SAINT LÉONCE LE JEUNE, ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
B64. — Pape : Jean II. — Roi d'Austrasie : Sigebert Ier.
Eleemosyna quodammodo animarum aliud est lavacrum, ut si quis forte post baptismum humana fragilitate deliquerit, supersit ei ut ilerum eleemosynis emundetur.
L'aumône est en quelque sorte un nouveau bain de salut pour les âmes, tellement que si, après le baptême, un chrétien vient à pécher, il peut encore se purifier par l'’aumône.
Saint Ambroise.
Originaire d'Aquitaine et né à Saintes (Charente-Inférieure), vers 510, Léonce le Jeune fut l’un des plus grands et des plus pieux évêques de son temps. Une naissance dont il ne se glorifiait pas, et de grands biens dont il se montrait libéral, donnèrent un nouvel éclat au mérite personnel qui le distinguait. Fils d’un sénateur romain, il servit sous les drapeaux du roi Childebert et acquit quelque gloire dans les guerres contre les Visigoths en Espagne et dans la Gaule narbonaise. On lui fit épouser dans sa jeunesse Placidine, issue du sang impérial, puisqu’elle était fille d’Arcadius, petitfils de Sidoine Apollinaire. Ce dernier avait eu de Papianilla sa femme, fille de l’empereur Avitus, Apollinaire, qui, à son tour, eut pour fils Arcadius, père de Placidine. Telle est la généalogie de Léonce, ainsi qu’elle résulte de plusieurs passages de Grégoire de Tours, et des notes de dom Ruinart à ce sujet. Fortunat parle ainsi de cet illustre mariage de Léonce :
«À cette époque, ce qu’il y avait de plus distingué dans le monde par la noblesse et par le mérite, se croyait fort honoré d’accepter des dignités ecclésiastiques. L’intégrité de la conduite de Léonce, la pureté de ses mœurs, son amour pour la justice, sa piété et ses aumônes le firent juger digne de l’épiscopat. Après la mort de Léonce l’Ancien, le peuple et le clergé de Bordeaux lui accordèrent leurs suffrages et l’élurent pour premier pasteur. Ordonné évêque, Léonce ne regarda plus Placidine que comme sa sœur. C'était une femme d’une grande piété, et qui avait des sentiments dignes de sa haute naissance. Elle ne se sépara pas de son mari, toutefois, pour ce qui concernait les bonnes œuvres, car elle voulut participer à toutes celles qu'il entreprenait ».
Fortunat, en mentionnant Léonce, le compte pour le treizième évêque de Bordeaux, en disant qu il sera le premier par ses vertus :
Tertius à decimo huic urbi antistes haberis, Sed primus meritis enumerandus eris.
Ce passage du poëte contemporain nous indique que quatre évêques ont échappé aux catalogues conservés par l’église de Bordeaux. Un saint Fort, patron de plusieurs villages de son nom dans les anciennes provinces d’Aunis, d’Angoumois et de Saintonge, et dont on voit le tombeau dans l'église de Saint-Seurin, est peut-être l’un des évêques sur lesquels l’histoire ne nous a rien transmis. L’abbé Lenglet du Fresnoy parle d’un certain Félix, évêque de Bordeaux, vers l’an 510, lequel fit fondre un vase d’argent en forme de tours ({urribulum), pour conserver la sainte Eucharistie. Il se pourrait certainement que Bordeaux ait eu un évêque de ce nom omis dans les dyptiques, mais Lenglet du Fresnoy se trompe en attribuant le fait dont il s’agit à un évêque de cette église. Félix, qui fit faire un vase précieux en forme de tour pour conserver le corps de Jésus-Christ, était saint Félix, mort en 576, évêque de Bourges. Fortunat de Poitiers parle de ce vase, et les historiens ecclésiastiques en ont fait la remarque pour prouver qu'à cette époque on gardait dès lors le corps du Sauveur dans les églises, hors le temps du sacrifice.
Léonce n’était pas entré dans l’épiscopat pour s'enrichir des biens de l'Eglise, il voulait plutôt enrichir l'Eglise de ses biens propres ; il employa, du consentement de sa femme, ses grandes richesses à construire et à doter un grand nombre d’églises. Il en fit bâtir une en l'honneur de saint Martin dans une de ses terres, et deux autres en l’honneur de saint Vincent, martyr d'Agen, la première sur les bords de la Garonne, qu'il fit couvrir de lames d’airain, la seconde dans un bourg d’Aquitaine nommé alors Vernemetum, qui signifie en ancien gaulois Grand-Temple, ce qui fait juger qu’il y avait eu un temple fameux dans ce lieu, peut-être aujourd'hui Verdelais. Ce saint évêque fit aussi bâtir une église en l’honneur de saint Nazaire, une autre sous l’invocation de saint Denys, laquelle ayant été commencée par Amélius, l’un de ses prédécesseurs, et une troisième à Bordeaux, en l’honnèur de la sainte Vierge, et où il fonda, dit-on, un si grand nombre de lampes que la clarté de la nuit ne cédait pas à celle du jour.
Léonce étendit sa munificence aux villes voisines : il fit rebâtir à Saintes l'Eglise de Saint-Eutrope, premier évêque de cette ville; il y fit achever l’6glise commencée par l’évêque Eusèbe en l'honneur de saint Vivien et il fit couvrir de lames d'argent et d’or le tombeau de ce saint évêque.
L'opinion la plus générale indique Léonce l'Ancien comme un des Pères du quatrième concile d'Orléans, et Léonce le Jeune n’ayant pu assister au concile tenu en octobre 549 dans la même ville, s’y fit représenter par le prêtre Vincent. Il assista en personne à ceux qui furent tenus à Paris, le premier en 592, où l’on déposa Saffarac, évêque de cette ville; le second en 557, où l’on fit dix canons pour prévenir la dispersion des biens des églises que les rois francs donnaient au premier venu.
Léonce assembla en 562 ou 563 à Saintes un concile des évêques de s& province et y déposa Eumère ou Emère, évêque de cette ville. Les raisons de déposer cet évêque paraissent justes. Il avait été ordonné sans les suffrages du clergé et du peuple, et avait obtenu un décret du roi Clotaire pour être sacré sans le consentement de Léonce, son métropolitain, alors absent de son diocèse. L'un et l’autre étaient contre la discipline ecclésiastique établie dans le dernier concile de Paris. A la place d’Emère, les évêques élurent Héracle, prêtre de l’église de Bordeaux, et envoyèrent au roi Charibert le décret d'élection souscrit par eux-mêmes. Le prêtre qui en fut chargé, étant arrivé à Tours, raconta au métropolitain Euphrone ce qui s'était passé, en le priant de souscrire aussi le décret. Ce saint prélat, qui