SAINT SIGISBERT OU SIGEBERT
Le nombre de ses disciples augmentant tous les jours, Sigisbert éleva un autre oratoire, qu'il dédia à saint Martin, et construisit tout autour des cellules pour y loger ses moines. Il avait consacré à Dieu et à Marie ces immenses solitudes. On vit alors se reproduire le spectacle si commun dans ces siècles de foi : une congrégation de frères unis par les liens de la plus étroite charité, et pratiquant à l’envi les plus sublimes vertus. Sigishert les animait plus encore de l’exemple que de la voix ; et, Dieu secondant ses efforts, il vint à bout d'établir et de maintenir dans son établissement la règle et l'esprit de Colomban, son illustre maître.
Toutefois, les tribulations ne lui furent point épargnées. Le démon, jaloux de ses succès, lui suscita un ennemi puissant dans la personne d’un comte ou juge du pays, nommé Victor, qui prit à tâche de le persécuter de toutes les manières, et porta l'injustice jusqu’à s'emparer des propriétés dont Placide avait doté le monastère. Celui-ci s’étant transporté à WzJ- Hinga*, où habitait Victor, lui reprocha son injustice, et, avec la liberté d’un nouveau Jean-Baptiste, osa le réprimander du honteux commerce qu'il entretenait avec une femme. Victor se sentit vivement blessé de ce reproche ; mais, à son tour, nouvel Hérode, il ordonna à ses serviteurs d’attendre Placide au milieu du chemin, de le tuer, et, pour que rien ne manquât à la comparaison, de lui couper la tête, comme on le fit autrefois an Précurseur de Jésus-Christ. L’ordre fut exécuté de point en point. Toutefois, le barbare meurtrier ne jouit pas longtemps du fruit de son crime : car, peu de temps après, en traversant le Rhin sur un pont, il tomba avec son cheval et ses serviteurs, et fut entraîné par les eaux.
Sigisbert ne survécut pas longtemps à son fidèle disciple Placide. Vers l'an 615 ? , l’année même où mourait son glorieux maître Colompban, il s’endormit paisiblement dans le Seigneur. On l’inhuma dans le même tombeau que Placide, afin que la mort ne séparât point ceux que l’amitié avait si étroitement unis sur la terre. De nombreux prodiges attestèrent la sainteté des serviteurs de Dieu : à tel point que Dissentis devint bientôt le but d’un pèlerinage très-fréquenté. Les plus grands personnages et les rois mêmes tenaient à honneur de s’y rendre. On éleva une magnifique église au lieu même où Placide avait été tué ; elle subsista jusqu’à ces derniers siècles, où une énorme avalanche l’ensevelit, et avec elle les habitants du pays et la mémoire même du saint martyr.
Quant à l’abbaye de Dissentis, elle se perpétua tout le long des âges, et subsistait encore au moment où le savant Mabillon rédigeait cette courte notice, d’après d'anciens manuscrits communiqués par D. Albert Funsi, abbé de ce monastère.
D’après Bucelin, la fête des saints Sigisbert et Placide se célébrait solennellement dans tout le diocèse le 41 juillet.
Vies des Saints de Franche-Comté.
1. Château situé de l'autre côté du Rhin, non loin du monastère, et aujourd'hui ruiné, 2. Mabillon, à qui nous empruntons ces détails, les place sous l'année 615 : ce qui nous autorise à croire que Sigisbert mourut cette année. (Voyez Ann. bened., lib. xx, n. 20.)
SAINT HIDULPHE‘, ARCHEVÈQUE DE TRÈVES,