‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 94 sur 229 · SAINT LÉONCE LE JEUNE, ARCHEVÉÈQUE DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

SAINT LÉONCE LE JEUNE, ARCHEVÉÈQUE DE BORDEAUX

connaissait Charibert, et que d’ailleurs cette affaire ne regardait pas, ne jugea pas à propos d'y souscrire. Il prévoyait aussi le scandale que cette élection causerait. Nuncupat, c'était le nom du prêtre, arrivé à Paris, se présenta devant le roi : « Prince », lui dit-il, «le siége apostolique vous salue ». Dans le style de celte époque, on nommait ainsi apostolique tous les siéges épiscopaux et principalement métropolitains. Charibert répondit cependant, en feignant de ne pas l'entendre : « Etes-vous allé à Rome pour m'apporter des compliments du Pape ? » Le prêtre répliqua : « C'est votre père Léonce qui vous salue avec les évêques de sa province, vous faisant savoir qu'Emère a été déposé de l’évêché de Saintes, que des brigues coupables lui avaient fait obtenir au mépris des canons. C’est pourquoiils vous ont envoyé leur décret pour en mettre un autre à sa place, afin que le châtiment de ceux qui violent les canons attire la bénédiction sur votre règne ». A ces paroles, le roi frémissant de colère : « Penses-tu donc », lui dit-il, « qu’il ne reste plus de fils de Clotaire pour chasser ainsi sans notre ordre un évêque qu'il a choisi ? » En même temps, chassant Nuncupat de sa présence, il commanda qu'on le mît dans une charrette pleine d’épines, ce qui était une marque d’opprobre, et le fit conduire en exil. Il envoya aussitôt des ecclésiastiques qui lui étaient dévoués, pour rétablir Emère sur le siége de Saintes, et des officiers de sa chambre pour payer à Léonce qui l’avait déposé une somme de mille sous d’or, et aux autres évêques du concile, à proportion de leurs facultés. C’est ainsi, dit Grégoire de Tours, que Charibert vengea l’injure faite à son père. Cette affaire s’arrangea cependant, et Emère fut reconnu par Léonce, évêque de Saintes,

Fortunat parle de trois terres sur la Garonne qui appartenaient à Léonce le Jeune, et qu’il nomme Pissonum, Voreginem, et Premiacum, que l’on croit être Bisson, Vérines et Preignac.

Léonce le jeune mourut le 45 novembre 564, à l’âge de cinquante-quatre ans, ainsi que nous l’apprend Fortunat dans la longue épitaphe qu'il lui a consacrée et qui est ainsi conçue :

« Sous cette pierre reposent les cendres de Léonce, ce vénérable pontife que la renommée élève jusqu'aux cieux. Dès le berceau, la noblesse de sa naissance lui fit un nom illustre, et le sénat de Rome n’en compta peutêtre pas d'aussi grand. Quoique le sang patricien coulât dans ses veines, il a, par ses propres talents, accru la gloire de ses ancêtres. Extrèmement cher aux rois, il a été le chef de la patrie, le soutien de sa famille, le protecteur de ses amis, l’ornement du peuple et l'honneur de la cité. Plein de respect pour les temples saints, il répandait sans bruit ses largesses dans le sein des pauvres, et accueillait le pèlerin en lui distribuant de ses mains la nourriture. L’étranger qui arrivait de l'extrémité du monde, l’avait à peine vu qu'il disait que c'était un père. Son espril était pénétrant, son cœur plein de mansuétude, et la sérénité brillait toujours sur son visage. Et pour moi, que n’était-il pas? je ne le dis que le cœur oppressé de larmes. Cet illustre évêque qui n’a pas son pareil dans la Gaule, le voilà couché dans cette humble tombe avec toute sa gloire. Il apaisait les rois, il rendait son administration douce à ses concitoyens, il était la joie de tant de peuples, hélas ! un seul jour nous a tout ravi. Il vécut heureux pendant cinquantequatre ans, et au lever de l'aurore, il nous fut enlevé. Rendre à sa cendre les derniers devoirs, c’est aujourd’hui la seule consolation permise à la tendresse de Placidine ».

Extrait du Gallia Christiana nova, par Fisquet.

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