Telle était la conduite simple et édifiante du frère Pacifique ét de ses compagnons. Sa qualité de ministre provincial de la mission de France l’obligea de parcourir une partie considérable du royaume. Arrivé dans le Hainaut, il fut puissamment aidé dans ses pieuses entreprises par la comtesse Jeanne, fille de Baudouin de Constantinople. On vit s'élever bientôt dans ces contrées des maisons de l'Ordre : à Lens, à Saint-Trond, à Valenciennes, à Gand, à Arras, à Bruges et à Oudenarde. Toutes ces communautés furent en peu de temps remplies de religieux, qui répandaient au loin la bonne odeur des vertus de Jésus-Christ.
Le frère Pacifique mourut vers le milieu du xt siècle, dans le monastère des Franciscains de Lens, qui paraît avoir été le premier de tous ceux qui furent fondés dans le nord de la France.
Tiré de la Vie de saint François d'Assise, par le R, P. Chalippe, — Voir notre Palmier Séraphique.